Le millier de délégués, réunis depuis cinq jours en congrès, ont réélu triomphalement (72,58 %), leur chef historique, Rached Ghannouchi, à la tête du parti Ennahda. Fethi Belaid/AFP
Ainsi, Ennahda s’engage à la fois à « garantir la liberté d’expression et de création » et « à criminaliser l’atteinte au sacré considérant que c’est une atteinte à la liberté d’autrui ». Aucune précision n’a été apportée sur ce sujet pourtant sensible. L’opposition craint une dérive hégémonique et une islamisation rampante dans une société habituée depuis des décennies à un État séculier, même si Ennahda a dit avoir renoncé à inscrire la charia dans la future Loi fondamentale. D’autant que le nouveau pouvoir tunisien a déjà été critiqué sur ce dossier. En juin, une vague de violences était déclenchée par la mouvance salafiste pour dénoncer une exposition d’art dont certaines œuvres ont été jugées offensantes pour l’islam. Ennahda a alors été accusé de complaisance à l’égard de ces militants extrémistes. Peu après, un jeune Tunisien était condamné à sept ans et demi de prison pour troubles à l’ordre public et atteinte à la morale après avoir publié sur Facebook des caricatures du Prophète.
Concernant la Constitution en cours d’élaboration, le congrès d’Ennahda n’apporte pas plus de clarté. La déclaration finale insiste sur un régime parlementaire pur, mais parallèlement ses chefs se disent ouverts au consensus, la majorité des partis, dont les alliés de centre gauche des islamistes, réclamant un système laissant à la présidence des prérogatives importantes. Ali Larayedh, ministre de l’Intérieur, a résumé cette position d’équilibriste. Ennahda « veut un régime parlementaire et estime que c’est le plus convenable pour consacrer la démocratie et les institutions », dit ce cadre du parti.
Enfin, des représentants de l’opposition s’inquiètent de l’influence politique du chef d’Ennahda, Rached Ghannouchi, réélu triomphalement lors du congrès, et qui n’hésite pas, par exemple, à annoncer un projet de remaniement gouvernemental à la place du Premier ministre Hamadi Jebali. M. Ghannouchi « révèle plutôt que ce gouvernement, dit de coalition, est en réalité sous la coupe d’un appareil relevant d’un parti dominant et d’un leader n’occupant aucune fonction officielle », a dénoncé mardi, dans les colonnes du journal La Presse, Issam Chebbi, un dirigeant du parti al-Joumhouri. Et c’est un risque selon M. Manaï. « C’est avant tout la question de la culture de la démocratie. Ennahda avec Ghannouchi, comme tous les mouvements islamistes, n’a pas cette culture », relève le politologue.
(Source : AFP)


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