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Nos lecteurs ont la parole

Syndrome du Golfe, décadence intellectuelle ou les deux ?

Jean B. ESTA

« Celui qui m’écoute est comme le sage qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, mais elle ne s’est pas abattue car elle était fondée sur le roc. »
(Mathieu 7 : 24,25)

 

Longtemps, très longtemps, ce passage de l’Évangile fut appliqué dans le monde.
Il a fallu que commence à se développer, au milieu du siècle dernier, cette science semi-empirique qu’est la mécanique des sols pour que l’on s’aventure à construire sur tous les types de sol.
Au Liban, les terrains rocheux ou durs étaient prisés : Achrafieh, Ras Beyrouth ou les collines du Mont-Liban. Mais dès les années 60, on défricha les terrains argileux ou sablo-argileux, baignant dans une nappe de surcroît, comme la région de Badaro.
On commença par y construire en utilisant une règle simple de bon sens : équilibrer, avec des fondations superficielles, les charges appliquées par le bâtiment à celles enlevées par les excavations; un seul sous-sol suffisait à respecter cette règle, sans descendre sous le niveau de l’eau.
Au lendemain de l’accélération donnée à la construction à partir de 2007, on assiste de plus en plus à un phénomène rencontré dans le Golfe, à savoir l’utilisation à bout de bras de systèmes de fondation coûteux, à l’échelle nationale comme à l’échelle privée. Ce sont les pieux, ces colonnes cylindriques en béton armé, qui vont rechercher généralement des horizons plus résistants que ceux que l’on a en surface, à 10, 15 ou 25 mètres de profondeur.
La technique en elle-même est digne d’intérêt, elle a été utilisée en grand pour la première fois au Liban à la fin des années 50 pour asseoir le Palais de justice de Beyrouth.
Mais ce qui est désolant, c’est qu’elle est utilisée de plus en plus, comme dans le Golfe, sur des terrains réputés résistants dès la surface : Mkallès, par exemple, traduite en français, veut signifier une zone calcaire, et géologiquement elle porte bien son nom. La région a même servi de carrière pour les constructions en pierre d’Achrafieh des années 20 et 30.
Comment se fait-il alors que, pour ouvrir une fouille de quelques mètres de profondeur ou pour asseoir les fondations d’un pont, on y a recours alors que l’on peut faire des fondations beaucoup moins coûteuses ?
J’ai même vu des recommandations du même type pour Yarzé ou pour Achrafieh.
Certes, dans le Golfe, les promoteurs regorgent d’argent et cette technique très coûteuse en rapporte au consultant (payé au pourcentage) et à l’entrepreneur.
Mais au Liban ? Dans un pays où la balance commerciale est déficitaire, faut-il payer en devises ce supplément d’acier qui ne sert à rien? Et cette pratique ne fait-elle pas partie de la décadence que l’on rencontre dans tous les métiers libéraux : médecins mal formés, avocats monolingues ? ...
Qui peut contrôler? Sûrement pas l’ordre des ingénieurs, plongé jusqu’aux oreilles dans la paperasserie.
Les bureaux de contrôle? Pas sûr car du moment que c’est surdimensionné, ils ne bougent pas.
Seul un sursaut intellectuel peut faire modifier ce nouveau comportement, s’il reste des intellectuels désintéressés dans ce pays.

Jean B. ESTA

« Celui qui m’écoute est comme le sage qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, mais elle ne s’est pas abattue car elle était fondée sur le roc. »(Mathieu 7 : 24,25)
 
Longtemps, très longtemps, ce passage de l’Évangile fut appliqué dans le monde.Il a fallu que commence à se développer, au milieu du siècle dernier, cette science semi-empirique qu’est la mécanique des sols pour que l’on s’aventure à construire sur tous les types de sol.Au Liban, les terrains rocheux ou durs étaient prisés : Achrafieh, Ras Beyrouth ou les collines du Mont-Liban. Mais dès les années 60, on défricha les terrains argileux ou sablo-argileux, baignant dans une nappe de surcroît, comme la région de Badaro.On commença...
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