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À La Une - Exposition

Glasstress, ou le présent dans la lumière du passé

Le verre dans ses multiples facettes s’expose au Beirut Exhibition Center*. Initiée par Adriano Berengo, « Glasstress » est superbement accueillie jusqu’au 2 septembre.

Marya Kazoun et Adriano Berengo enveloppés par la créature de Kazoun. Photo Michel Sayegh

Colette KHALAF

 

Du plus sombre au plus lumineux, le matériau, exploité et magnifié par une trentaine d’artistes, renvoie dans ses miroitements le reflet du passé.
Il y a quelque chose de mystérieux et de troublant dans le titre de l’exposition «Glasstress», dont une première édition a eu lieu à Beyrouth en 2009. Juxtaposer dans un seul mot la légèreté du verre, sa transparence et la pesanteur du stress, quel risque ! Adriano Berengo, rompu à l’art du verre dans son atelier à Murano a su, ô combien, relever le défi en devenant cet intermédiaire visionnaire entre passéisme et contemporanéité.
Il n’est peut-être pas le premier à vouloir introduire ce matériau, relégué jusqu’à présent à l’usage quotidien et domestique (dans les années 60, Costantini a voulu rapprocher le verre des différentes disciplines artistiques), mais il est certainement un pionnier déterminé dans ce «rêve impossible» devenu aujourd’hui réel.
Le projet consistait donc pour lui à réfléchir à l’usage du verre de Murano (vieux de milliers d’années) et à son interprétation dans les travaux artistiques contemporains. «Indirectement ou directement, peu importe, précise Berengo. Je travaille sur ce concept depuis 22 ans, dit-il, et cette vision non traditionnelle de l’exploitation du verre a fini par intéresser la Biennale de Venise en 2011.» Par ailleurs, il semblait que l’engouement pour le verre devenait à cette époque international.

Modeler l’art dans le verre
Avec des artistes des quatre coins du monde, émergents ou confirmés (actuellement ils sont au nombre de 120), Adriano Berengo fait voyager son exposition. De Riga à New York, en passant par Beyrouth, Glasstress parvient à abattre tous les clichés concernant le verre. C’est ce qu’affirmera d’ailleurs Philippe de Montebello (curateur du musée Metropolitan). Pour Berengo, «les idées artistiques ne peuvent pas être toutes exprimées à travers ce médium. Il faut que l’artiste qui accepte d’adhérer à ce projet soit familier du travail du verre ou du moins qu’il y soit sensible». «Je suis devenu, dit-il en riant, non seulement curateur, mais aussi intermédiaire entre le maître verrier et l’artiste. Tandis que je dois convaincre le premier d’aller de l’avant en adaptant le verre à des visions plus modernes, il me faut montrer au second les possibilités qu’offre ce médium à sa propre discipline.»
Trente artistes (dont deux Libanais) ont donc répondu présent à l’appel d’Adriano Berengo pour présenter leurs travaux à Beyrouth dans le cadre de cette exposition organisée par le BEC (Solidere) et Venice Projects (Berengo Studio), sous le patronage de l’ambassade d’Italie : Pieke Bergmans, Joost Van Bleiswijk, Sergio Bovenga, Soyeon Cho, Kiki Van Eijk, El Ultimo Grito, Jean Fabre, Josepha Gasch-Muche, Kendell Geers, Jaime Hayon, Luke Jerram, Michael Joo, Martha Klonowska, Hye Rim Lee, Tomas Libertiny, Atelier Van Lieshout, Massimo Lunardon, Javier Perez, Jaume Plensa, Antonio Riello, Silvano Rubino, Ursula von Rydingsvard, Andrea Salvador, Thomas Schütte, Joyce Jane Scott, Koen Vanmechelen, Fred Wilson et Zhang Huan, ainsi que Nabil Nahas et Marya Kazoun.
Les formes tentaculaires à la fois menaçantes et douces, enveloppantes, cousues, suturées (comme des blessures) de Marya Kazoun épousent l’espace et se marient au verre où se reflètent les angoisses de l’artiste. «J’ai commencé à travailler avec Berengo il y a dix ans, dit Kazoun, et j’ai tout de suite adhéré à ce concept du verre qui devient par extension mon propre miroir. J’ai réussi au fil de ce projet ouvert depuis 2003 à domestiquer mes peurs et à leur donner cette forme visuelle qui peut grandir ou se réduire selon les lieux.» Et de poursuivre: «Dans ma performance, je continue le processus: à coudre, à fermer les brèches, à les rapiécer et à rendre mes créatures plus belles. Faites à partir de matériaux médiocres, elles sont ainsi anoblies.»
Koen Vanmechelen, lui, effectue des croisements entre les pays. Il est allé dans un petit atelier de verre soufflé au Sud-Liban pour rassembler des déchets de verre. En les posant sur un lit à côté des œufs en verre de Murano, l’artiste jette un pont non seulement entre deux cultures différentes, mais également entre hier et aujourd’hui.
Pour sa part, l’artiste libanais Nabil Nahas, qui ne travaille pas non plus le verre, a été séduit par le projet de Berengo. Familier avec sa transparence, sa luminosité et les multiples expressions que ce matériau peut projeter, Nahas, qui a exposé pour la première fois à Venise, donne là une tout autre dimension à son travail. Poésie et tristesse pour cette plage de sable reconstituée où l’on pourrait apercevoir des étoiles de mer colorées et translucides s’échappant d’une benne à ordures. Mais, aussi, une lueur d’espoir dans cette étoile de mer à la symbolique multiple qui illumine cette plage de destruction.
Boules soufflées, tordues ou autres formes géométriques réinventées, ou encore film d’animation, le verre qui habite l’espace du BEC se déploie en significations immatérielles, presque surréalistes. Ce matériau vivant fait de feu, d’eau, d’air et de terre se déleste soudain de tout son sens «décoratif» pour ne porter que son habit de lumière chargé d’une pure expression artistique.
L’exposition se déroulera jusqu’au 2 septembre, et Marya Kazoun effectuera sa performance aujourd’hui samedi de16h à 18h30.

*BEC : ouvert de 11 heures à 20 heures. Tél : 01/962000.

Colette KHALAF
 
Du plus sombre au plus lumineux, le matériau, exploité et magnifié par une trentaine d’artistes, renvoie dans ses miroitements le reflet du passé. Il y a quelque chose de mystérieux et de troublant dans le titre de l’exposition «Glasstress», dont une première édition a eu lieu à Beyrouth en 2009. Juxtaposer dans un seul mot la légèreté du verre, sa transparence et la pesanteur du stress, quel risque ! Adriano Berengo, rompu à l’art du verre dans son atelier à Murano a su, ô combien, relever le défi en devenant cet intermédiaire visionnaire entre passéisme et contemporanéité. Il n’est peut-être pas le premier à vouloir introduire ce matériau, relégué jusqu’à présent à l’usage quotidien et domestique (dans les années 60, Costantini a voulu rapprocher le verre des différentes...
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