Mais sur quelle planète vit donc cet homme, s’exclamait dernièrement le sénateur américain John Mc Cain, partisan de la manière forte contre le régime syrien, au spectacle d’un Kofi Annan s’en allant candidement prêcher la bonne parole à Damas. Le fait est que comme bien des anciennes gloires passablement oubliées, un tantinet désœuvrées, lestement dépoussiérées et miraculeusement invitées à reprendre du service, l’ancien secrétaire général de l’ONU a un peu trop vite cédé à la tentation de renouer avec les feux de la rampe en présumant de sa capacité à accomplir une mission de toute évidence impossible.
Ainsi, et plus d’un mois après l’entrée en scène de l’envoyé spécial des Nations unies et de la Ligue arabe, seul un des six points que comporte son plan de sortie de crise s’est concrétisé : le déploiement en Syrie d’observateurs censés vérifier la cessation des hostilités mais qui en réalité n’ont rien d’autre à observer, impuissants, qu’un surcroît de violences. Quant aux cinq autres points, qui ont trait à l’arrêt des tirs, au retrait des chars des villes, à la libération des milliers de prisonniers politiques, à la libre circulation des médias et à l’accès à l’aide humanitaire, ils n’ont à aucun moment fait illusion, puisque leur mise en application aurait inévitablement pour effet la chute d’un pouvoir baassiste décidé à se battre jusqu’au bout.
Que faudra-t-il encore pour déclarer mort et enterré ce plan ? Cette question, un journaliste la posait abruptement à l’intéressé hier, au terme d’entretiens qu’a eus celui-ci avec les principaux dirigeants libanais. Pour toute réponse, le Prix Nobel ghanéen s’est dit plus frustré encore que la plupart des confrères présents à sa conférence de presse. Frustré, soit, mais encore ? Si nul ne se hasarde à prononcer le décès de cette initiative, c’est parce que le substitut est, pour le moment, introuvable : c’est parce que dans le cas précis de la Syrie, la communauté internationale manque tragiquement de cohésion, de muscle, d’imagination. Or le plus atterrant, c’est que toutes les puissances, grandes ou petites, favorables ou non à la révolution syrienne, animées ou non de bonne foi, crient d’une même voix désormais à l’imminence de la guerre civile : épouvantable cataclysme dont la barbarie de la répression et les ripostes militaires de l’opposition portent à se demander sérieusement si, en réalité, il n’est pas déjà en cours...
C’est dire que la tournée des pays limitrophes de la Syrie qu’a entreprise Kofi Annan traduit une double hantise : l’acheminement d’armements aux rebelles, lequel ne peut que pousser à la roue de la guerre civile ; et, selon le principe des vases communicants, le risque de contagion menaçant la région : le Liban se trouvant être le plus vulnérable des proches voisins. Sur le premier point, l’envoyé de l’ONU a paru se satisfaire des efforts de Beyrouth visant à contrôler sa frontière, laquelle continue cependant d’être violée en permanence par l’armée de Bachar el-Assad. Quant aux risques de contagion, il est clair que le bon Kofi Annan – et par-dessus le marché le monde tout entier – n’y pourront strictement rien si, après tant de désastres, les Libanais eux-mêmes ne s’avèrent ni majeurs ni vaccinés.
Issa GORAIEB
Frustration itinérante
OLJ / Par Issa GORAIEB, le 02 juin 2012 à 01h34


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