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À La Une - Palais De Beiteddine

Göksin Sipahioglu, le Mister aux nombreux scoops...

La guerre du Sinaï, la crise des missiles de Cuba, la Conférence de Bratislava où les principaux leaders du bloc de l’Est se rencontrent pour la première fois, la tragédie des Jeux olympiques de Munich, Mai 1968 : peu d’événements ont échappé à l’objectif de Göksin Sipahioglu, grande figure du photojournalisme et fondateur de l’agence Sipa Press. Son exposition est le récit visuel des faits d’histoire.

Göksin Sipahioglu et son assistant Jean-Lou Bersudère.

Organisée conjointement par le Festival de Beiteddine et Jean-Lou Bersudère, ancien chef du service photographique à an-Nahar et ex-assistant de Göksin Sipahioglu, l’exposition rend hommage au célèbre reporter turc, décédé en octobre 2011, et retrace à travers une centaine de photographies la chronique politique de la deuxième moitié du XXe siècle. Travaillant avec le grand quotidien turc Hürriyet, œuvrant en freelance avant de créer Sipa Press en 1973, Sipahioglu va pendant plus de quarante ans fournir aux titres de la presse les clichés qui enrichiront les articles d’actualité. 


Sa première guerre
Le regard lucide, il saisit les désordres confus du monde, imprimant sur sa pellicule le pressentiment de l’événement à venir, et gravant sur sa bobine le scoop que rêve de réaliser tout journaliste. En 1956, muni d’un Rolleicord, d’une valise pleine de conserves et d’une médaille pieuse épinglée à l’intérieur de sa veste, il débarque au Sinaï pour sa première guerre et ses premières photos. Plus que de simples images mises « en boîte », ses photos sont des éléments d’information à part entière, qui fixent un moment de l’histoire. Les années qui suivent vont révéler l’ampleur de son œuvre, de son flair et de son culot, et, à l’ombre de l’événement, le regard humain qu’il porte sur ses contemporains. En 1961 et 1963, ses instantanés qui racontent le peuple d’Albanie littéralement fermée au monde extérieur seront publiés dans les plus grands journaux occidentaux et lui vaudront la reconnaissance de la presse internationale. Dès lors, Il n’arrêtera pas de relever le défi des reportages réputés impossibles, développant un génie particulier pour franchir les frontières les plus verrouillées. En 1962, avec la complicité du propriétaire d’un cargo turc qui transportait du blé russe vers la Havane, Göksin Sipahioglu réussit, sous le couvert de matelot, à débarquer sur l’île de Castro bloquée par l’embargo américain. « J’étais le seul journaliste qui n’était pas sous surveillance policière, ce qui me permit de prendre des photos pendant trente-huit jours ». Vendues exclusivement à Associated Press, elles feront la une de 40 journaux américains.


Appareil photo en bandoulière, le globe-trotter parcourt le monde notamment la Chine de Mao Zedong des années soixante fixant pour l’éternité une population marchant au pas, apprenant dès son plus jeune âge les textes du Petit Livre rouge et l’hymne national. Les agences de presse comme Dalmas, Reporters associés, Vizo et Gamma en France, et Black Star aux USA distribuent ses tirages. En 1970, son deuxième voyage à Pékin est marqué par la flamboyance du défilé du 1er octobre célébrant le 21e anniversaire de la fondation de la République populaire. Il est « le seul photographe étranger » à couvrir cette « glorieuse parade de douze heures » qui s’étalera sur six pages dans le Time, et sur quatre dans Paris Match.


Entre-temps, à New York , il capte Brigitte Bardot faisant la promotion de son film Viva Maria et saisit sur le vif les Palestiniens qui fuient en Égypte, en Syrie, au Liban et en Jordanie, où des réfugiés passent un gué sur le Jourdain en se tenant à une corde tendue entre les deux rives. Des photos datant de 1967qui remettent en mémoire visuelle la guerre des Six-Jours.

