On ne chôme pas trop, ces derniers temps, au Conseil de sécurité de l’ONU, même si l’on ne fait pour le moment que remuer du vent. Cet organisme est déjà saisi d’un projet de résolution présenté par la Russie, lequel se contente de prolonger de trois mois la mission des observateurs de l’ONU en Syrie sans évoquer la moindre éventualité de sanctions à l’encontre de toute partie qui persisterait dans son refus d’appliquer le plan de paix de Kofi Anan. À ce projet, de toute évidence mort-né, les Occidentaux sont sur le point d’opposer un texte comportant une menace de sanctions qui vise en priorité le régime de Bachar el-Assad. Pour cette même raison, il est non moins évident que le projet euro-américain, s’il n’est pas édulcoré, va se heurter (ce sera la troisième fois) à un veto russe.
C’est dire que tout à leurs tractations en coulisses, les diplomates postés à l’ONU – pas plus d’ailleurs que leurs gouvernements – ne risquent guère hélas de prêter une oreille attentive aux appels angoissés des populations souffrantes : syrienne et libanaise en l’occurrence, lesquelles se plaignent du même tourmenteur. Les massacres ne cessent de prendre de l’ampleur en Syrie et c’est une résolution contraignante, urgente et tranchante, relevant du chapitre VII de la Charte de l’ONU, que réclament avec une fureur croissante les révolutionnaires de ce pays. Or le Conseil national syrien a beau avoir pignon sur rue à Washington, Londres, Paris et même Moscou, il est légalement inexistant au Palais de Verre de Manhattan.
Eux non plus n’ont pas leurs entrées à l’ONU, les députés libanais qui en appelaient jeudi à la communauté internationale. Ces parlementaires ont dénoncé certes les agressions répétées de l’armée baassiste contre les localités de leur circonscription, frontalière de la Syrie. Mais surtout – et il y a là de quoi faire rougir de honte toute autorité en place – ils ont invité les instances planétaires à user de pressions sur le gouvernement de Beyrouth pour le forcer à se conduire ... en gouvernement, en garant de l’intégrité du territoire comme de la sécurité des citoyens. Car à aucun moment l’État libanais n’a protesté officiellement, dans les formes, c’est-à-dire en convoquant à cette fin l’ambassadeur de Syrie, contre les sanglantes violations de la frontière. Et ce n’est que sur le tard, confronté qu’il était à la fronde de la population du Akkar, que le gouvernement s’est résigné à ordonner le déploiement de l’armée dans les zones agressées. Décision forcée, truffée de périls, alors qu’une ferme réaction politique et diplomatique, si elle avait été engagée à temps, eut probablement suffi pour mettre le holà aux exactions syriennes. Décision qui, en effet, vient placer la troupe dans la plus délicate des positions face à un adversaire considérablement plus puissant : qu’elle riposte aux tirs en effet et elle risque d’endurer des pertes considérables ; qu’elle reste l’arme aux pieds, et c’est son prestige, déjà passablement entamé (en particulier dans le Akkar) qui fera figure de victime principale.
Un budget confectionné au moyen de bouts de ficelle, un tour de passe-passe pour s’acquitter du financement du Tribunal spécial pour le Liban, un mois sécuritaire durant lequel on n’aura jamais vu autant de braquages de banques : de tous les bricolages dont se sera rendu coupable ce gouvernement, le plus bâclé, le plus potentiellement explosif est bien cette promenade militaire aux frontières soudain sorties de l’oubli.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
C’est...

