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À La Une - Le Point

Tsipras, Hellás !

Certains esprits malintentionnés pourraient trouver là matière à réveiller la rivalité plusieurs fois séculaire entre les deux prestigieuses couveuses d’où sortent les membres de la gentry britannique. « Preposterous », dirait ce cher major Thompson. Toujours est-il que David Cameron – un pur produit d’Oxford – vient, à sa manière, de tirer la leçon de l’embrouillamini, fruit de l’incroyable crise grecque. « Soit la zone euro se réconcilie, soit elle va vers une possible désagrégation. C’est un choix qui ne peut être différé longtemps. » Comme en écho, sir Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre et élève, lui, de Cambridge, donne dans un langage plus imagé ce conseil aux dirigeants européens : « Stop kicking the can down the road. » Ce qui peut se traduire par : « Cessez de perdre du temps. »
Comme si elle y prenait goût, la Grèce vient de décider l’organisation de nouvelles élections, le 17 juin, soit six semaines après celles du 6 mai ayant débouché sur une nouvelle crise, dont le pays aurait bien voulu se passer. Il y a fort à parier que la consultation appelée à se tenir dans un mois débouchera encore sur l’impasse – à moins qu’Alexis Tsipras n’obtienne pour la Syriza, sa formation issue de la gauche radicale, un gain supplémentaire de voix, et donc de sièges, avec la perspective de nouvelles complications qui éloigneront encore plus la possibilité de trouver une issue à l’imbroglio.
Le socialiste Evangelos Venizelos ne semblait pas trop y croire lorsqu’il a invité mardi ses concitoyens à faire, cette fois, « un choix historique et mûrement réfléchi » Et le fringant Tsipras n’a pas tort lorsqu’il laisse dire par ses alliés du Synaspismos que vingt-quatre mois et cinq rapports de l’Union européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international ont débouché sur un constat d’échec dû à des conditions impossibles à remplir.
Incroyable mais vrai : la Grèce ploie aujourd’hui sous le poids d’une dette extérieure de 400 milliards d’euros. La perte que cela engendrera devra être assumée pour une part majeure (300 milliards d’euros) par les contribuables des principaux pays de l’UE, le reste devant être couvert par des firmes et des banques privées, principalement françaises, ce qui amènera tôt ou tard Paris à y aller de sa poche. En clair, le pays est dans l’incapacité de rembourser tout ou même partie de sa dette. En trois ans, le niveau de vie a baissé de 20 pour cent, le chômage a grimpé à 22 pour cent, la drachme menace de remplacer l’euro, créant la situation ubuesque suivante : l’entrée en fonction de la planche à billets pour rembourser en monnaie de singe les sommes dues. Il suffira alors aux créanciers français, espagnols, portugais, italiens de réclamer leurs économies pour déclencher un séisme de magnitude 9 dans l’univers de la finance.
On n’en est pas là, pas encore...
À aucun moment depuis 2009 la Grèce n’a donné de signes indiquant qu’elle serait tentée de sortir de la zone euro qui représente pour elle une double assurance : économique d’abord, politique ensuite. Se retrouver dépouillée du bouclier européen face au géant turc (sur la question de Chypre entre autres), et alors que de nouveaux membres, balkaniques de surcroît, se préparent à rejoindre le club (de moins en moins fermé) des Vingt-Sept n’a rien de rassurant.
En cherchant hier à parer au plus pressé, le chef de l’État, Karolos Papoulias, a constaté qu’il lui était impossible de trouver un homme politique à qui confier le soin de former un gouvernement de transition susceptible de superviser le prochain scrutin national. C’est donc au président du Conseil d’État Panagiotis Pikrammenos que reviendra ce redoutable et peu enviable honneur tant l’issue s’annonce lourde de risques. La question est de savoir si la Nouvelle Démocratie d’Antonis Samaras, le Pasok d’Evangelos Venizelos, la gauche radicale Styrias d’Alexis Tsipras, la gauche modérée Dimar de Foris Kouvelis et les groupuscules qui gravitent dans leur orbite sont prêts à aller jusqu’au bout de leur irrationalité, ce qui serait suicidaire, ou s’ils ne sont pas en train d’essayer de gagner du temps, ce qui représenterait un quasi probable hara-kiri.
Dire non à l’austérité tout en protestant de sa bonne foi en ce qui concerne l’euro, rechercher une politique de croissance dont on n’a pas les moyens et ambitionner de regagner la confiance de la communauté internationale : telle est l’impossible gageure que la Grèce s’obstine à vouloir tenir. Les mises en garde répétées des Européens à la veille du scrutin du 6 mai n’ont apparemment pas servi.
À Bruxelles, capitale de l’Europe, 400 personnes ont entrepris hier une lecture marathon de l’Odyssée en signe de solidarité avec les Grecs et pour sauver la patrie d’Homère. Mais tous les dieux de la mythologie y suffiront-ils ?
Certains esprits malintentionnés pourraient trouver là matière à réveiller la rivalité plusieurs fois séculaire entre les deux prestigieuses couveuses d’où sortent les membres de la gentry britannique. « Preposterous », dirait ce cher major Thompson. Toujours est-il que David Cameron – un pur produit d’Oxford – vient, à sa manière, de tirer la leçon de l’embrouillamini, fruit de l’incroyable crise grecque. « Soit la zone euro se réconcilie, soit elle va vers une possible désagrégation. C’est un choix qui ne peut être différé longtemps. » Comme en écho, sir Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre et élève, lui, de Cambridge, donne dans un langage plus imagé ce conseil aux dirigeants européens : « Stop kicking the can down the road. » Ce qui peut se traduire par : « Cessez de...
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