Des voix qui racontent l’amour du désert et l’errance de son peuple au son de rythmes blues. Press Photo
Du chemin a été parcouru par ces nomades depuis leurs débuts, dans les années 90, où leurs enregistrements sur cassettes se transmettaient «sous le manteau» du Mali à l’Algérie en passant par le Niger. Aujourd’hui consacré par un Grammy Award pour son cinquième album «Tassili» (2011), Tinariwen a fait le tour du monde avec ses mélodies combinant rythmes traditionnels touaregs, guitares électriques et messages engagés.
Le chanteur et guitariste Alhassane ag Touhami s’adresse alors en français au public : «C’était un petit morceau pour oublier beaucoup de soucis.» Et pour cause: la voix principale du groupe, membre fondateur et compositeur, Ibrahim ag Alhabib, n’est pas sur scène ce soir-là. Depuis plusieurs mois, celui-ci a rejoint la rébellion touareg au nord du Mali, et les musiciens seraient sans nouvelles de lui depuis trois mois. Mais pas un mot à ce sujet qui rappelle la longue errance de ce peuple du désert: l’heure est à la musique, une musique que le groupe a toujours considérée comme instrument de lutte et de contestation pacifique.
Le son si distinctif de leurs guitares blues, rythmées par les «claps» et appuyées par ces voix qui racontent l’amour du désert, assène comme une onde de choc au public de Byblos. Alhoussaini ag Abdouhali, dans sa tenue bleu indigo, prend alors le chant principal. Le morceau Azawad et sa ligne de basse entêtante enjoint le public des gradins à se lever et gagner le parterre, où les danseurs sont déjà bien actifs. La chanson évoque l’Awazad, ce territoire de transhumance du nord du Mali où la population milite pour son autonomie depuis la fin des années 50 et se trouve directement exposée aux combats.
Le bassiste effectue alors quelques pas de danse et la rythmique, menée par Saïd ag Ayad au djembé, se fait de plus en plus exaltante et gagne la grande majorité du public. Le ciel s’éclaire d’un feu d’artifice impromptu, comme si même la voûte céleste prenait part à la frénésie.
Les différents musiciens passent indifféremment de la guitare – acoustique et électrique – au chant, adoptant, chacun à leur tour, le rôle de passeur d’histoires, comme pour mieux affirmer leur altérité au sein du groupe.
Les mots – en dehors des messages transmis dans leurs chansons – se font rares mais chaleureux. Les « merci » et les « choukrane » pleuvent à l’attention du public. L’un des musiciens enverra aussi des bouteilles d’eau à la foule, un geste significatif lorsque l’on sait que ce liquide représente un véritable « or bleu » dans leur région désertique.
Leur blues électrique et habité se poursuivra, comme une mélopée sans fin, jusqu’aux dernières notes.


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