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Le retour des ogres

C’est une démocratie, certes, mais une démocratie comme qui dirait passionnelle, où les présidents sont élus à 99 % des voix. Si ce n’est pas de l’amour...Il y a une quinzaine d’années, une enfant venue de là-bas participait à un concours de chant en Italie. Elle était escortée par un représentant du régime. Sa chanson était belle, sa voix émouvante, elle a gagné. À son retour, elle a donné des interviews, toujours accompagnée de son escorte. Elle a souhaité longue vie et autres pluies de pétales à son président et à son pays. À son président surtout, sans lequel son pays ne saurait exister.

 

Ce sont des bandes armées, certes. Adoptons la terminologie officielle qui a au moins le mérite d’être logique. Ce que font ces êtres requiert évidemment d’y aller en bande, la meute donne du courage, et d’être armé, c’est la moindre des choses face au danger qui les attend. Des bandes armées auxquelles un chef pervers aurait donné pour consigne « les femmes et les enfants d’abord » ? Les enfants surtout ? Ce n’est pas aux Libanais que nous sommes qu’on en conterait en matière d’horreurs de guerre. Pendant les quinze années qu’a duré la nôtre, nous avons eu le temps d’en connaître un rayon, y compris des massacres. Mais des meurtres d’enfants en série, le meurtre d’enfants comme un des beaux arts, érigé en système, non, de mémoire de témoin de ces temps obscurs, nous n’avons jamais vu cela. Nous n’avons jamais vu de guerre commencer par une expédition punitive contre des enfants ni se poursuivre avec un acharnement croissant contre les mineurs.


Quand et comment un État se transforme-t-il en croquemitaine? À quel moment la toute puissante machine mise en place pour la sécurité et la prospérité des citoyens se mue-t-elle en monstre ? À l’heure où se poursuivent dans le monde entier les célébrations du 1er juin, Journée internationale de l’enfant, il ne serait pas absurde de chercher une réponse du côté de l’enfance. Car oui, un enfant, qu’est-ce ? Dans les systèmes qui doivent l’essentiel de leur survie au silence, l’enfant est un dangereux bavard. Et la vérité, la terrifiante vérité finit par sortir de sa bouche. On dira de l’enfant qu’il est une éponge, un miroir, un symptôme. Quoi qu’on en dise, il est d’abord un usager libre, jubilant et jubilatoire de la parole à peine acquise. Il gazouille, babille, répète, épèle, chante, récite, interroge, qu’est-ce qu’il interroge...et retient, n’oublie rien. On se demande, du dictateur ou de l’enfant qui le voit nu, lequel est plus létal pour l’autre.


Le Liban est si vulnérable qu’on le dit recouvert d’une simple feuille. Mais c’est une feuille de la presse libre, son emblème, sa folie, sa fierté. Ghassan Tuéni qui, en ce moment, flânez avec Socrate aux jardins du Vrai, à vous-même et à vos pairs, nos enfants doivent le plus puissant des remparts. En leur nom et au nom de ce papier gravé de sang et d’encre dont le froissement tient les tyrans à distance, merci.

C’est une démocratie, certes, mais une démocratie comme qui dirait passionnelle, où les présidents sont élus à 99 % des voix. Si ce n’est pas de l’amour...Il y a une quinzaine d’années, une enfant venue de là-bas participait à un concours de chant en Italie. Elle était escortée par un représentant du régime. Sa chanson était belle, sa voix émouvante, elle a gagné. À son retour, elle a donné des interviews, toujours accompagnée de son escorte. Elle a souhaité longue vie et autres pluies de pétales à son président et à son pays. À son président surtout, sans lequel son pays ne saurait exister.
 
Ce sont des bandes armées, certes. Adoptons la terminologie officielle qui a au moins le mérite d’être logique. Ce que font ces êtres requiert évidemment d’y aller en bande, la meute donne du courage,...
commentaires (2)

Enfant : fruit qu'on fit. Bravo Fifi pour ce cri de conscience pour nous éveiller et éveiller les arabes si rustres . Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

01 h 55, le 14 juin 2012

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Commentaires (2)

  • Enfant : fruit qu'on fit. Bravo Fifi pour ce cri de conscience pour nous éveiller et éveiller les arabes si rustres . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    01 h 55, le 14 juin 2012

  • Madame Fifi Abou Dib, SUPERBE ! Merci d'avoir choisi ce sujet et d'essayer d'émouvoir les consciences, mais, hélas ! de qui ? Du moins, vous ferez bien réaliser, à certains, chez nous, que la discorde, ce monstre sanguinaire et abject, ne devrait point revenir chez nous. L'unique substitut : LE DIALOGUE ! L'ENTENTE ! et L'UNITÉ, car ils sont la seule perche de salut !

    SAKR LEBNAN

    01 h 06, le 14 juin 2012

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