Au XIVe siècle avant J.-C., Toutankhamon emporta cinq lits dans sa tombe pour l’accompagner dans l’autre vie... À Athènes ou à Rome, le lit « se met à table » : les pieds étaient plus hauts que ceux des lits égyptiens, ce qui permettait ainsi aux hôtes de prendre part à de gigantesques festins dans leurs lits, le service étant facilité par cette nouvelle hauteur... Dormir au Moyen Âge était tout un art ! Les gens dormaient à moitié assis et tout nus avec un bonnet sur la tête censé protégé le cerveau ! Comme ils étaient très croyants et très superstitieux, ils avaient peur que le diable vienne les emporter dans leur sommeil. La position « allongé » était celle des morts : c’est pour ça qu’ils n’étaient jamais complètement allongés... À l’époque, il fallait être très riche pour avoir plusieurs lits. Du coup, les paysans dormaient à plusieurs dans un lit. Les enfants dormaient avec leurs parents, qui des fois les étouffaient en les écrasant. