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Dégagez !

Les mots peuvent-ils servir encore à quelque chose? À défaut de remuer des consciences somnolentes, hypothéquées, ou quasiment vendues au plus offrant, peuvent-ils encore faire tilt auprès d’une population passive, exsangue, celle qui a fait le pari de se taire, qui a désespéré d’elle-même et de ceux qui l’ont entraînée dans une voie sans issue ?
Jamais dans l’histoire de ce pays, la déliquescence politique n’a été aussi criante, l’irresponsabilité aussi générale ; jamais, tout au long des guerres que le Liban a vécues, le niveau du discours, de l’adresse au citoyen, n’a été aussi désastreux, aussi dégoulinant de bêtises, de mensonges et de mépris...
Des gouvernants qui ne gouvernent pas et qui se balancent des peaux de banane sous les pattes, des réunions ministérielles sans cesse différées pour raison d’incompatibilité d’humeur, un cercle restreint de têtes très peu pensantes où le plus compétent est forcément celui qui raconte le plus de bobards ; un cartel où le plus futé est celui qui s’offusque et s’indigne quand ses doctes explications ne font pas l’unanimité.
Les budgets peuvent attendre, se perdre dans les sombres dédales des filières de la corruption, l’État peut surseoir indéfiniment à ses obligations, se complaire dans l’euphorie de sa non-gouvernance : les contempteurs sont trop occupés à farfouiller dans les poubelles du passé, trop affairés à y puiser des raisons pour de futures croisades donquichottesques. La volonté de changement affichée à longueur d’interminables journées n’est plus qu’un masque dérisoire révélant, a contrario, la duplicité des nombreuses « mains propres ».
Que les centrales électriques crachouillent, que les usines flambent faute d’entretien et de contrôle municipal, que les Tripolitains mettent leur ville à feu et à sang, que les moins nantis se retrouvent à la rue, que les employés voient leurs salaires fondre comme neige dès la première semaine de chaque mois, qu’importe : le gouvernement n’entend pas débarrasser le plancher et ceux qui le houspillent, l’invectivent, s’emploient, en catimini, à le maintenir en vie pour mieux le discréditer...
Ubuesque ? On n’est pas à une aberration près et le navire va à la dérive emportant dans une même galère les pourris et les bonnes gens, les « petits malins » qui traficotent déjà les prochaines législatives et les rêveurs innocents à qui on fait croire que l’avenir se forge à travers l’étalage des frasques passées. Les uns se refusent à franchir le Rubicon, à l’instar de Walid Joumblatt, d’autres le traversent au galop, au diapason de Michel Aoun, condamnant à l’échec toute tentative de conciliation.
Des calculs d’un côté, des ambitions évidentes, quoique inavouées, de l’autre. Les sons de cloche diffèrent, qu’il s’agisse des cloches du Chouf que le patron du CPL, tel Sherlock Holmes, s’acharne à vouloir retrouver, ou de celles qu’il se fait sonner à chaque sortie intempestive, à chaque inventivité verbale dont il a le secret...
Pathétique la situation ? Elle l’est moins au niveau des gouvernants, qui ne savent plus à quel saint se vouer, qu’à celui des redresseurs de torts qui surfent sur les vagues du populisme. Totalement pathétique parce que les moutons de panurge se complaisent dans leur suivisme et n’envisagent d’avenir que dans la perpétuation des discordes, celles-là mêmes qui maintiennent l’État dans sa tragique déliquescence.
Et les Indignés, ces fameux Indignés qui refaçonnent les pouvoirs un peu partout dans le monde, les Libanais n’en comptent-ils donc pas dans leurs rangs ? Des Indignés qui manifesteraient aux cris de « dégage » autant à l’adresse d’un gouvernement fantôme que des politiciens qui les mènent en bateau ?
Faut pas rêver, diraient les sceptiques. Moi, pourtant, je fais le pari de l’avenir, le pari sur les jeunes : cela commence déjà sur Facebook, s’étend sur les sites Internet, se traduit par des rassemblements de révolte limités mais presque quotidiens.
Ni de droite ni de gauche, ni chrétien ni musulman, ni du 14 ni du 8 Mars : moi je parie sur les jeunes. Dans un an ou dans dix ans, ils me le rendront bien ! ! !
Les mots peuvent-ils servir encore à quelque chose? À défaut de remuer des consciences somnolentes, hypothéquées, ou quasiment vendues au plus offrant, peuvent-ils encore faire tilt auprès d’une population passive, exsangue, celle qui a fait le pari de se taire, qui a désespéré d’elle-même et de ceux qui l’ont entraînée dans une voie sans issue ? Jamais dans l’histoire de ce pays, la déliquescence politique n’a été aussi criante, l’irresponsabilité aussi générale ; jamais, tout au long des guerres que le Liban a vécues, le niveau du discours, de l’adresse au citoyen, n’a été aussi désastreux, aussi dégoulinant de bêtises, de mensonges et de mépris...Des gouvernants qui ne gouvernent pas et qui se balancent des peaux de banane sous les pattes, des réunions ministérielles sans cesse différées...
commentaires (10)

Amnistie? pourquoi pas?Mais contre retour du pognon,tout le pognon,et avec les intêrets...sinon,rien du tout...ni pour les uns,ni pour les autres....rendez le fric...après,men chouf...

GEDEON Christian

08 h 12, le 15 mai 2012

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Commentaires (10)

  • Amnistie? pourquoi pas?Mais contre retour du pognon,tout le pognon,et avec les intêrets...sinon,rien du tout...ni pour les uns,ni pour les autres....rendez le fric...après,men chouf...

