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À La Une - Portrait-Présidentielle française

Sarkozy, entre agitation brouillonne et volontarisme inlassable

Il avait débuté son mandat avec une popularité inégalée, il l'achève comme le président le plus impopulaire de France dans la durée.

Nicolas Sarkozy avait incarné pour la majorité des Français un espoir de rupture dans un pays assoupi. Impatient et volontariste, il a souvent été jugé brouillon et brutal, choquant dans sa manière d'exercer le pouvoir au point de finir le président le plus mal aimé. ERIC FEFERBERG/

Nicolas Sarkozy, candidat à un nouveau mandat, est un président atypique jusqu'à la provocation, qui a le don de susciter des sentiments extrêmes. Les uns louent chez cet avocat de formation, âgé de 57 ans, qui s'est défini comme "un petit Français de sang mêlé", une énergie et un volontarisme inlassables. Les autres le taxent d'agitation brouillonne et inefficace.


Prônant la "rupture", Nicolas Sarkozy, qui n'est pas passé par l'ENA contrairement à presque toute la nomenklatura française, a été élu en 2007 dès sa première tentative, alors que ses deux prédécesseurs avaient dû s'y prendre à trois fois, lors d'une élection pourtant qualifiée à gauche d'"imperdable".
Il déjouait ainsi les pronostics qui prédisaient la défaite de son camp après douze ans à l'Elysée, revitalisant un projet de la droite qui paraissait à bout de souffle après Jacques Chirac.


D'emblée, il casse les codes d'un ordre républicain solennel, voire compassé, pratique une ouverture qui déroute son propre camp, mais suscite aussitôt la polémique : il célèbre sa victoire au Fouquet's, un restaurant des Champs Elysées, puis va se reposer sur le yacht de son ami milliardaire Vincent Bolloré. A part de là, le surnom de "président bling-bling" lui collera à la peau.

 

Plus tard, des écarts de langage choqueront, comme le fameux 'casse-toi, pauv'con" lancé à un homme qui l'avait insulté. "Je n'aurais pas dû le dire", a-t-il concédé le 6 mars dernier, regrettant également, du bout des lèvres, la fameuse soirée du Fouquet's. 


De petite taille, râblé, ce brun aux yeux bleus qui ne boit jamais et ne fume qu'un cigare de temps à autre, est un sportif assidu, grand amateur de vélo. Il regarde chaque année avec passion le Tour de France et assiste quand il le peut aux matches de football. C'est pendant l'un de ses joggings quasi quotidiens qu'il a eu un malaise, le 26 juillet 2009, et a dû être brièvement hospitalisé.


Son quinquennat avait démarré sur les chapeaux de roue : le président, champion d'une droite "décomplexée", allait transformer la France, il en était sûr, en un pays de "propriétaires", allait offrir aux Français le "plein emploi" en allant "chercher la croissance avec les dents", les réconcilier avec "l'argent", cet argent qui, selon François Mitterrand, "pourrit jusqu'à la conscience des hommes".
"Hypocrisie. J'ai toujours pensé que les gens qui adoraient l'argent et les gens qui détestaient l'argent étaient les mêmes. C'est un rapport maladif, l'argent n'a pas à être diabolisé, l'argent n'a pas à être déifié", dit-il.


Mais il a été stoppé dans son élan par les crises économiques mondiales les plus graves depuis 1929: subprimes, dette. Celui qui déclare volontiers "Je ne crois pas à la fatalité" se démultiplie sur toute la planète, part en guerre contre le capitalisme financier. Il ne parviendra toutefois pas à enrayer en France les délocalisations destructrices d'emplois.

 
Autres chantiers prioritaires chez cet ex-"premier flic de France" : la sécurité, le contrôle de l'immmigration, l'identité nationale, avec là aussi des résultats mitigés.

 

Son volontarisme l'amène aussi à engager la France dans des interventions militaires à l'étranger (Côte d'Ivoire, Libye). Il s'investit dans des causes difficiles, comme l'affaire des infirmières bulgares, l'emprisonnement du franco-israélien Gilad Shalit dans la bande de Gaza ou la détention de Florence Cassez au Mexique.


Fils d'un immigré hongrois, il est marqué tout jeune par la séparation de ses parents et sera élevé par sa mère et son grand-père maternel, un Grec de Salonique qu'il évoque toujours avec beaucoup d'affection.


Son hyper-activité et son optimisme à tous crins dissimulent une sensibilité à fleur de peau: il s'est dit "blessé" par les unes de magazines le présentant comme un "fou", "dangereux pour la République" ou moquant son physique. Mais cet homme, qui aime les rapports de force, n'est jamais aussi combatif que dans l'adversité.

 

En arrivant au pouvoir avec 53% des voix en mai 2007 après avoir promis de "réformer la France", il jouit d'une popularité inégalée depuis le général De Gaulle. "Je n'ai pas le droit de décevoir", lance-t-il alors.

Au fil des sondages, contraint d'affronter une crise sans précédent, il restera comme le président le plus impopulaire de France dans la durée.

 

Aujourd'hui, les déçus, ceux qui ont cru à son "travailler plus pour gagner plus" sans voir leur pouvoir d'achat augmenter, lui reprochent sa promesse non tenue de lutter contre les inégalités et ses faveurs fiscales aux plus riches. Ils font le compte de ses renoncements, de la taxe carbone à la discrimination positive. S'émeuvent de ses flirts avec l'extrême droite, lorsqu'il lie sécurité et immigration ou lance un débat sur l'identité nationale focalisé sur l'islam.


Arrivé à l'Elysée avec une famille recomposée - une première en France - il voit le début de son mandat assombri par un divorce douloureux avec sa deuxième épouse Cécilia. Peu après, il stupéfie l'opinion par son idylle retentissante avec la chanteuse et ancien top-model Carla Bruni, qu'il épousera en février 2008. En octobre dernier, le couple a une petite fille, Giulia. "Cette fois-ci, j'ai une famille, une famille solide, je sais où je pourrai la fêter, cette victoire", si les Français en décidaient ainsi le 6 mai prochain, a-t-il confié.

Nicolas Sarkozy, candidat à un nouveau mandat, est un président atypique jusqu'à la provocation, qui a le don de susciter des sentiments extrêmes. Les uns louent chez cet avocat de formation, âgé de 57 ans, qui s'est défini comme "un petit Français de sang mêlé", une énergie et un volontarisme inlassables. Les autres le taxent d'agitation brouillonne et inefficace.
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