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Des « amis » qui nous veulent du bien

Bien sûr que le dialogue est indispensable, bien sûr que les échanges d’idées sont de nature à dissiper les malentendus, les nombreuses équivoques. Le chef de l’État a évidemment raison d’appeler à des assises nationales en raison de la gravité de la situation, des multiples écueils qui risquent de dégénérer en autant de conflits et de dérapages sécuritaires.

Mais y a-t-il vraiment malentendu ou équivoque ? Les différentes parties en présence sont-elles donc dans l’ignorance des intentions ou des arrière-pensées des uns et des autres ? Les positions de tous les protagonistes ne sont-elles pas affichées en toute clarté ou en toute arrogance ?

Se rendre à la table de dialogue pour redire à huis clos ce qu’on n’arrête pas de clamer haut et fort en public n’équivaut-il pas à perdre du temps, à quasiment berner une opinion déjà maintes fois trompée, toujours déçue ?

Faut-il, comme d’habitude, comme les fois précédentes, y aller par mille chemins, se gargariser de bons sentiments, jurer ses grands dieux qu’il n’y a nul espoir hors de l’État et reconnaître in fine que tout n’était que mensonges et supercherie ?

Au centre du débat, ne l’oublions pas, figure la question de la politique de défense et par conséquent celle des armes du Hezbollah. Or, avant même que les partenaires au dialogue n’entament leurs discussions, qui visent essentiellement à préserver la paix civile dans l’ensemble du pays, Hassan Nasrallah a clairement indiqué que l’arsenal du parti est intouchable et que toute main qui s’aventurerait à lui porter atteinte serait coupée. Cela ne l’a pas empêché, en même temps, comble du paradoxe, de se lancer dans un plaidoyer inédit en faveur de l’État, celui-là même que les armes du Hezbollah prennent en otage, réduisent au rôle de faux témoin.

On n’est pas à une contradiction près, mais telle est la triste réalité dans un pays prisonnier de son communautarisme, où la prééminence d’armes illégitimes dans un camp déterminé pousse les autres parties à vouloir s’armer, où l’arrogance des uns incite à une morgue plus offensante chez les autres.

Le résultat en est, inévitablement, des dérives criminelles, comme celles enregistrées au Liban-Nord, un antagonisme exacerbé entre chiites et sunnites, entre anciens et nouveaux déshérités, la pauvreté, telle une marée envahissante, s’implantant dans de nouvelles régions, terreaux inévitables d’un intégrisme menaçant, d’un islamisme intransigeant.

Pourquoi donc le dialogue s’il ne se penche pas sur le « péché originel », s’il n’est pas clairement stipulé que le temps est venu pour l’État d’avoir l’exclusivité du potentiel militaire, de la décision de guerre ou de paix ? Si le Hezbollah souhaite vraiment l’édification d’un État fort, comme il le prétend depuis quelques jours à coups de déclarations tonitruantes, le passage obligé est la remise de ses armes à l’autorité légale. Une décision difficile, sur base d’un programme précis, qui serait tout à l’honneur du parti chiite et qui donnerait une impulsion nouvelle au processus de dialogue.

Autrement, tout n’aura été que paroles en l’air et mensonges, les agendas externes prenant le pas sur les urgences nationales, les développements régionaux, qu’il s’agisse de l’Iran ou de la Syrie, continuant à dicter les prises de position dans un Liban écartelé.

Une pensée pour Ghassan Tuéni
En 2001, dix ans avant le printemps arabe, dans un article défendant la liberté d’expression, Ghassan Tuéni avait écrit : « Seuls les régimes autocratiques peuvent se payer le luxe de se taire. Pour eux, le silence tient lieu d’éloquence. » Cette réflexion prend tout son sens, aujourd’hui, à l’aune de ce qui se passe en Syrie.

En 1992, déjà, suite à un article que j’avais écrit sous forme d’une lettre adressée à un ami syrien fictif, article critiquant la mainmise du régime assadiste sur le Liban, Ghassan Tuéni m’avait adressé son dernier ouvrage 1981-1991-conférences avec la dédicace suivante : « À Nagib Aoun, parce que les jeunes sont, parfois, plus à même de sauver l’honneur que ceux qui, par lassitude, s’accommodent d’un “Ami Syrien”. »

