Dirigée par le conservateur Antonis Samaras, la coalition s’est fixé pour priorité de renégocier le plan d’austérité, adopté en échange d’une aide massive, sans mettre en péril l’appartenance de la Grèce à la zone euro. La Nouvelle Démocratie de M. Samaras l’a emporté sans majorité absolue aux législatives de dimanche dernier, ce qui l’a en effet contraint à former une coalition avec les socialistes du Pasok, et une autre formation de gauche modérée, Dimar. Mais, arrivée en deuxième position, la gauche radicale anti-austérité du Syriza d’Alexis Tsipras a toutefois refusé d’en faire partie, affirmant vouloir jouer le rôle de premier opposant, y compris dans la rue et par des grèves.
M. Samaras, en prêtant serment, a donc promis qu’il conduirait « un gouvernement de longue durée, de stabilité et d’espoir », mais des analystes émettent des doutes sur sa longévité. « En Grèce, il n’y a pas de culture de gouvernement d’union. Je ne pense pas que celui-ci puisse être stable », a estimé Manolis Alexakis, enseignant en sociologie politique à l’Université de Crète. Pour lui, le refus du Pasok et du Dimar de s’y faire représenter par des ténors, n’y déléguant que des personnalités « technocrates », est d’ordre tactique pour éviter d’assumer la responsabilité de mesures d’austérité. « Les partenaires mineurs veulent attendre et voir quels coups durs s’abattront sur le gouvernement », a-t-il supputé, ajoutant que le Syriza attendra son tour pour prendre les rênes du pays.
Optimisme ?
D’autres analystes ont une vue plus optimiste sur les chances du gouvernement. « Le vote a tourné en faveur des partis proeuropéens, mais s’il y a un prix à payer, cela crée un gouvernement plus stable », considère Paschos Mandravelis, un éditorialiste du quotidien libéral Kathimerini. « On a déjà eu une période de troubles dans les rues. Les gens en ont assez », note-t-il. Il a aussi souligné que former une coalition est aussi une idée neuve en Grèce, et que voir ensemble trois dirigeants politiques de tendances diverses est « encourageant ». Stavros Thomadakis, un professeur de politique financière à l’Université d’Athènes, partage ce point de vue : « La nouvelle coalition signifie un effort sérieux et très sincère. Nous avons une chance d’un vrai changement par rapport au passé. »
Les analystes insistent en particulier sur la nomination au poste crucial de ministre des Finances de Vassilis Rapanos, un banquier qui a œuvré à l’entrée de la Grèce dans la zone euro en 2001, et considéré comme proche du Pasok. « Il est préférable d’avoir des personnalités compétentes plutôt que des politiciens embrouillant tout », affirme M. Mandravelis. M. Thomadakis le suit sur ce point, estimant que M. Rapanos est « un réaliste qui peut restaurer la stabilité économique du pays ».
Les analystes considèrent également que la renégociation par la Grèce de son plan d’austérité sera permise par le changement d’atmosphère en Europe en faveur de plans plus orientés vers la croissance. « Cela participe d’une vision plus globale qui intègre des changements de politiques proposés surtout par la France (...) et qui permettront de garantir le système bancaire », note M. Thomadakis.
M. Alexakis estime finalement que la négociation sur le mémorandum peut bien se passer pour la Grèce, notant que « les Européens parlent déjà d’une extension dans le temps, et de quelques changements de paramètres (...) Je pense qu’il a une marge de négociation. La question est de savoir si les Grecs en accepteront les termes ».
En attendant, Antonis Samaras doit être opéré ce matin d’un décollement de rétine décelé lors d’une visite de routine hier chez son ophtalmologue, a indiqué son cabinet hier. Quant au nouveau ministre grec des Finances, Vassilis Rapanos, 65 ans, il a été hospitalisé hier après-midi après s’être évanoui, a-t-on appris auprès du bureau du porte-parole du gouvernement, alors qu’il devait prêter serment hier soir. La loi des séries ?
(Source : AFP)


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