Rechercher
Rechercher

À La Une - Le Point

Une élection pour changer

Sur fond tricolore, le titre s’étale en jaune, agressif dans sa concision : « The rather dangerous Monsieur Hollande », annonçant, en pages intérieures, un jugement encore plus sévère sur la feuille de route du candidat socialiste à la présidence de la République. The Economist, la Bible de la City, passerait difficilement pour un hebdomadaire de combat, porté qu’il est davantage sur l’analyse des faits et des chiffres que sur la polémique, sur une certaine componction de ton que sur les jugements à l’emporte-pièce. Cette fois pourtant, il n’hésite pas, abandonnant le ton doctoral qui est souvent le sien, à rendre d’ores et déjà son verdict sur ce que serait le quinquennat à venir, pour peu que les résultats viennent à confirmer, au soir du 6 mai, les pronostics des sondeurs. Le successeur de Nicolas Sarkozy, décrète le journal, « sera mauvais pour son pays et pour l’Europe ». De quoi provoquer une nouvelle poussée d’acné chez les confrères du côté français de la Manche.


Sur la campagne la plus méchante, parce que la plus creuse (il faut bien que ceci compense cela...), de ces dernières décennies, tout ou presque a été dit ; nous avons eu droit, des semaines durant, à des analyses pertinentes et à d’autres qui l’étaient moins ; les programmes d’action ont été passés au scanner, de même que les portraits des candidats, y compris celui de ce brave Jacques Cheminade. L’essentiel pourtant n’est pas dans ces babioles mais dans le « besoin de changement » que ressent périodiquement l’électeur français. C’est « une question d’hygiène », écrit William Abitbol, ancien fidèle de Charles Pasqua, ajoutant sur son blog lesbonsjoursdalfred.fr : « Comme le faisaient nos grands-mères, c’est le moment de retourner le matelas. » Rien de plus éloquent pour traduire cet état d’esprit (cette humeur, devrait-on dire) que les réponses à un sondage Ipsos-Le Point : pour 86 pour cent des personnes interrogées, l’actuel locataire de l’Élysée a la stature d’un président, contre 16 pour cent pour son adversaire. À la question de savoir lequel des deux hommes inspire davantage confiance, le premier l’emporte par 37 pour cent contre 31 pour cent. Mais voilà, Hollande représente ce fameux renouveau, principale aspiration de Monsieur Tout-le-Monde (65-8 pour cent) et contre cela, tous les programmes du monde ne pourront rien.


Résultat : on vote « contre » et non pas « pour », ce qui nous ramène à la fameuse constatation jadis faite, à propos du Liban, par Georges Naccache, pour qui deux « non » ne font pas un « oui ». Enferré dans une argumentation basée sur le « travailler plus pour gagner plus », le chef de l’État a compris trop tard que ses compatriotes ne voulaient écouter que la seconde partie de la proposition. D’où le fait que la journée-test de dimanche prochain est appelée à prendre la forme d’une opération d’exorcisme, comme si le corps électoral voulait à tout prix tourner le dos à ce qui, il y a cinq ans, lui paraissait évident. Confronté aux vagues successives qui ont failli balayer l’une après l’autre les digues protégeant le système économico-financier mondial, il est permis de douter que quiconque aurait fait mieux que le président sortant. Tout comme il y a lieu de craindre que son successeur ne soit pas capable de relever les défis des prochaines années. À moins de renier – Paris vaut bien toutes les messes socialistes – les engagements du missel socialiste, comme l’avait fait il y a trente ans un certain François Mitterrand.


Dans six jours, ce n’est pas seulement le sort de la France qui sera en jeu, c’est aussi une certaine idée de l’Europe, héritière d’une lignée de défricheurs allant de Robert Schuman à Jacques Delors; c’est aussi l’avenir du socle franco-allemand sur lequel repose cette construction voulue par de Gaulle et Adenauer; c’est enfin le maintien ou la disparition d’une monnaie unique, menacée aujourd’hui par les crises grecque, italienne, espagnole et depuis peu hollandaise. C’est là un legs, une entreprise, un défi cruciaux pour le Vieux Continent mais aussi pour le reste du globe. Bien plus important en tout cas que le sort d’un parti tiré par le 21e président de la République des limbes de l’oubli où l’avaient plongé Guy Mollet et ses preux camarades.


De la glorieuse épopée entreprise par Jaurès puis par Blum, subsistent des souvenirs que l’on n’a cessé d’égrener comme pour entretenir une flamme vacillante. De quoi animer les veillées rue de Solferino, en somme. Nettement insuffisants pour élaborer une stratégie viable en ces temps peu fertiles en miracles.

Sur fond tricolore, le titre s’étale en jaune, agressif dans sa concision : « The rather dangerous Monsieur Hollande », annonçant, en pages intérieures, un jugement encore plus sévère sur la feuille de route du candidat socialiste à la présidence de la République. The Economist, la Bible de la City, passerait difficilement pour un hebdomadaire de combat, porté qu’il est davantage sur l’analyse des faits et des chiffres que sur la polémique, sur une certaine componction de ton que sur les jugements à l’emporte-pièce. Cette fois pourtant, il n’hésite pas, abandonnant le ton doctoral qui est souvent le sien, à rendre d’ores et déjà son verdict sur ce que serait le quinquennat à venir, pour peu que les résultats viennent à confirmer, au soir du 6 mai, les pronostics des sondeurs. Le successeur de Nicolas...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut