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Retours de bâton, attention danger !

Est-elle donc une fatalité cette damnation qui pèse sur l’ensemble du monde arabe et dont les ricochets frappent inévitablement le Liban ? Une autodestruction assumée en toute conscience qu’il s’agisse de potentats irascibles, englués dans leur autisme, de révolutionnaires égarés, ballotés entre des voies contraires ou d’excités de la gâchette qui se prennent pour des élus de Dieu ?
Une dérive tragique de l’histoire qui entraînerait la région dans des conflits communautaires sans fin et qui détruirait les rêves longtemps caressés d’un monde nouveau fait d’équité et de liberté ? Une dérive qui frapperait le Liban de plein fouet et le placerait au centre du cercle de feu, à partir d’une provocation, d’un assassinat ciblé ?
Les temps sont durs, les inquiétudes très légitimes, mais est-il seulement acceptable, moralement tolérable, que des gens en viennent à regretter les potentats déchus ou à s’accrocher à ceux qui restent pour la simple raison que l’avenir s’annonce incertain, que les réalités du quotidien n’augurent que de souffrances à venir, de batailles empreintes de sang et de larmes ?
Et pourtant, s’il est une fatalité, elle ne réside que dans l’obstination des dictateurs à s’accrocher à leur fauteuil, à leurs privilèges, leur chute n’intervenant qu’au prix de terribles tragédies, de désordres sanglants dont le peuple est toujours l’inévitable victime.
Irak, Libye, Yémen, Tunisie, Égypte : jusqu’à la dernière minute Saddam Hussein, Kadhafi, Ali Saleh, Ben Ali et Moubarak ont vraiment cru que le peuple les adulait et que le pouvoir qu’ils détenaient reflétait la volonté populaire. L’aveuglement était total, la surdité complète, la chute, elle, ne pouvait être que fracassante.
Cinq cas d’école, cinq constats implacables et pourtant, dans la Syrie meurtrie de Bachar el-Assad, le potentat au pouvoir continue de croire que l’effet domino est une vue de l’esprit et que s’il existe de mauvais dictateurs qui ont mérité le sort qui leur a été réservé, il en est de bons, à son instar bien évidemment, qui n’aspirent qu’au bien-être de leurs gouvernés.
Douze mille morts, des destructions massives, une guerre civile qui ne dit toujours pas son nom, et il est encore des cercles politiques qui misent sur la survie du régime syrien, qui mettent même en avant sa faculté de nuisance pour justifier leur empressement à le caresser dans le sens du poil.
« On ne doit pas utiliser une hache pour régler la crise en Syrie, il faut y aller avec des pincettes » : cette opinion d’un responsable russe, émise lors des discussions du G8 à Camp David, reflète bien l’hypocrisie qui régit les rapports internationaux. Des pincettes pour négocier avec un bourreau, c’est donner le feu vert à davantage de massacres, à une répression encore plus sanglante, à une perpétuation de l’effroyable tragédie.
Des pincettes pour traiter avec le tortionnaire, c’est tolérer que le représentant de la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU lance des menaces à l’adresse du Liban, c’est prendre le risque de voir le nord du pays jouer les prolongations « insécuritaires » et d’y voir fleurir les barbus et autres imberbes nourris à l’école baassiste.
Des accusations et des menaces syriennes d’un côté, des envolées verbales libanaises, de l’autre, cautionnant, haut et fort, ces provocations et ces pratiques subversives, il n’en fallait pas plus pour que le Liban-Nord s’enflamme et que le Akkar, après Tripoli, s’enfonce à son tour, dans la discorde après la mort de cheikh Ahmad Abdelwahed ; il n’en fallait pas plus pour que les pays du Golfe s’alarment, en tirent les conclusions naturelles et demandent à leurs ressortissants de ne plus mettre les pieds au Liban, à Beyrouth plus précisément, entrée hier soir en convulsion...
Saison touristique garantie ! Les thuriféraires libanais du régime syrien peuvent se frotter les mains de contentement. Encore plus d’enthousiasme de leur part et de zèle dans leurs attaques contre les monarchies sunnites et l’on verrait un jour les pays du Golfe demander aux centaines de milliers de Libanais qui y travaillent d’aller chercher un emploi ailleurs...
La boucle aura, ainsi, été bouclée et les Libanais n’auront plus alors qu’à édifier un nouveau mur des lamentations...
Est-elle donc une fatalité cette damnation qui pèse sur l’ensemble du monde arabe et dont les ricochets frappent inévitablement le Liban ? Une autodestruction assumée en toute conscience qu’il s’agisse de potentats irascibles, englués dans leur autisme, de révolutionnaires égarés, ballotés entre des voies contraires ou d’excités de la gâchette qui se prennent pour des élus de Dieu ?Une dérive tragique de l’histoire qui entraînerait la région dans des conflits communautaires sans fin et qui détruirait les rêves longtemps caressés d’un monde nouveau fait d’équité et de liberté ? Une dérive qui frapperait le Liban de plein fouet et le placerait au centre du cercle de feu, à partir d’une provocation, d’un assassinat ciblé ?Les temps sont durs, les inquiétudes très légitimes, mais est-il seulement...
commentaires (3)

