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Première brèche dans le mur du Hezbollah

Dialogue national
Élie FAYAD | OLJ
26/06/2012

On n’est pas encore entré tout à fait dans le vif du sujet et les positions des divers protagonistes restent, sur le fond, sensiblement les mêmes. Pourtant, la deuxième séance du dialogue national entamé le 5 juin n’aura pas été sans résultat, hier : pour la première fois, en effet, le Hezbollah et ses alliés ont donné leur aval à un document qui place expressément la question des armes de la « résistance » au cœur de la discussion sur la stratégie défensive, unique point officiellement à l’ordre du jour du dialogue.


Un progrès de pure forme ? Certes, dans la mesure où le Hezb continue de ne jurer que par le triptyque « armée-peuple-résistance » et de chercher toutes sortes de parades pour ne pas avoir à reconnaître le principe selon lequel l’État est censé disposer du monopole de la force.


Il n’en reste pas moins qu’un changement est bel et bien intervenu dans le comportement du Hezbollah, même s’il ne traduit, comme le pense un participant à la réunion d’hier, qu’une volonté de « gagner du temps ».
La situation en Syrie n’est peut-être pas étrangère à cette nouvelle posture du parti de Dieu, d’autant qu’elle a de plus en plus un impact certain – dans le sens du malaise – sur la scène chiite locale. Les retombées de l’affaire des pèlerins otages l’a bien illustré.


On est désormais loin du « niet » arrogant qu’opposaient naguère les responsables du Hezbollah à la simple demande de discuter de l’arsenal de ce dernier. Hier, le communiqué en sept points publié par les services de la présidence de la République à l’issue des discussions, et présenté comme ayant reçu l’aval de l’ensemble des participants, comporte trois références à la stratégie défensive. À chaque fois, l’expression est suivie de la mention « y compris la question des armes ».


Or il ne peut s’agir ici que des armes du Hezbollah. La distinction que ce dernier cherchait à imposer entre son arsenal et les armes proliférant dans les villes et les villages, en suggérant que le premier est intouchable et qu’il n’est permis de discuter que des seconds, a donc fait long feu.
Dans les rangs du 14 Mars, on reste toutefois sceptiques quant à une véritable évolution du Hezbollah. On prend acte du fait que le 8 Mars a cherché à montrer « patte de velours » – l’expression est du député Michel Pharaon –, mais on constate que, sur le fond, rien n’a vraiment changé.
Dans l’ensemble, les discussions se sont déroulées dans une ambiance pacifique, mais le divorce est resté total dans les positions exprimées par les deux bords.

Le déroulement de la séance
La séance a été ouverte au palais de Baabda par le président Michel Sleiman vers 11 heures et a duré près de quatre heures et demie. Tous les membres officiels de la conférence de dialogue national y ont participé, à l’exception du chef du courant du Futur, Saad Hariri, du chef des Forces libanaises, Samir Geagea, qui boycotte le dialogue, du vice-président de la Chambre, Farid Makari, en voyage, et du ministre des Finances, Mohammad Safadi, alité.
Le chef de l’État a passé en revue, en début de séance, les résultats de la première réunion, tenue le 5 juin, et l’accueil favorable réservé au dialogue par la communauté arabe et internationale. Il a souligné la nécessité pour toutes les parties de se conformer à la teneur de la déclaration de principes en dix-sept points adoptée lors de cette réunion, et intitulée « Déclaration de Baabda ».


La prochaine séance a été fixée au mardi 24 juillet. Elle devra permettre aux participants d’entrer dans le vif du sujet. Pour faciliter cette entrée en matière, Il a été décidé que le président Sleiman présentera en ouverture un cadre de travail inspiré de toutes les données en sa possession au sujet de la stratégie défensive. Il s’agira moins de la vision personnelle du chef de l’État que d’une tentative de synthèse objective des diverses positions permettant de déclencher le débat.


De tous les participants, trois seulement n’ont pas pris la parole hier au cours de la séance : le Premier ministre, Nagib Mikati, le chef du CPL, le général Michel Aoun, et le chef du PSP, Walid Joumblatt.


Au chef du bloc parlementaire du Futur, Fouad Siniora, qui mettait l’accent sur la distinction à opérer entre le statut des armes du Hezbollah avant le retrait israélien du Liban-Sud, en 2000, et après cette date, le président de la Chambre, Nabih Berry, a répliqué en remettant sur la table notamment l’argument des fermes de Chebaa. M. Siniora a eu beau expliquer qu’Israël, la Syrie et certaines parties libanaises ont constamment cherché à empêcher toute solution à ce problème afin de pouvoir l’exploiter, ses adversaires n’en démordaient pas. Le chef du bloc du Hezbollah, Mohammad Raad, est reparti sur la thématique de la résistance ayant protégé le Liban-Sud en l’absence de l’État, pour conclure sur un rejet du principe du monopole de l’État sur les armes.


À ce stade, M. Berry a tenté une diversion en évoquant la question des conditions de vie des réfugiés palestiniens dans les camps, puis de la nécessité pour l’armée de contrôler fermement la route de l’aéroport et empêcher sa fermeture. Mais le débat est rapidement retourné au problème des armes.


Rebondissant sur le point des fermes de Chebaa, le député Michel Pharaon a rappelé que c’est la Syrie qui avait empêché le tracé de la frontière dans cette zone afin que ce problème serve de prétexte au maintien des armes du Hezbollah. Quant à son collègue Jean Oghassabian, il s’est interrogé sur l’utilité d’un dialogue sur la stratégie défensive tant que le Hezbollah refusera de reconnaître la chaîne de commandement qui devrait relier le statut paramilitaire du Hezb à l’armée et à l’État libanais.


De son côté, le député Michel Murr a présenté sa vision écrite d’une stratégie défensive fondée sur l’unanimité des Libanais. Il a déploré l’absence à l’heure actuelle de cette unanimité « parce qu’une grande partie des Libanais n’est pas d’accord avec (le statut particulier) des armes du Hezbollah, surtout après les événements du 7 mai 2008 ».
Pour M. Murr, c’est à l’armée libanaise, « qui est soumise aux décisions du Conseil des ministres », qu’il revient « de décider pourquoi, quand, comment et où utiliser les armes ».
Enfin, l’ancien président Amine Gemayel s’est livré à une analyse juridique du problème des armes, constatant que la résolution 1701 du Conseil de sécurité « rend caduc le rôle de la résistance » et que « toute discussion sur une stratégie défensive à l’ombre du statu quo sur le terrain est contraire aux légalités libanaise et internationale ».

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