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Laïque Pride : "Et vous, comment changeriez-vous le Liban ?"

Société Entre 1.000 et 2.000 personnes ont participé à la marche organisée dimanche à Beyrouth.
Anne ILCINKAS | olj.com
07/05/2012

Ce dimanche, Ali et Nathalie sont descendus en famille à Hamra. Pas pour flâner ou déguster une glace sous le joli soleil de mai, mais pour demander leurs droits civils.

 

Ali est musulman, Nathalie est chrétienne. Nathalie et Ali sont en couple. Ni l'un, ni l'autre ne voulaient changer de religion. Ils ont, dès lors, dû se marier en Suisse, le Liban, leur "terre", n’autorisant pas le mariage civil.  Et pour compliquer la chose, Nathalie est de mère libanaise et de père suisse. Elle n’est devenue libanaise que grâce à son mariage, les femmes ne pouvant transmettre leur nationalité à leur mari et enfants.

 

Ce que Nathalie et Ali demandent aujourd'hui, c’est un Etat libanais laïc, un Etat dans lequel la religion et la politique sont séparés, un Etat qui les reconnait comme citoyens à part entière et sur un pied d'égalité face à la loi.

 

C'est pour toutes ces raison que dimanche 6 mai, ils ont répondu à l’appel de la "Laïque Pride" organisée par la société civile à Beyrouth. Avec leur petite fille, ils ont marché du jardin de Sanayeh, à Hamra, jusqu'à Aïn Mreissé.

 

Cette marche, annuelle, la troisième du genre, a réuni entre 1.000 à 2.000 Libanais, apôtres de la laïcité. Un chiffre supérieur à la participation à la dernière Laïque Pride, mais qui représente une baisse d'affluence drastique en comparaison aux 20.000 ou 30.000 personnes qui avaient défilé au printemps 2011, pour demander la "chute du système politique confessionnel". Poussé par le vent du printemps arabe, le mouvement pour la laïcité avait atteint cette année-là une ampleur record. Miné par les dissensions internes et politiques, le mouvement avait fini par s’essouffler.

 

Un an plus tard, ce dimanche 6 mai, ce n’est plus un vent de révolution qui souffle dans les rues de Beyrouth, plutôt une brise, comme un espoir ténu, une voix qui cherche encore à se faire entendre dans le brouhaha politique.

 

"La laïcité est la seule solution pour que le pays aille mieux, soutient Christine Choueiri, une actrice qui participe à la marche chaque année. L’histoire nous a montré que politique et religion ne font pas bon ménage".

 

Dans la foule, beaucoup de jeunes, portés par une volonté de changement. Un changement, pas une rupture, une évolution dans la durée.

Dimanche, entre Hamra et Aïn Mreissé, les manifestants étaient bien conscients qu'au Liban les hommes politiques et les hommes de religion ne sont pas prêts à un changement radical du système, à l’abolition du confessionnalisme politique qui régit le pays selon un système de quotas attribués aux 18 communautés que compte le Liban. Un système accusé par ses détracteurs d’exacerber les tensions entre ces communautés et par là-même empêcher la formation d’une véritable citoyenneté libanaise.

 

"Lors des rassemblements politiques, des dizaines de milliers de personnes descendent dans la rue pour afficher leur soutien à un politicien. Et quand il s’agit de nos droits, à tous, il y a peu de monde. C’est décevant", regrette Nathalie, devant le peu d'affluence.

 

Conscients que l’abolition du confessionnalisme politique ne se fera pas en un jour, les organisateurs de la Laïque Pride décident chaque année d’axer leurs revendications sur quelques lois particulières. "Chaque année, nous choisissons des choses concrètes, des lois qui sont discutées en ce moment au Parlement, pour ne pas qu’on nous dise +vous demandez trop ou ce n’est pas le moment+", explique Yalda Younès, une des organisatrices de la marche.

 

Parmi les réformes que les responsables libanais pourraient adopter sans tarder : la loi pour la protection des femmes contre la violence conjugale, incluant la criminalisation du viol conjugal ; l’abolition de l’article 522 du code pénal qui stipule que les poursuites contre un violeur sont abandonnées s’il épouse sa victime ; l’adoption d’un projet de loi interdisant la pré-censure sur le cinéma et le théâtre ou encore le retrait du projet de loi sur la régulation de l'Internet (LIRA). La marche se veut donc un parapluie abritant nombre de revendications.

 

Pendant deux heures, des slogans ont été scandés, des roses distribuées, les habitants sur les balcons invités à rejoindre la marche, le tout dans une ambiance festive. "Ni 14 Mars, ni 8 Mars, la laïcité est la solution", scandaient notamment les manifestants.

