Une dérive tragique de l’histoire qui entraînerait la région dans des conflits communautaires sans fin et qui détruirait les rêves longtemps caressés d’un monde nouveau fait d’équité et de liberté ? Une dérive qui frapperait le Liban de plein fouet et le placerait au centre du cercle de feu, à partir d’une provocation, d’un assassinat ciblé ?
Les temps sont durs, les inquiétudes très légitimes, mais est-il seulement acceptable, moralement tolérable, que des gens en viennent à regretter les potentats déchus ou à s’accrocher à ceux qui restent pour la simple raison que l’avenir s’annonce incertain, que les réalités du quotidien n’augurent que de souffrances à venir, de batailles empreintes de sang et de larmes ?
Et pourtant, s’il est une fatalité, elle ne réside que dans l’obstination des dictateurs à s’accrocher à leur fauteuil, à leurs privilèges, leur chute n’intervenant qu’au prix de terribles tragédies, de désordres sanglants dont le peuple est toujours l’inévitable victime.
Irak, Libye, Yémen, Tunisie, Égypte : jusqu’à la dernière minute Saddam Hussein, Kadhafi, Ali Saleh, Ben Ali et Moubarak ont vraiment cru que le peuple les adulait et que le pouvoir qu’ils détenaient reflétait la volonté populaire. L’aveuglement était total, la surdité complète, la chute, elle, ne pouvait être que fracassante.
Cinq cas d’école, cinq constats implacables et pourtant, dans la Syrie meurtrie de Bachar el-Assad, le potentat au pouvoir continue de croire que l’effet domino est une vue de l’esprit et que s’il existe de mauvais dictateurs qui ont mérité le sort qui leur a été réservé, il en est de bons, à son instar bien évidemment, qui n’aspirent qu’au bien-être de leurs gouvernés.
Douze mille morts, des destructions massives, une guerre civile qui ne dit toujours pas son nom, et il est encore des cercles politiques qui misent sur la survie du régime syrien, qui mettent même en avant sa faculté de nuisance pour justifier leur empressement à le caresser dans le sens du poil.
« On ne doit pas utiliser une hache pour régler la crise en Syrie, il faut y aller avec des pincettes » : cette opinion d’un responsable russe, émise lors des discussions du G8 à Camp David, reflète bien l’hypocrisie qui régit les rapports internationaux. Des pincettes pour négocier avec un bourreau, c’est donner le feu vert à davantage de massacres, à une répression encore plus sanglante, à une perpétuation de l’effroyable tragédie.
Des pincettes pour traiter avec le tortionnaire, c’est tolérer que le représentant de la Syrie au Conseil de sécurité de l’ONU lance des menaces à l’adresse du Liban, c’est prendre le risque de voir le nord du pays jouer les prolongations « insécuritaires » et d’y voir fleurir les barbus et autres imberbes nourris à l’école baassiste.
Des accusations et des menaces syriennes d’un côté, des envolées verbales libanaises, de l’autre, cautionnant, haut et fort, ces provocations et ces pratiques subversives, il n’en fallait pas plus pour que le Liban-Nord s’enflamme et que le Akkar, après Tripoli, s’enfonce à son tour, dans la discorde après la mort de cheikh Ahmad Abdelwahed ; il n’en fallait pas plus pour que les pays du Golfe s’alarment, en tirent les conclusions naturelles et demandent à leurs ressortissants de ne plus mettre les pieds au Liban, à Beyrouth plus précisément, entrée hier soir en convulsion...
Saison touristique garantie ! Les thuriféraires libanais du régime syrien peuvent se frotter les mains de contentement. Encore plus d’enthousiasme de leur part et de zèle dans leurs attaques contre les monarchies sunnites et l’on verrait un jour les pays du Golfe demander aux centaines de milliers de Libanais qui y travaillent d’aller chercher un emploi ailleurs...
La boucle aura, ainsi, été bouclée et les Libanais n’auront plus alors qu’à édifier un nouveau mur des lamentations...


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Il ne nous reste plus qu'à être, pour ainsi dire, spectateur de notre existence sans y prendre part sinon les arabes vont chasser les libanais qui travaillent chez eux . Cessons de grâce ce chantage plitique et social ou on mérite de vivre en toute dignité et ensemble dans ce pays ou non. Antoine Sabbagha
09 h 30, le 21 mai 2012