Initialement, les droits avaient été acquis en 1978 par Francis Ford Coppola pour lui-même, avant qu’il ne le propose, entre autres, à Jean-Luc Godard ou Gus Van Sant – son fils Roman aussi a vainement tenté de s’y atteler. Selon Karmitz, deux obstacles essentiels barraient la route de On the Road au cinéma : raconter « des histoires de sexe, de drogue, d’énergie et de rencontres, sans narration linéaire, très différentes des canons des studios américains » et tourner un « road-movie historique » dans une Amérique modelée autour des centres commerciaux et l’abandon des centres-villes. Entre-temps, avec Carnets de voyage en 2004, racontant le voyage de Che Guevara à travers l’Amérique du Sud, Walter Salles est passé « maître du road-movie et des films compliqués » sourit le producteur : parrainé par Coppola, qui le découvre à Sundance, il s’y colle à son tour.
Salles va alors refaire trois fois le parcours de Sur la Route, d’est en ouest de New York à San Francisco en passant par le Mexique, s’immerger dans son univers, rencontrer les derniers protagonistes vivants, s’intéresser à l’histoire du jazz : « Trois ans de recherches plein pot, qu’il filme comme un documentaire » avant l’écriture du scénario, reprend Charles Gillibert, complice de Nathanaël Karmitz, qui a géré la production sur le terrain. « Il est entré dans l’univers du livre, son imaginaire, sa musique, il ne faisait rien d’autre. Début 2009, il tenait un scénario solide. »
Incidemment, alors qu’il les voit pour autre chose, Walter Salles évoque devant les deux producteurs ce scénario qu’il couve : « Ça nous paraissait infaisable, mais on y a cru tellement », résume Karmitz. Le projet, signé à Los Angeles en janvier 2010, est bouclé à Cannes en mai suivant avec des coproducteurs européens, pour un budget (tenu, jure-t-il) de 25 millions d’euros. Et un tournage prévu à l’été. Les acteurs avaient été castés très tôt – « Garrett Hedlund a tout refusé pendant deux ans, comme le décorateur Carlos Conti » – souligne Gillibert. Entre-temps la carrière de Kristen Stewart (Twilight) a explosé. « Walter Salles a d’abord enfermé les acteurs dans un loft à Montréal en juillet, un genre de camp pour les habituer à vivre ensemble, pour que cette énergie revienne naturellement sur le plateau », poursuit Gillibert.
Le tournage commence en août, compliqué : « L’Amérique des années 40 n’existe plus, un tiers des lieux ont été décidés pendant le tournage. Il fallait vivre une aventure, pas une reconstitution. » Arizona, Nouveau-Mexique, Canada, Californie, Mexique. On va chercher la neige des hivers canadiens en Argentine, à Bariloche – emmenant une Hudson de collection, la voiture-paquebot de l’équipée sauvage. « La seule façon de s’en sortir, c’était d’avoir un chef opérateur (le Français Éric Gautier) pouvant travailler avec les moyens du bord et des acteurs qui, malgré leur notoriété, étaient prêts à vivre cette aventure », ajoute Charles Gillibert. « Ce livre a changé la vie de beaucoup de gens, le film a fait de même. »
(Source : AFP)