 

A l’arrivée, sur la corniche, face à la mer, les organisateurs, qui refusent toute récupération politique, ont tendu le micro aux participants et aux passants, invitant chacun à répondre à la question : "Et vous, comment changeriez-vous le Liban ?"

 

Pour mémoire 

La Laïque Pride 2012, « une marche vers la citoyenneté »

 

 

"Mobilisez-vous !" : l'appel de Jean KASSIR, étudiant en 1re année d’économie à l’AUB

 

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JABBOUR André

- - Carissimo ALI l'Italiano Vero ... Je parlais d'Ali l'époux de Nathalie qui sont mentionnés dans l'article , et ne me permettrais jamais de parler de toi comme un inconnu ou en troisième personne .. Je m'adresserais toujours à toi directement et fièrement comme à chaque fois que j'en ai senti le besoin de le faire Carissimo ... Pour ce qui est de la laïcité que ça soit chez nous ou ailleurs , permet moi d'avoir ma propre opinion la dessus , même si je suis convaincu de ses bienfaits , je reste perplexe dans son application un peu partout , application incompatible avec certaines communautés et religions ...

Ali Farhat

Oh zut alors! Excuse André. Je crois que je ne suis peut-être pas le Ali auquel tu te référais dans ton commentaire bien que j'ai eu à réagir sur cet argument récemment! Ciao Caro!

Ali Farhat

Ahhhh mon cher André, moi pour la Laïcité au Liban et dans le monde , j'irai jusqu'au bout du monde si cela devait être nécessaire! Elle fait partie intégrante de mon ADN. La laïcité institutionnelle est le meilleur ami de toutes les religions sans exception et n'est nullement incompatibles avec elle. La religion c'est le rapport de l'homme avec Dieu ou une divinité, pour certains de manière direct et pour d'autres de manière même indirect alors que la laïcité est la meilleure garantie des égalités des droits et surtout du droit au culte au sein d'une société humaine donnée. Non. non... Aucune incompatibilité mon cher André!

Paul-René Safa

Aucune vérité honteuse ne se cache derrière la laïcité, sauf pour ceux qui prétendent en connaître le sens plus que les autres. Ceux-là, M Jabbour, doivent donc apprendre ( mieux vaut tard que jamais) que la laïcité n'a jamais interdit la pratique de la religion; elle a seulement délimité la sphère dans laquelle les religions sont souveraines et celle dans laquelle elles n'ont pas droit de cité. Et donc un pays comme le Liban, bien au contraire de ce que vous écrivez, a tout intérêt à plancher là-dessus très sérieusement, car il a tout à gagner. Les protestations des chefs religieux (tous les chefs religieux) relèvent d'une même crainte, celle de voir leur autorité s'affaiblir et donc leurs revenus s'amoindrir

Antoine-Serge KARAMAOUN

Au moment même où ils verront cette manifestation de Laïcs s’ébranler, les "fanatiséz-ébaubis" piqueront leur "Crise Confessionnaliste Névrotique Coutumière", typique de ce type d’archaïques intégristes Sectaires à deux Piastres trouées qui n’apprendront jamais à évoluer, et ne pourront jamais, oh oui jamais, se défaire de leurs costumes anciens moudééels à "turbans et soutanes" ; qui à merveille leur sied ! Et demeureront coincés dans leur moule originel de post-"araméanisés", tarboûchs et chérwééls inclus aussi ; en Sus, "fades et plats", pseudo-européanisés, inamendables hyper confessionnels avec tout leur intégrisme dégoulinant, se prétendant supérieurs aux Laïcs et mieux "inspirés" ces pâmés, alors qu’ils ne sont que de Simples Indigènes imitant d’autres chréti(e)ns antiques de l’Antiquité Archaîque !

JABBOUR André

- - Je vous l'avais dit que cet une petite poignée de rêveurs perdus et manipulés qui veulent importer la faillite de l'occident et ses " nouvelles " valeurs chez nous avec leur LAÏCITÉ , quel grand mot destructeur et ravageur de civilisations et de Chrétienté qui se trouve même remis en cause en occident où il a vu le jour avec tous les dégâts qu'il a pu commettre sur son passage dans une seule et unique communauté , la Chrétienne ! Nathalie est de père Suisse donc Laïc et non attaché à sa religion et peut-être non pratiquant , elle n'a pas reçue la foi comme les femmes Libanaises de père et de mère Chrétienne ! Quand à Ali , jusqu'où ira-t-il avec sa Laïcité qui reste incompatible avec da religion ? Ne vous sentez pas agressé par ma réaction , ayons le courage de dire la vérité qui se cache derrière la Laïcité qui ne s'applique qu'aux Chrétiens et qui n'est pas reconnue ni est incompatible avec l'Islam et le Judaïsme , le Boudisme ou tout autre religion sur terre .

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