Vingt ans plus tard, cette dédicace devrait servir à réveiller certaines consciences endormies, celles qui s’accommodent toujours des mêmes « amis qui nous veulent du bien ».
Merci Ghassan Tuéni.
Bien sûr que le dialogue est indispensable, bien sûr que les échanges d’idées sont de nature à dissiper les malentendus, les nombreuses équivoques. Le chef de l’État a évidemment raison d’appeler à des assises nationales en raison de la gravité de la situation, des multiples écueils qui risquent de dégénérer en autant de conflits et de dérapages sécuritaires.Mais y a-t-il vraiment malentendu ou équivoque ? Les différentes parties en présence sont-elles donc dans l’ignorance des intentions ou des arrière-pensées des uns et des autres ? Les positions de tous les protagonistes ne sont-elles pas affichées en toute clarté ou en toute arrogance ? Se rendre à la table de dialogue pour redire à huis clos ce qu’on n’arrête pas de clamer haut et fort en public n’équivaut-il pas à perdre du temps, à...
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Cher Monsieur Nagb Aoun, il y a Surdité feinte ! Aveuglement hypocrite ! Cécité spirituelle simulée ! et MAUVAUSE FOI de fait, " de QUI de droit " ! LE GRAND SECRET DE POLICHINNELLE !

SAKR LEBNAN

14 h 17, le 12 juin 2012

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Commentaires (4)

  • Cher Monsieur Nagb Aoun, il y a Surdité feinte ! Aveuglement hypocrite ! Cécité spirituelle simulée ! et MAUVAUSE FOI de fait, " de QUI de droit " ! LE GRAND SECRET DE POLICHINNELLE !

    SAKR LEBNAN

    14 h 17, le 12 juin 2012

  • Rien n’est épargné aux Sains dans cette "diatribe" par le "fakihiste" sur-jouée. Ni le ton, ni la morgue. Ni même les menaces absurdes qui sont déjà ridiculisées et réduites à une navrante gesticulation. Pourquoi cette embardée assurément pers(c)ée dans laquelle le gesticulateur interprète et le "sujet" et le réalisateur ? C’est aisé. Dans sa quête d’encore plus de sectarisme à pratiquer pour persévérer, le "fakîîh" a déjà brûlé ses atouts percés aussi précieux que : sa "Peur" du "nombre élevé" de Palestiniens au Liban et sa drolatique "libération de la Galilée" ! Car il a beau se "Persiser" sans vergogne, les intentions Saines à son égard resteront insignifiantes. Il ne lui reste à jouer que sa dernière carte maîtresse, le "sunnitophobisme" si Cher au "Fakîîhiranianisme", pour tenter l’hypothétique inversion du cours de sa trajectoire, vitale pour ne pas perdre Tout le Reste. Il faut rendre justice aux Sains anti-"fakîhàRiens" qui, face "aux canonnières" en tôle pers(c)ée qui persifflent comme à l’habituel à tort et à travers, ont conservé un sang-froid, Hakim aussi, dans sa posture réussie d’irrépressible indignation. "On ne répond pas à Tout", dit-il sobrement, ramenant les propos du "fakihdiot" au rang de verbiage. Le Sain silence réprobateur restera ainsi si accablant pour ce "fakîh". Or, si l’on peut faire parfois taire les clameurs, comment s’accommodera-t-il alors d’un si Sain silence du Hakim ?

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    09 h 37, le 11 juin 2012

  • Le Liban est le seul laboratoire au monde de la convivialité ou plutôt de la "convivence" islamo-chrétienne . Dans un monde qui se globalise et se morcelle à la fois, le Liban demeure la preuve ultime qu'il est encore possible aux communautés, une fois le pluralisme politique équitablement et librement respecté, de s'opposer, chacune puis toutes ensemble, au fondamentalisme et à l'exclusivisme. Ainsi Ghassan Tuéni résumait le dialogue . A nos amis de suivre et appliquer ces directives pour un dialogue fructueux . Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    06 h 29, le 11 juin 2012

  • Mr. Nagib Aoun, Vous avez cent fois raison de souligner l'irrationalité manifeste d'un appel au dialogue accompagne par l'interdiction sous-jacente d'aborder le sujet des armes du Hezbollah. Et pourtant, n'y aurait-il pas possibilité de concilier, ne fut-ce que temporairement, ces deux "inconciliables"? Si, par chance, il s'avérait que les parties en présence (8 et 14 Mars) avaient un nombre d'objectifs communs, tels que la souveraineté nationale, les services sociaux, le développement de l'économie, la remise en ordre de l'infrastructure, et une politique fiscale et financière avisée ,qu'est ce qui empêcherait donc ces parties de s'entendre sur tous ces points, quitte a laisser en suspens celui des armes? Pendant que le bateau coule, les passagers ne devraient pas perdre leur temps à s'arracher les armes qu'ils possèdent mais devraient plutôt s'acharner à boucher les trous dans la coque.

    George Sabat

    05 h 27, le 11 juin 2012

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