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À La Une - L'Orient Littéraire

Humour et amour à la suédoise

Katarina Mazetti commence sa carrière de romancière sur le tard. Son premier ouvrage, d’emblée best-seller international, révèle une plume directe dont l’humour brut sait disséquer les profondeurs de l’âme. Loin des habituelles postures littéraires et loin des polars venus du froid : rencontre avec une femme charmante et concrète.

Katarina Mazetti

«On garde souvent son nom de jeune fille en Suède quand on se marie, donc oui Mazetti est bien mon nom », souligne Katarina Mazetti. Le tempérament pétillant et corsé de cette auteure suédoise plonge ses racines, comme le suggèrent les intonations de son nom, en Italie. Son grand-père, tailleur de pierres, a quitté Venise pour s’installer sur une autre petite île, en Suède. Deux générations plus tard, naîtra, le 29 avril 1944, Katarina, d’un père constructeur de bateaux et d’une mère créatrice de chapeaux. Titulaire d’un diplôme de littérature et d’anglais, elle exerce des professions différentes à diverses étapes de son parcours, elle qui ne se voyait pas du tout, au début de son itinéraire, devenir écrivain : « Je craignais d’imiter les grands auteurs. Mon rêve, c’était de devenir journaliste. » Tout d’abord professeur de lycée, Mazetti pratique par la suite le journalisme puis écrit des chansons, des contes et des romans pour la jeunesse. Au seuil de la quarantaine, elle met le point final à sa carrière dans l’enseignement et travaille à la radio suédoise. « Je pense que mon passé d’enseignante et de rédactrice à la radio fait que je retravaille souvent mes textes dans l’idée que la langue doit être claire et le contenu rester complexe. » Le passage de la cinquantaine marquera pour Mazetti le début du roman.

 

À la fois mature et espiègle, Mazetti raffole de l’échange et répond du tac au tac. Si son naturel et son humour sont bien essentiellement scandinaves, la romancière tient des propos percutants d’où la séduction, très méditerranéenne, n’est jamais absente. Elle n’hésite pas devant une salle comble du sud de la France à affirmer que tout comme Benny, le protagoniste de son dernier roman qui aimerait sans l’avouer garder Anita la femme qui l’aime à la cuisine et Désirée la femme qu’il aime dans la chambre à coucher, « quelle femme ne voudrait pas avoir un homme dans la chambre et un autre à la cuisine, pourquoi pas et avec plaisir un Français ! » ne manque-t-elle pas de souligner devant un public conquis. Le cheminement atypique de cette romancière et son entrée tardive mais assurément remarquée dans la sphère littéraire semblent lui avoir permis de préserver un caractère affirmé aux accents de terroir. Et pour cause ! Katarina Mazetti a vécu pendant près de vingt ans avec sa famille dans une petite ferme du nord de la Suède. De cette expérience s’inspire son premier roman pour adultes, Le mec de la tombe d’à côté, dont le succès est direct et mondial.

 

À sa sortie en Suède, le roman étonne : « Critiques et journaux se sont posé la question de savoir si c’était vraiment de la littérature, parce que ce n’était pas sérieux. » Le roman convainc très vite ses compatriotes. « Je crois qu’ils en avaient un peu assez de cette littérature suédoise sombre et déprimante avec ses histoires de suicide. Mon livre les a fait rire et beaucoup de gens se sont reconnus dans mes personnages. » Effectivement très drôle, cette histoire d’amour insolite se vend à 500 000 exemplaires en suédois. Best-seller international, elle sera traduite en 22 langues et adaptée au théâtre et au cinéma en Suède puis en France. Les lecteurs libanais, comme le montrent les inventaires des libraires, ont aussi apprécié l’univers de Mazetti. C’est dire qu’elle sait, avec une facilité déconcertante et sans tomber dans la banalité, allier romantisme à l’eau de rose et humour tour à tour intelligent et rustique.

