L’objectif de l’ONU est de s’assurer d’ici à 2015 qu’aucun enfant ne soit plus enrôlé dans une armée nationale. Seuls la République démocratique du Congo et le Soudan font encore exception. Les très nombreux enfants encore contraints de se battre sont aux mains de groupes comme les talibans afghans, les rebelles congolais de Bosco Ntaganda, les insurgés islamistes shebab en Somalie, les islamistes d’Ansar Dine au Mali ou des organisations terroristes ou armées privées.
Le phénomène n’est pas nouveau mais la communauté internationale ne s’en est vraiment préoccupée que depuis une vingtaine d’années, explique Mme Coomaraswamy. « M. Lubanga, dit-elle, est l’exemple classique qu’on retrouve dans les grandes guerres africaines des années 1990 : l’enlèvement d’enfants, l’usage de drogues, les enfants utilisés comme soldats, donc c’est un des pires. » Dans de nombreuses guerres civiles, la drogue est utilisée pour retourner les enfants contre leur famille ; les jeunes filles deviennent des esclaves sexuelles ou des combattantes, ou les deux. Pour Mme Coomaraswamy, la menace de sanctions brandies par le Conseil de sécurité contre les pays récalcitrants a beaucoup contribué au succès de l’ONU dans sa lutte contre ce fléau.
En plus des 11 000 enfants soldats libérés l’an dernier, dix-neuf « programmes d’action » ont été conclus avec des gouvernements et des groupes. La Birmanie a signé un accord après cinq ans de discussions, de même que le Tchad, à l’issue de difficiles négociations. Le gouvernement somalien vient de s’engager à démobiliser ses soldats âgés de moins de 18 ans. Mme Coomaraswamy est convaincue que la RDCongo et le Soudan suivront. « Je crois que nous sommes sur la bonne voie et que d’ici à 2015 il n’y aura plus d’enfant soldat dans aucune armée nationale dans le monde. » Une fois l’accord signé, les gouvernements le respectent généralement, affirme-t-elle. « Ils n’ont pas envie de se retrouver sur une liste du Conseil de sécurité ou de risquer des sanctions », ajoute-t-elle. L’Ouganda était sur la liste noire de l’ONU mais a signé un accord en 2007. « Maintenant, ils sont en première ligne dans la lutte contre l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) », dont le chef Joseph Kony est recherché par la CPI pour enrôlement d’enfants soldats. Mais pour les talibans ou les shebab qui « méprisent la communauté internationale » et refusent de négocier, la seule solution est de les dénoncer publiquement et de mobiliser contre eux la population locale, estime Mme Coomaraswamy. En Afghanistan, cette approche a permis de réduire le nombre d’attaques contre les écoles, assure-t-elle.
L’ambassadeur d’Allemagne à l’ONU, Peter Wittig, qui préside le groupe de travail du Conseil sur les enfants dans les conflits, a rendu hommage au travail de Mme Coomaraswamy. « Nous devons envisager l’étape suivante : comment traiter avec les rebelles qui, dans divers conflits, continuent à recruter des enfants soldats. » « Il faut une pression forte et continue sur ceux qui refusent d’appliquer les lois internationales », a-t-il affirmé, évoquant « la mise en place de sanctions supplémentaires ».
(Source : AFP)


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