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À La Une - Présidentielle 2012

Les électeurs de Marine Le Pen arbitres du second tour

Pour le candidat socialiste, l’objectif est de faire revenir dans le giron de la gauche le vote des classes populaires.

Pour le second tour le 6 mai, François Hollande part « confiant » avec 28,6 % des voix selon les résultats définitifs et Nicolas Sarkozy avec un handicap (27,2 % des suffrages) et peu de réserves de voix. Photos Reuters

Le socialiste François Hollande, en tête au premier tour de la présidentielle en France, et le président sortant Nicolas Sarkozy se sont directement adressés hier aux électeurs de l’extrême droite qui seront déterminants au second tour. Pour le second tour le 6 mai, François Hollande part « confiant » avec 28,6 % des voix selon les résultats définitifs, et Nicolas Sarkozy avec un handicap (27,2 % des suffrages) et peu de réserves de voix.

 

Les deux hommes ont adopté le même ton pour la dernière ligne droite : récupérer le vote des électeurs de la candidate du Front national, Marine Le Pen, arrivée à la 3e place, avec un score de 17,9 %. « Il y a des électeurs qui ont pu aller vers ce vote par colère. C’est ceux-là que je veux entendre », a lancé M. Hollande. « Il y a ce vote de crise qui a doublé d’une élection à l’autre, c’est à ce vote de crise qu’il faut apporter une réponse », a lancé de son côté M. Sarkozy.

 

Jugé « préoccupant » par la chancelière allemande Angela Merkel, le score de Marine Le Pen, qui ne devrait pas donner de consignes de vote, place de fait ses électeurs en position d’arbitre. Bien placé, le candidat socialiste a maintenu sa stratégie de « rassemblement », après avoir engrangé les soutiens des candidats de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon (11,1 %) et des Verts Eva Joly (2,31 %) qui ont appelé à « battre Sarkozy ». Il devrait faire quasiment le plein de ces voix. Pour le second tour, il est crédité de 53 à 54 % des intentions de vote, selon des sondages. Mais François Hollande, parti en campagne en outsider il y a un an avec l’image d’un homme mou et sans expérience, continue de se montrer prudent sur l’issue du scrutin qui, espère-t-il, donnera à la France son premier président de gauche depuis 17 ans. « Nous sommes confiants, mais c’est aux Français de choisir leur destin », a-t-il répété.

Pour le candidat socialiste, l’objectif est de faire revenir dans le giron de la gauche le vote des classes populaires déçues parties dans les années 80 se réfugier dans les bras de l’extrême droite. À ces ouvriers, retraités, jeunes « qui ne savent plus vers qui se tourner et sont allés vers le vent mauvais du vote extrême (...) je dois leur dire : nous allons nous relever tous ensemble », a-t-il à nouveau lancé lors d’un meeting à Quimper.

 

Pour Nicolas Sarkozy, qui a raté son pari de se positionner en tête au premier tour pour mettre la dynamique de son côté, l’enjeu est vital. Pour l’emporter, le président sortant, plombé par son impopularité et par la crise, doit absolument récupérer la grande majorité des électeurs de l’extrême droite dont certains avaient voté pour lui en 2007, séduits par son discours sur le travail et le pouvoir d’achat. « Je veux m’adresser aux Français qui n’en peuvent plus. Je veux leur dire que je les respecte. Je n’ai pas à donner de leçons de morale (...). Je veux m’adresser à tous ceux dont on méprise la douleur, à tous ceux à qui on ne donne jamais la parole (...). Je veux parler aux petits, aux sans-grade, aux ruraux, aux petits retraités », a-t-il expliqué hier soir, lors d’un meeting à Tours. « Les Français nous ont dit : nous ne voulons plus d’une Europe qui ne nous protège pas (...). L’Europe qui ne régule pas ses flux migratoires, qui ne défend pas ses frontières, qui ouvre ses marchés sans contrepartie, c’est fini », a ajouté M. Sarkozy.

 

Le camp présidentiel pourrait être tenté d’intensifier son discours déjà dur sur l’immigration et la sécurité. Le ministre du Travail Xavier Bertrand a ainsi estimé que la France « n’a pas envie d’avoir de l’immigration en plus ou le vote des étrangers aux élections locales ». Elle veut garder son « mode de vie », a-t-il ajouté.

 

Marine Le Pen a donné rendez-vous le 1er mai pour annoncer sa position. « Les gens sont libres, ils font ce qu’ils veulent, mais est-ce qu’on peut choisir entre un Sarkozy et un Hollande quand on voit dans quel état ils ont laissé le pays ? » a déclaré son directeur de campagne Florian Philippot. Le score de Marine Le Pen au premier tour est le plus élevé jamais réalisé par sa famille politique dans une présidentielle, et les sondages de report de voix ne donnent pas une image très nette de l’attitude de ses électeurs au second tour.

 

Selon les enquêtes réalisées hier soir, au maximum les deux tiers disent qu’ils voteraient Nicolas Sarkozy, alors qu’il aurait besoin « d’un report de 80 % », selon le politologue Pascal Perrineau. Le Front national veut capitaliser sur son succès avec pour objectif les élections législatives des 10 et 17 juin. « Rien ne sera plus jamais comme avant », a prévenu Marine Le Pen.

 

Dans une moindre mesure, les deux finalistes courtisaient également les électeurs du centriste François Bayrou (9,13 %). M. Bayrou, qui en 2007 avait refusé de trancher entre la droite et la gauche, va s’adresser aux deux candidats et se déterminer en fonction de leurs réponses. Mais certains de ses proches, dont l’ancien écologiste Jean-Luc Bennahmias, ont fait savoir hier qu’ils voteraient Hollande.

 

Les prochains moments forts de la campagne seront le 1er mai, jour de la fête du Travail où M. Sarkozy devrait tenir un meeting, tandis que les syndicats de gauche défileront comme à l’accoutumée, puis le 2 mai, date probable du débat télévisé entre les deux candidats. D’ici là, les deux hommes doivent s’exprimer séparément à la télévision cette semaine.

 

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