Les enfants soldats et l’île aux clous de girofle
La même année, Göksin Sipahioglu sera un des premiers photographes étrangers à relayer l’entrée des troupes du pacte de Varsovie sur le territoire tchécoslovaque. De même, il est le seul journaliste à accompagner Alexandre Dubcek, ex-dirigeant du PC tchécoslovaque, exilé en Turquie comme ambassadeur. Les photos de Mai 68 qu’il il assure pour le quotidien Hürriyet, sont publiées l’année suivante dans le livre de Jean Bertolino, aux éditions Stock.


Curieux de tout, passionné d’images, il consigne toutes sortes de sujets pour la postérité : les enfants soldats du Cambodge et les citoyens « décontractés et heureux d’aider aux champs pour soutenir la révolution socialiste » au Zanzibar. C’était en mars 1964. Un mois plus tard l’union de « l’île aux clous de girofle » avec Tanganyika donnera naissance à la Tanzanie. On lui doit aussi des images qui forment une partie indélébile de l’histoire turbulente de Djibouti : la confrontation tribale entre les Afars et les Issas, en 67. Il y a Saigon où sévissent, dans un calme trompeur, les soldats américains en civil et les soldats sud-vietnamiens postés dans la campagne et ce avant que le président Lyndon Johnson n’ordonne les bombardements sur le Nord Vietnam. Il y a aussi les Jeux olympique de l’été1972 et la prise en otage des athlètes israéliens à Munich où il saisit sur le vif un membre du commando nommé Issa, négociant nerveusement avec le ministre des affaires étrangères allemand, Hans-Dietrich Genscher. Toutes ces photos et tant d’autres, dont il réalise aussi les textes, constituent des documents qui appartiennent à l’histoire.

Expositions et décorations
Sipa Press qui tire son nom de Sipahioglou a été vendue en 2001 au groupe Sud Communications, puis en 2011 à la presse allemande DAPD.


L’arrêt de ses activités en tant que patron de l’agence en décembre 2003 permettra à Göksin Sipahioglu un retour sur ses archives, donnant matière à de nombreuses expositions notamment au Musée Istanbul Modern et au musée Hacettepe à Ankara ; à la Maison européenne de la photo à Paris ; puis au Festival international du photojournalisme à Perpignan et le Festival international du grand reportage et d’actualité à Lille ; au Centre d’art contemporain Winzavod à Moscou ; à la Photobiennale de Barcelone; au Festival de la photographie d’Angkor(Cambodge) et de celui de Pingyao, en Chine. Mais aussi à Tirana, (Albanie) et à Ljubliana, en Slovénie.


Personnalité emblématique du photojournalisme, Göksin Sipahioglu a reçu en 2000, la médaille du Mérite décernée des mains du président de la République turque Süleyman Demirel. En 2004, il est décoré officier dans l’ordre des Arts et des Lettres par le ministre français de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres. En 2006 , le président Jacques Chirac le nomme chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur.


Jusqu’au 26 juillet au palais de Beiteddine.

Organisée conjointement par le Festival de Beiteddine et Jean-Lou Bersudère, ancien chef du service photographique à an-Nahar et ex-assistant de Göksin Sipahioglu, l’exposition rend hommage au célèbre reporter turc, décédé en octobre 2011, et retrace à travers une centaine de photographies la chronique politique de la deuxième moitié du XXe siècle. Travaillant avec le grand quotidien turc Hürriyet, œuvrant en freelance avant de créer Sipa Press en 1973, Sipahioglu va pendant plus de quarante ans fournir aux titres de la presse les clichés qui enrichiront les articles d’actualité. 
Sa première guerreLe regard lucide, il saisit les désordres confus du monde, imprimant sur sa pellicule le pressentiment de l’événement à venir, et gravant sur sa bobine le scoop que rêve de réaliser tout journaliste. En 1956,...
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