Mercredi, les autorités uruguayennes ont en effet fait part de leur intention de soumettre au Parlement une loi prévoyant notamment la production et la distribution du cannabis « sous contrôle exclusif » de l’État, afin de tenter de détourner les consommateurs de la pâte-base de cocaïne, une drogue bon marché aux effets dévastateurs.
La première réaction est parvenue du Guatemala, où le président Otto Perez, un général de droite à la retraite récemment entré en fonctions, avait proposé en début d’année de légaliser les drogues pour lutter contre la violence qui ravage l’Amérique centrale, se voyant opposer un refus catégorique des États-Unis. La proposition uruguayenne découle de « 50 ans d’échec du combat contre le narcotrafic », a ainsi jugé le porte-parole du président Perez, Francisco Cuevas. « Les pays doivent chercher de nouvelles voies pour combattre le narcotrafic d’une façon plus efficace et réduire la violence que provoquent les organisations criminelles. Dans le respect de la décision de chaque pays, l’Amérique latine doit chercher ces nouvelles voies », a ajouté M. Cuevas, dont le pays, avec le Mexique et le Honduras, voit transiter 90 % de la drogue consommée aux États-Unis.
Le président colombien Juan Manuel Santos a, lui, critiqué une décision « unilatérale » et appelé à « une approche commune ». « Si un pays légalise et un autre pays maintient une interdiction totale, cela génère des distorsions qui souvent aboutissent à aggraver le problème », a estimé le président du principal pays exportateur de cocaïne au monde.
Le ministre vénézuélien de l’Intérieur Tareck el-Aissami s’est également montré circonspect, évoquant « un piège », avant de suggérer d’investir plutôt sur la prévention.
Du Brésil, où il assiste au sommet Rio+20, le président uruguayen José Mujica a défendu jeudi sa proposition en estimant que « quelqu’un doit commencer en Amérique du Sud (...). Nous devons chercher un autre chemin » que la prohibition et la lutte frontale, impulsées notamment par les États-Unis, qui financent une part importante de la lutte antidrogue dans la région. « L’Uruguay est un petit pays, où les choses peuvent se faire plus facilement », selon lui.
À l’été 2011, un groupe d’études, composé notamment d’intellectuels, de spécialistes et d’anciens présidents sud-américains (Fernando Henrique Cardoso, Brésil, César Gaviria, Colombie, et Ernesto Zedillo, Mexique), avait publié un rapport indiquant que « la lutte mondiale contre les drogues a échoué » et suggérant de « mettre fin à la criminalisation » des consommateurs. Et lors du sommet de l’Organisation des États américains (OEA) mi-avril en Colombie, les 33 pays membres avaient pour la première fois accepté d’engager une réflexion sur les mesures alternatives à mettre en place pour lutter contre le narcotrafic.
(Source : AFP)


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