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À La Une - Politique

Liban : Face aux défis, un Exécutif-autruche

Mikati décide d’ouvrir une nouvelle page... avant d’avoir fermé les anciennes ; bagarres en vue à Aïn Najem

C’est une nouvelle page que le Premier ministre, Nagib Mikati, semble vouloir écrire dans l’histoire des Conseils des ministres qu’il préside. Le cinquantième, tenu hier, s’est conclu par un déjeuner donné en l’honneur des ministres.

En cours de réunion, M. Mikati a établi un bilan des succès et des échecs du gouvernement, mais a tenu à dire que son équipe ministérielle est unie, en dépit des divergences de points de vue qui opposent ses membres.

 

Preuve à l’appui, la séance d’hier a été marquée, dans sa première partie, par un bref moment d’humeur du ministre de l’Intérieur, qui a remis en place son collègue Nicolas Fattouche. Ce dernier avait souligné qu’avant de faire bénéficier des détenus de Roumié des largesses privées qui leur ont permis de payer leurs amendes et de sortir de prison, M. Marwan Charbel devait obtenir l’autorisation du Conseil des ministres. À quoi M. Charbel a répondu qu’avant de donner des conseils de rectitude aux autres, M. Fattouche devrait balayer devant sa propre porte et mettre fin aux irrégularités qu’il commet dans l’exploitation de ses carrières.

 

En outre, l’ancien ministre de l’Information, Ghazi Aridi, aujourd’hui aux TP, devait rejeter toute idée d’imposer au PDG et aux membres du conseil d’administration de Télé-Liban, une institution morte-vivante, les critères de nominations en usage dans la fonction publique. La télévision, a-t-il affirmé, est un office commercial indépendant. Le raisonnement de M. Aridi n’a pas convaincu le Premier ministre, qui a flairé du « protectionnisme », et a reporté l’examen de cette question à plus tard.

 

Sur le plan des nominations, M. Mikati a affirmé qu’il ne les a pas oubliées ou mises de côté, en dépit des obstacles auxquels se heurte ce dossier. « Nous sommes déterminés, dans les prochaines séances, à aller de l’avant dans les nominations », a-t-il promis.

 

Par ailleurs, M. Mikati a encouragé les ministres à bien revoir leurs dossiers, en prévision de la séance parlementaire de politique générale prévue pour la mi-avril.

 

Les reports

Par ailleurs, le Conseil des ministres a reporté le dossier de la nouvelle tarification hospitalière et celui du paiement des arriérés que la CNSS doit aux établissements hospitaliers, en attendant un rapport complet sur la question du ministre de la Santé.

 

Il a également reporté l’examen du dossier de la titularisation des contractuels de l’Université libanaise, ce qui doit provoquer dès aujourd’hui une grève partielle à l’Université libanaise.

 

De même, le gouvernement n’a pas approuvé le déblocage d’un montant de 100 millions de livres réclamé par le ministère des Affaires sociales, au titre de l’aide déjà accordée aux réfugiés syriens. C’est le Haut-Comité de secours qui sera chargé de traiter ce dossier.

 

Après débat, le gouvernement a également refusé d’accorder une avance du Trésor de 4 900 milliards de livres au ministère des Finances, arguant du fait qu’un projet de loi revêtu du caractère de double urgence autorisant le gouvernement à dépenser 8 900 milliards de livres est déjà soumis au Parlement.

Le projet de loi ayant été soumis depuis plus de 40 jours à la Chambre, les ministres du CPL ont encouragé le chef de l’État à user de son droit de le ratifier sans plus revenir à la Chambre, conformément aux dispositions de la Constitution.

 

Les lignes de haute tension et le congé de Pâques

La décision la plus controversée prise hier par le gouvernement a été d’aller de l’avant dans l’installation des câbles de 150 kilovolts dans le périmètre de Aïn Najem, en dépit d’une forte opposition de la population locale et de la direction de l’école des Sœurs des Saints-Cœurs, au-dessus de laquelle passent ces câbles. Une commission a été chargée de négocier avec les habitants l’achat de leurs appartements particulièrement exposés, à la valeur maximale de leur évaluation par le ministère des Finances. Une commission présidée par le ministre d’État, Samir Mokbel, a été chargée de prendre contact avec la population.

 

Parallèlement, le gouvernement « a pris note du mécanisme d’exécution décidé conjointement par les ministères et les instances concernés ». Pour des observateurs, et comme l’avait laissé entendre il y a quelques jours le ministre de l’Énergie, Gebran Bassil, il ne fait pas de doute que le gouvernement a pris des résolutions secrètes et a décidé de faire preuve de fermeté sur la question, et de prendre la population par surprise en déployant les forces de sécurité sur le site où doivent être installés les câbles pour la mettre devant le fait accompli. Selon diverses sources, le ministre Bassil pourrait profiter des vacances de Pâques pour faire installer par force les câbles de haute tension, profitant ainsi de l’absence des élèves et de la fermeture de l’école des Saints-Cœurs, de manière à pouvoir imposer son fait accompli sans se soucier d’une moibilisation des élèves, des enseignants et du personnel administratif des écoles de la région.

 

La population de Aïn Najem a protesté hier, une fois de plus, contre cet état de fait, et a demandé que les câbles soient posés sous terre. Mère Daniella Harrouk, supérieure des religieuses des Saints-Cœurs, a déploré pour sa part une décision qui fait fi de la santé de la population, rappelant qu’il fut un temps où des députés du CPL, comme Ghassan Moukheiber, grimpaient sur les pylônes pour empêcher l’installation des câbles par la force. Elle a rappelé que le rapport du Dr Salim Adib en la matière était formel, et que la proximité et la force des champs électromagnétiques créés par les câbles étaient cancérigènes.

 

D’autre part, et toujours comme annoncé par M. Bassil, le gouvernement a approuvé un projet de loi revêtu du caractère d’urgence pour l’installation d’un gazoduc le long du littoral, entre Beddaoui et Tyr, en prévision de la conversion de certaines centrales au gaz, ce qui doit baisser les tarifs de l’électricité.

Le gouvernement a également approuvé un projet de loi alourdissant les sanctions pour tous les accidents de la route.

Enfin, avant de prendre son congé de Pâques et de fixer la prochaine réunion au 20 avril, le gouvernement a approuvé une série de mesures, dont la baisse des tarifs d’Internet, que les usagers pourront utiliser gratuitement et de façon illimitée entre minuit et 7 heures du matin.

 

C’est une nouvelle page que le Premier ministre, Nagib Mikati, semble vouloir écrire dans l’histoire des Conseils des ministres qu’il préside. Le cinquantième, tenu hier, s’est conclu par un déjeuner donné en l’honneur des ministres.
En cours de réunion, M. Mikati a établi un bilan des succès et des échecs du gouvernement, mais a tenu à dire que son équipe ministérielle est unie, en dépit des divergences de points de vue qui opposent ses membres.
 
Preuve à l’appui, la séance d’hier a été marquée, dans sa première partie, par un bref moment d’humeur du ministre de l’Intérieur, qui a remis en place son collègue Nicolas Fattouche. Ce dernier avait souligné qu’avant de faire bénéficier des détenus de Roumié des largesses privées qui leur ont permis de payer leurs amendes et de sortir de...
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