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Moyen Orient et Monde - Tuerie De Toulouse

En France, le pouvoir et la police se défendent face aux critiques

« Qui attend 30 heures quand il n’y a pas d’otages ? Toute l’opération ressemble à une démonstration de stupidité. »
Après la mort du jeune jihadiste auteur de sept assassinats effroyables, le pouvoir et la police française se défendaient hier face aux critiques sur les failles de la surveillance antiterroriste.
Le renseignement intérieur est accusé de n’avoir pas été en mesure de prévenir les actes de Mohammad Merah, connu de leurs services pour avoir effectué un voyage en Afghanistan et un au Pakistan. Son chef, Bernard Squarcini, a assuré au journal Le Monde qu’il était « impossible » d’aller plus vite pour l’arrêter et empêcher au moins la troisième série d’assassinats, celle de l’école juive de Toulouse le 19 mars, où un adulte et trois enfants ont péri. Au début de l’enquête sur les meurtres de trois militaires quelques jours plus tôt par le même homme, « tout le monde est dans le brouillard » et le nom de Merah n’apparaît pas, a-t-il expliqué. Les services de renseignements avaient pourtant placé le jeune homme sous surveillance après ses séjours en Afghanistan et au Pakistan, effectués hors de toute filière connue. Convoqué en novembre pour s’expliquer sur ses voyages, il avait su tromper la vigilance du policier qui l’interrogeait, selon M. Squarcini. « C’est un Janus, quelqu’un qui a une double face », a-t-il estimé, ajoutant que son parcours « relève davantage d’un parcours médical et de fanatisme que d’un simple parcours jihadiste ».
Merah avait eu affaire à la justice pour des faits de petite délinquance, ce qui lui avait valu 18 mois de prison. Selon ses déclarations faites à un policier pendant le siège, il « s’est radicalisé en prison, tout seul, en lisant le Coran (...) Il n’y a aucune appartenance à un réseau », a dit M. Squarcini. Quelques personnes de son entourage se réclamaient cependant du salafisme. « Le fait d’appartenir à une organisation salafiste n’est pas en soi un délit », a toutefois souligné le Premier ministre François Fillon. Merah a aussi affirmé avoir été formé par el-Qaëda au Waziristan. Un entraînement qui, selon lui, aurait été délivré « par une seule personne. Et pas dans les centres de formation », a rapporté M. Squarcini. M. Fillon a encore indiqué que Merah, qui figurait sur la liste noire des personnes interdites de vol aux États-Unis, était aussi inscrit en France sur la liste des personnes à surveiller en cas de déplacement. Mais « il ne s’est pas déplacé », a-t-il fait valoir. Il a en outre appelé à tirer des enseignements des événements de Toulouse sur le fonctionnement des services, la coordination et l’organisation, estimant qu’il y avait « toujours des choses à améliorer ».