    GEDEON Christian

    08 h 12, le 15 mai 2012

  • Censure encore?? En fait ce que propose M. Nagib Aoun serait qu'on vote une loi d'amnésie, oh pardon d'amnistie, qui rassure et remette en selle tous ceux qui nous ont allègrement massacrés, pillés, asservis, humiliés et endettés depuis ... depuis quand au fait?? Passez l’éponge Citoyens, sinon on vous traitera de petits rancuniers ! Car ce ne sont pas tant les clochers du Chouf que l'on recherche M. Nagib Aoun, que le retour de ces pauvres déracinés qui rêvent de leur montagne dont on les a expulsés comme jadis les juifs de Jérusalem. Ce ne sont point les milliards siphonnés dont nous attendons le retour improbable, mais celui de notre jeunesse exilée car une mafia rapace a fait que notre pays ne puisse plus offrir de travail qu'aux serveurs et aux call-girls, tourisme fraternel oblige. Ce ne sont point les budgets qu'on ambitionne de voir présenter, c'est l'espoir que ceux qui sabotent le développement du pays parce que leurs crocs ne sont plus plantés dans nos jugulaires, comprennent qu'il leur faudra redevenir citoyens soumis comme tout le monde aux lois de la république. Car il faut vous rendre à l’évidence M. Nagib Aoun que nous avons, à force de traîner dans un monde développé, contracté le virus de la bonne gouvernance et que nous avons compris que seule la probité et le patriotisme des hommes politiques et seules des urnes propres et dégagées de toute corruption pouvaient nous l’offrir

    Henoud Wassim

    14 h 45, le 14 mai 2012

  • On ne se trompe point ! Ventrebleu, c'est eux ; ils veulent encore provoquer, pardi, une rude altercation avec les Sains, ces "Malsains". De grâce, même en habit de Vénus, auront-ils au moins l'air un tant soit peu charmant, ces Pâmés ? Mais qu’ils "sont Laids" !, en sus et de plus en plus, et qu’est-ce qu’ils ont l’air "Mauvais" au fur et à mesure ces "Martiens-là" ! Mais les voilà, cez-ébaubis-là !, et le Vilain "baassyrien" encore signalé existant à leur côté ces Puinés. Vont-ils à nouveau déblatérer et insulter, comme à l’habitué ? Ils seraient mal tombés ces "Petits malins"-là, car c’est la Fin déjà. Et pour que ça soit plus clair, les Sains leur diront qu’ils ont bien vu en eux le Jaloux à l’air du "Parfait Malsain", qui s’acoquine à servir encore ces Gredins "baassyriens" ! On ne sait plus pourquoi ; là : Ou plutôt si, par bas intérêts et encore plus d’intérêts bas : là ! Yâ "(h)Amers Malsains" : écoutez bien, dites-le vous bien et ne faites plus les Petits malins, le Sain clairement vous le dit : Fichez-lui la paix et… Dégagez à jamais car il vous "Hait"! Faut plus essayer bande de Puinés-Pâmés. Et si encore le "Malin" vous tenteriez, eh bien, pour prix de vos Méfaits, sous les Lanternes de Beyrouth la Belle Cité ; et ce en public ; élevés vous danserez alors votre "sacrée" dabbkéé Finale et Périmée : à deux pieds de la Chaussée ! Celle même d’Achrafiéh ou de Tarîëéjjdîdéé.

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    05 h 30, le 14 mai 2012

  • Ben voilà...je ne disais pas autre chose hier....avec moins de talent ,bien sûr...mais c'est vrai qu'il y a des jours comme çà où ils nous emm...mais ils nous emm....!

    GEDEON Christian

    05 h 22, le 14 mai 2012

  • Dégagez un vrai cri du coeur pour nos politiciens . Et nos jeunes devraient et dans un avenir proche au lieu de donner à un politicien les clefs de la ville,feraient mieux de changer les serrures. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    03 h 53, le 14 mai 2012

  • Une analyse extrêmement lucide, hélas... Dommage que M. Nagib Aoun ne soit pas aux commandes de l'Etat!

    Nayla Sursock

    03 h 41, le 14 mai 2012

  • Il faut que les "sauveurs" soient les premiers à dégager et tout de suite. Car non seulement ils n'ont rien sauvé, ne sauvent et ne sauveront rien du tout, mais ils ont foutu partout le chaos et la pagaille.

    Halim Abou Chacra

    02 h 40, le 14 mai 2012

  • Superbe description, Cher Monsieur Nagib Aoun, de la situation qui prévaut dans le pays, bien que succinte, car il en faut des pages et des pages pour dire TOUT. Je crois que les moutons de Panurge avaient tout de même un milligramme de cervelle, bien qu'animalière, et les moutons sont aussi des animaux sociables et tranquilles, tandis qu'il faut trouver un autre terme aux inféodés et vendus, qui qu'ils soient, et de l'autre côté s'il y en a aussi, car c'est trop d'honneur que d'appeler moutons de Panurge les COMPLÈTEMENT ÉCERVELÉS qui mènent le Pays tout droit dans l'abysse. Je vous salue. Bonne journée.

    SAKR LEBNAN

    01 h 13, le 14 mai 2012

  • - - Mais les indignés Libanais se sont bien manifesté et se sont prononcé haut et fort et ont dit dégage à celui qu'ils ont dégagé du Sérail il y a plus d'un an avec un One Way ticket OUT of Africa , qui n'a jamais remis les pieds depuis dans ce pays qu'il a ruiné avec sa clique son associé de la montagne et sa famille ..

    JABBOUR André

    00 h 04, le 14 mai 2012

  • Tout est dit dans cette chronique. Un constat imparable de la réalité du moment.

    Robert Malek

    20 h 34, le 13 mai 2012

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