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Madame, il ne faut jamais interroger un diplomate sur des problèmes d’ordre militaire : tel est le conseil qu’adressait courtoisement lundi, à une journaliste, le porte-parole du ministère syrien des AE, assailli de questions sur les stocks d’armements non conventionnels détenus par le régime de Damas.

Première imprudence : tout le monde sait fort bien, depuis le stratège Clausewitz, que la guerre n’est finalement que la continuation de la politique par d’autres moyens : de la politique et par conséquent de la diplomatie, dont se réclame précisément le jeune et fringant porte-parole. Une deuxième imprudence aura consisté, pour le porte-parole, à assurer que ces armes ne seraient jamais utilisées contre la population, mais seulement en cas d’agression étrangère. Sur le premier terme, Damas a peu de chances d’être cru sur parole, et surtout pas par l’opposition syrienne. Car un régime implacable et mafieux qui tue, emprisonne et torture en masse pourrait fort bien se résoudre à de telles extrémités s’il y était acculé ; après tout, Saddam Hussein, baassiste lui aussi comme par hasard et secondé du bien nommé Ali le Chimique, a bien gazé dans le passé des milliers de Kurdes dans la ville martyre de Halabja.

Menacer, par ailleurs, de riposter à toute attaque extérieure en usant de ces produits du diable, c’est reconnaître pour la première fois qu’on est bien en possession de tels produits. Secret de polichinelle, observera-t-on non sans raison. Il y a des décennies que la Syrie s’est procurée de telles armes auprès de l’ex-Union soviétique avant de recourir à l’Iran ; elle est un des rares pays à ne pas avoir adhéré à la convention onusienne de non-prolifération et les sites abritant ses stocks sont depuis longtemps localisés avec précision.

Cet aveu public qui a tout l’air d’une bravade, Damas l’entend comme un sulfureux rappel au monde de cette thèse chère au président Bachar el-Assad, qu’il déclinait dès les premiers jours de la révolution : Sans moi, ce serait le chaos, en Syrie comme dans la région tout entière. Le sombre avertissement n’en revêt que plus de poids bien sûr, avec tous ces scénarios catastrophe qui circulent en ce moment à la grande inquiétude de la communauté internationale, notamment la possibilité de voir cet arsenal tomber en de mauvaises mains.

Il reste que ce chantage est une arme à double tranchant, puisque le pouvoir syrien s’expose désormais au risque de frappes ciblées, peut-être même préventives, comme le laissent entendre les mises en garde émanant tant des États-Unis que d’Israël. Au motif que la Syrie n’est pas la Libye, de telles interventions n’avaient jamais été envisagées aussi longtemps que le président syrien se contentait de massacrer son peuple en usant de moyens habituels : artillerie lourde, tanks, hélicoptères et escouades de tueurs professionnels, les tristement célèbres chabbiha ...

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

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P-S : Par-delà les effluves de sarin et de gaz moutarde que dégagent les dernières gesticulations d’un régime syrien en difficulté croissante, c’est une bienfaisante bouffée d’air frais qu’apporte aux Libanais la décision, lundi, du président de la République Michel Sleiman de faire remettre à l’ambassadeur de Syrie à Beyrouth une note de protestation contre les fréquentes et sanglantes violations syriennes du territoire national. Le chef de l’État aura dignement, courageusement réagi ( et agi ) en lieu et place d’un gouvernement apparemment victime d’inhalations de gaz soporifique. Faisant état d’infiltrations des deux côtés de la frontière, et donc de torts partagés, le ministre des AE se sera porté volontaire, quant à lui, pour répercuter avec un beau zèle l’autre son de cloche.

Madame, il ne faut jamais interroger un diplomate sur des problèmes d’ordre militaire : tel est le conseil qu’adressait courtoisement lundi, à une journaliste, le porte-parole du ministère syrien des AE, assailli de questions sur les stocks d’armements non conventionnels détenus par le régime de Damas. Première imprudence : tout le monde sait fort bien, depuis le stratège Clausewitz, que la guerre n’est finalement que la continuation de la politique par d’autres moyens : de la politique et par conséquent de la diplomatie, dont se réclame précisément le jeune et fringant porte-parole. Une deuxième imprudence aura consisté, pour le porte-parole, à assurer que ces armes ne seraient jamais utilisées contre la population, mais seulement en cas d’agression étrangère. Sur le premier terme, Damas a peu de chances...