 

Le caveau de famille prolonge les aventures du couple improbable et détonant que forment Désirée la bibliothécaire citadine intello et Benny le paysan brut du Mec de la tombe d’à côté. Il rencontre depuis sa parution un accueil enthousiaste du public qui apprécie l’écriture à plusieurs voix du roman, essentiellement celles de Désirée et de Benny : « Beaucoup d’hommes m’ont demandé si un homme m’avait aidée dans la rédaction de la partie Benny du livre », raconte Katarina Mazetti, ardente militante de la parité homme/femme. « En fait, je me suis juste imaginée être dans la peau de Benny, dans sa situation. Si les gens sentent vraiment que c’est un homme qui a écrit Benny, c’est qu’il n’y a finalement pas tant de différences entre hommes et femmes. Ce n’est pas impossible de se mettre dans la peau de l’autre (…). J’ai rencontré des couples qui ont lu le livre ensemble en se disant : moi je lis la partie Benny et toi tu lis la partie Désirée, à haute voix, dans le lit ou sur le canapé. »

 

Ainsi, la rencontre des opposés que représentent Désirée et Benny, placée sous le signe de l’improbable – elle a lieu dans un cimetière, Désirée ayant perdu son jeune mari et Benny sa mère qui tenait la ferme –, ouvre le champ des possibles. La passion est au rendez-vous. Seulement la réalité des tempéraments, du quotidien et des choix de vie de Désirée et Benny sont difficilement compatibles et posent des entraves sérieuses à leur relation. Mais l’alchimie des corps opère sur les esprits et la séparation au quotidien devient difficilement envisageable : les mondes de la campagne et de la ville, et avec eux les divergences de deux couches sociales, se rapprochent. Le caveau de famille prend son envol et son charme est similaire à celui du Mec de la tombe d’à côté, à la différence près que le récit prend des accents parfois plus dramatiques et plus passionnels. L’écriture de Mazetti ne quête pas un travail du langage. Si elle ne renouvelle pas la création littéraire, elle réussit cependant à préserver ses ouvrages de la fadeur de nombre de romans à succès car Mazetti, et c’est là toute sa force, brosse avec entrain, d’une écriture honnête et pleine d’humour, les états d’âme.

 

« Le Mec de la tombe d’à côté et Le caveau de famille ne sont pas autobiographiques », assure la romancière. Lorsqu’elle se lance en 1998 dans la rédaction du premier, elle est mariée à un agriculteur, n’a écrit que quelques livres pour la jeunesse et vit dans une ferme. Elle se rend de plus en plus compte que les conditions de vie des agriculteurs sont mal connues : « Je travaillais à la radio et mes collègues me demandaient ce que font les agriculteurs l’hiver, comme si les vaches migrent comme les hirondelles ! J’ai eu envie d’écrire un roman sur la vie d’un agriculteur. J’avais quatre enfants, je travaillais à plein temps, et le dimanche j’aidais mon mari à la ferme. Pour trouver le temps, j’ai écrit l’été, enfermée dans la buanderie. Il faisait très chaud et je mettais de la glace sortie droit du congélateur autour de l’ordinateur. Derrière la porte, les enfants se chamaillaient et criaient qu’ils avaient faim. Cela aurait été incroyable d’imaginer à l’époque que je serais aujourd’hui là devant vous ! » Aujourd’hui, lorsqu’elle n’écrit pas et n’assure pas la promotion de ses romans, Mazetti improvise à l’accordéon et à la contrebasse dans son groupe de musique composé de trois amis écrivains. Vous l’aurez compris, Katarina Mazetti est une femme pleine de vie et friande de plaisirs simples ; en somme une auteure d’expériences du quotidien.

 

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«On garde souvent son nom de jeune fille en Suède quand on se marie, donc oui Mazetti est bien mon nom », souligne Katarina Mazetti. Le tempérament pétillant et corsé de cette auteure suédoise plonge ses racines, comme le suggèrent les intonations de son nom, en Italie. Son grand-père, tailleur de pierres, a quitté Venise pour s’installer sur une autre petite île, en Suède. Deux...
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