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À La Une - Justice

Turquie : procès historique des généraux putschistes de 1980

Kenan Evren et Tahsin Sahinkaya, très âgés et très malades, sont accusés de "crimes contre l'Etat".

Sur cette photo datée septembre 2010, Kenan Evren, ancien commandant en chef de l'armée, principal auteur du putsch de 1980. ADEM ALTAN/

Le procès de l'auteur du putsch militaire de 1980 en Turquie, Kenan Evren, et d'un autre membre de sa junte, Tahsin Sahinkaya, s'est ouvert mercredi à Ankara, une procédure sans précédent en Turquie où l'armée a pris le pouvoir à trois reprises depuis 1960.


Les deux hommes, très âgés et malades, n'ont pas comparu à la première audience de leur procès où ils sont accusés de "crimes contre l'Etat". Evren s'est fracturé un bras il y a quelques jours lors d'une chute dans une clinique militaire d'Ankara où il se remettait d'une intervention chirurgicale à l'intestin, a indiqué à l'AFP un proche de la famille.


Devant le palais de justice, plusieurs centaines de manifestants, réunis principalement à l'appel de petits partis de gauche, réclamaient justice pour les victimes du putsch. "La conscience des putschistes devant la justice !", pouvait-on lire sur une banderole déployée par les manifestants, dont certains portaient aussi des portraits de camarades tués en prison. Les noms de centaines de personnes tuées sous le régime des militaires ont été lus à l'aide de porte-voix installés sur un autobus. Une minute de silence a été observée en mémoire des victimes.


Au cours de l'audience, l'avocat de la défense Bülent Acar a réclamé le désaisissement de la cour, estimant que la Constitution en vigueur, héritée du coup d'Etat, n'autorisait pas de telles poursuites, a rapporté l'agence de presse Anatolie. Les juges ont cependant rejeté l'objection, selon Anatolie, un des rares médias autorisés dans la salle d'audience exiguë.


Affirmant agir au nom de la défense des principes de la République turque instaurés par Mustafa Kemal Atatürk, les militaires ont par trois fois, en 1960, 1971 et 1980, renversé des gouvernements élus. Ils ont aussi chassé du pouvoir un gouvernement islamiste, en 1997.


Le coup d'Etat du 12 septembre 1980 fut le plus sanglant : des centaines de milliers de personnes arrêtées, environ 250.000 inculpées, cinquante détenus exécutés, des dizaines d'autres morts en prison sous la torture. Des dizaines de milliers de Turcs se sont exilés.


"Je suis ici pour dire qu'on n'a pas oublié. Je veux que ce procès ne soit pas une procédure de façade", a déclaré à l'AFP Ali Imer, 56 ans, qui affirme avoir été emprisonné durant quatre ans et torturé pendant 87 jours à la prison de Malatya (est) parce qu'il appartenait à une organisation de gauche.


"Mon enfant n'a jamais tiré sur les soldats ou jeté des pierres sur la police. (...) Ils l'ont emprisonné sans preuve ni témoignage. Ils ne nous ont pas laissé le voir. Ils ont exécuté mon enfant sans preuve ni témoignage. Je remets ceux qui ont fait ça à Dieu", a déclaré à Anatolie Mürvet Esendag, mère de Halil Esendag.


Pour de nombreux observateurs, l'enjeu de ce procès sera de juger, au-delà du putsch lui-même, toutes les violations massives des droits de l'Homme qui l'ont accompagné. Car pour l'heure, Kenan Evren, 94 ans, et Tahsin Sahinkaya, 86 ans, ne sont poursuivis que pour "renversement de l'ordre constitutionnel par la force", même s'ils encourent déjà à ce titre la réclusion criminelle à perpétuité.


"Les tortionnaires de ce coup d'Etat sont toujours à l'extérieur. Il faut qu'eux aussi répondent de leurs actes devant la justice. Sinon, la justice ne sera pas faite", a déclaré devant le tribunal Sezgin Tanrikulu, vice-président du parti d'opposition CHP.


"Le procureur d'Ankara doit aussi enquêter sur l'autorisation au plus haut niveau d'une politique de torture", a déclaré l'ONG Human Rights Watch, qui appelle aussi à poursuivre un "vaste réseau de personnels militaires, policiers, fonctionnaires et docteurs impliqués dans la torture".


Le procès s'inscrit dans une lutte de pouvoir entre l'armée et le Parti gouvernemental de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur), qui s'efforce de réduire l'influence politique des militaires tandis que l'opposition pro-laïcité l'accuse de vouloir islamiser en catimini la société turque. Plusieurs procès sont en cours concernant des tentatives supposées de putschs, avec des centaines de suspects, dont de nombreux militaires de haut rang, sur les bancs des accusés.

Le procès de l'auteur du putsch militaire de 1980 en Turquie, Kenan Evren, et d'un autre membre de sa junte, Tahsin Sahinkaya, s'est ouvert mercredi à Ankara, une procédure sans précédent en Turquie où l'armée a pris le pouvoir à trois reprises depuis 1960.
Les deux hommes, très âgés et malades, n'ont pas comparu à la première audience de leur procès où ils sont accusés de "crimes contre l'Etat". Evren s'est fracturé un bras il y a quelques jours lors d'une chute dans une clinique militaire d'Ankara où il se remettait d'une intervention chirurgicale à l'intestin, a indiqué à l'AFP un proche de la famille.
Devant le palais de justice, plusieurs centaines de manifestants, réunis principalement à l'appel de petits partis de gauche, réclamaient justice pour les victimes du putsch. "La conscience des putschistes devant...
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