Leçons israéliennes
Autre front à gérer pour l’exécutif et la police, les interrogations des médias sur la gestion de l’assaut par la police, qui a échoué à capturer le suspect vivant, malgré les 32 heures de siège dont elle a disposé, afin qu’il puisse être jugé comme le voulait le gouvernement. Pourquoi l’ordre « politique » a été donné d’intervenir jeudi matin ? Pourquoi était-il devenu si urgent de ne plus attendre? Les conditions de cet assaut par l’unité d’élite de la police, le Raid, sont aussi critiquées par l’ancien chef et fondateur de l’unité de gendarmerie rivale, le GIGN, Christian Prouteau, qui a critiqué une opération « menée sans schéma tactique précis. Comment se fait-il que la meilleure unité de la police ne réussisse pas à arrêter un homme tout seul ? Il fallait le bourrer de gaz lacrymogène. Il n’aurait pas tenu cinq minutes. Au lieu de ça, ils ont balancé des grenades à tour de bras. Résultat : ça a mis le forcené dans un état psychologique qui l’a incité à continuer sa guerre », a commenté M. Prouteau.
En Israël, d’ex-responsables de la sécurité ont fait la leçon à leurs homologues français. « Qui attend 30 heures quand il n’y a pas d’otages ? Toute l’opération ressemble à une démonstration de stupidité », a asséné Alik Ron, ancien chef de l’unité d’intervention de la police israélienne, dans le quotidien Maariv. Le Raid n’a pas su utiliser les moyens de « ruse et de dissimulation » et a ainsi permis à Merah de garder l’initiative, affirme dans une analyse publiée par le Yediot Aharonot un ancien officier des forces spéciales, Lior Lotan. « L’objectif n’était pas compliqué (...) Ou bien il y a eu un problème dans la planification de l’opération, ou ils ont dû passer à l’action avant d’avoir terminé tous leurs préparatifs », estime-t-il. Un ancien officier des commandos, Uri Bar-Lev, considère que « ce n’est pas comme cela que se comporte une unité professionnelle pour combattre le terrorisme », également dans le Maariv.
« C’est une opération qui est à l’honneur de nos services », a répondu Amaury de Hauteclocque, le chef du Raid. « Merah a choisi son destin puisqu’il est sorti de la salle de bains les armes à la main, il nous a engagés immédiatement en faisant feu », a-t-il ajouté. L’officier affirme avoir continué à « donner l’ordre de ne riposter qu’avec des armes non létales, et notamment des grenades offensives, afin qu’il puisse être choqué et que nous puissions nous assurer de sa personne ». Selon une source judiciaire, l’autopsie a montré que Merah avait succombé à deux tirs mortels, l’un à la tête et l’autre à l’abdomen, et son corps avait été criblé de balles, alors qu’il se trouvait de dos.

Enquête et campagne se poursuivent
À Toulouse, l’enquête se poursuivait pour déterminer d’éventuelles complicités. Merah, qui vivait officiellement sur de faibles ressources, avait plusieurs domiciles, louait des voitures au mois et disposait d’un important arsenal. Son frère aîné Abdelkader, en garde à vue depuis la nuit de mardi à mercredi avec sa compagne et leur mère, a affirmé n’être pas au courant de ses projets criminels, alors que plusieurs témoins l’ont présenté comme apparemment plus engagé que lui dans le combat islamiste. La garde à vue de ces trois proches a été prolongée hier. Conformément aux procédures antiterroristes en vigueur en France, elle pourra durer jusqu’à demain à l’aube avant une éventuelle mise en examen. En outre, l’émotion provoquée par les meurtres restait vive à Toulouse, où 4 000 personnes se sont rassemblées en solidarité avec les familles des victimes.
Sur le plan politique, après la trêve décidée lundi, la campagne électorale a repris ses droits à un mois du scrutin présidentiel, Nicolas Sarkozy et son rival socialiste François Hollande se disputant le rôle du meilleur protecteur et rassembleur. M. Sarkozy a jugé normal que les tueries soulèvent des questions, mais estimé que le plus important était que leur auteur ait été mis hors d’état de nuire. « Il y a toujours des gens pour penser qu’ils auraient fait mieux ou qu’il fallait faire différemment », a-t-il dit. M. Hollande, lui, s’est prononcé contre toute improvisation dans la lutte contre le terrorisme, estimant que les leçons à tirer des assassinats devraient faire l’objet d’évaluations précises. Selon un sondage publié hier, près de trois Français sur quatre estiment que M. Sarkozy a eu l’attitude qui convient, 56 % portant le même jugement sur M. Hollande.
(Source : agences)
Après la mort du jeune jihadiste auteur de sept assassinats effroyables, le pouvoir et la police française se défendaient hier face aux critiques sur les failles de la surveillance antiterroriste.Le renseignement intérieur est accusé de n’avoir pas été en mesure de prévenir les actes de Mohammad Merah, connu de leurs services pour avoir effectué un voyage en Afghanistan et un au Pakistan. Son chef, Bernard Squarcini, a assuré au journal Le Monde qu’il était « impossible » d’aller plus vite pour l’arrêter et empêcher au moins la troisième série d’assassinats, celle de l’école juive de Toulouse le 19 mars, où un adulte et trois enfants ont péri. Au début de l’enquête sur les meurtres de trois militaires quelques jours plus tôt par le même homme, « tout le monde est dans le brouillard » et le nom...
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