Il ne nous reste plus qu'à être, pour ainsi dire, spectateur de notre existence sans y prendre part sinon les arabes vont chasser les libanais qui travaillent chez eux . Cessons de grâce ce chantage plitique et social ou on mérite de vivre en toute dignité et ensemble dans ce pays ou non. Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

09 h 30, le 21 mai 2012

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Commentaires (3)

  • Il ne nous reste plus qu'à être, pour ainsi dire, spectateur de notre existence sans y prendre part sinon les arabes vont chasser les libanais qui travaillent chez eux . Cessons de grâce ce chantage plitique et social ou on mérite de vivre en toute dignité et ensemble dans ce pays ou non. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    09 h 30, le 21 mai 2012

  • Le "phénicisme" Pâmé entraîne la vacance de ces âmes, fort indigènes au demeurant. Il s'agit d'un engourdissement qui gagne donc ces "araméanisés" dans cette douceur méditerranéenne, à l'égard d'un bouleversement printanier qui ne leur parvient que toujours fragmenté en raison de ce même… phénomène libanais "retardo-attardé", moins apte à les requérir vraiment comme il le fait à l'ordinaire avec d’autres peuplades malgré tout un peu moins levantines et Plus "évoluées". Pourtant cette poussée d’Air Frais Printanier a toujours les mêmes couleurs glauques ou bigarrées, et charrie les sempiternels tombereaux d'espérances, de couardises ou de morts annoncées. Toutefois, comme si le flot risquait on ne sait pourquoi de ne plus l’ébranler, il a pris l'habitude ce Libanais de lester les Nouvelles sur ces Printanières manière d'échapper si peu que ce soit à ce présent fort local si oppressant et si banal ! Et le voilà ainsi l’Ebaubi, un turban ou une soutane déployés sur sa vision et son esprit naturellement sombres et assombris, invité entre ses innombrables somnolences Campagnardo-Montagnardes à la nostalgie, au pronostic ou à la Grosse tête, kifkif. Mais ce procédé éhhh libanais a ses limites ! Et très vite le présent le reprend à la trachée. Pour gueuler et frimer ; le Puiné ; mais surtout pour pleurer, quand ce n'est pas pour les deux. Et plutôt le second que le premier ! Ya hassérté.

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    02 h 01, le 21 mai 2012

  • - - Je retiens la dernière phrase de votre article monsieur Nagib Aoun qui veut tout dire et qui semble être employée politiquement ces derniers jours comme un épouvantail ou une épée de damoclès au dessus de la tête des Libanais qui travaillent dans " ces " pays dits du golfe , et à travers eux , au dessus de la tête de tous les Libanais restés au pays qui profitent de cette ( manne ) selon vous , qui est le fruit d'un travail et non d'un esclavage SVP ! pour vous dire que ces Libanais peuvent aller travailler n'importe ou dans le monde dans de meilleures conditions et seront plus protégés socialement et plus respectés qu'ils ne le sont dans ces pays qui les menacent d'expulsions ou ils n'ont aucun droit et sont sans protections sociales ni droits des travailleurs ou droits de l'homme .. Arrêtez de présenter le Libanais comme une marchandise qui se négocie politiquement par ses représentants . Merci .

    JABBOUR André

    01 h 52, le 21 mai 2012

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