Angela Merkel et François Hollande hier à l’Élysée avant un sommet crucial aujourd’hui. Philippe Wojazer/Reuters
Qualifiant la situation de « sérieuse », la chancelière allemande a parlé de l’« obligation de construire l’Europe forte et stable de demain. Il nous faut plus d’Europe, il nous faut une Europe qui fonctionne (...), il nous faut une Europe dont les membres s’entraident les uns les autres ». Avant de rejoindre l’Élysée, où elle a dîné avec le président français, Mme Merkel avait plaidé à nouveau pour une plus grande intégration et contre des « solutions faciles », dans un discours au Bundestag, la Chambre basse du Parlement. Il n’y a « pas de solution rapide, facile à la crise », avait-elle ainsi prévenu devant les députés allemands. Des réformes structurelles dans les pays en difficulté seront « tout en haut de l’ordre du jour » au sommet de jeudi et vendredi, a-t-elle encore souligné, disant s’attendre à « des controverses » et à ce que « tous les yeux, ou du moins beaucoup de yeux, soient braqués sur l’Allemagne ».
Mais les forces de la première économie européenne ne sont pas illimitées et Berlin a déjà donné suffisamment de gages à l’Europe, a fait valoir la chancelière, qui a répété son opposition à toute forme de mutualisation de la dette en zone euro tant que les possibilités de « contrôle et d’intervention » sur les budgets des uns et des autres n’auront pas été renforcées. Mme Merkel a d’ailleurs sévèrement critiqué l’accent mis dans le document présenté mardi par le président de l’UE Herman Van Rompuy sur la mise en commun de la dette.
Pour Berlin, toute mutualisation présuppose une intégration européenne poussée qui verra les pays membres de l’UE céder de plus en plus de leur souveraineté. C’est ce que Mme Merkel veut mettre sur la table à Bruxelles. Mais si l’idée de plus d’intégration semble faire son chemin, elle reste pour beaucoup une considération de second plan au regard de l’acuité de la crise et ce, même si les Bourses européennes connaissaient un répit hier.
L’Espagne et l’Italie, elles, sont plus que jamais dans la tempête. La chute du PIB espagnol s’est accélérée au deuxième trimestre, a prévenu hier la Banque d’Espagne. Le chef du gouvernement Mariano Rajoy a prévenu que Madrid ne pourrait pas se financer longtemps aux taux actuels. L’Espagne devait offrir mercredi 6,8 % de taux d’intérêt annuel aux investisseurs sur des emprunts à dix ans. Pour parer à l’embrasement de toute la zone euro, les Européens doivent « mener des actions pour s’attaquer au besoin de croissance, au besoin de création d’emplois », a plaidé un porte-parole de la Maison-Blanche, se faisant l’écho des attentes fortes nourries à l’égard du sommet de Bruxelles. Celles-ci risquent fort d’être déçues en ce qui concerne la croissance. La semaine dernière, Mme Merkel, MM. Rajoy, Hollande et Monti ont donné le ton en proposant un « pacte » visant à mobiliser entre 120 et 130 milliards d’euros, soit environ 1 % du PIB européen, à court terme. « De la poudre aux yeux », a commenté l’hebdomadaire allemand Spiegel, alors que Mme Merkel estime qu’elle a envoyé « un signal fort ».
La confédération européenne des syndicats s’est dit « pas très confiante » sur une issue du sommet qui parvienne à briser « le cycle austérité-dépression ». De toute façon, « les marchés ont appris à ne pas placer trop d’espoirs dans ces » sommets, se résignaient les analystes de Commerzbank.
(Source : AFP)


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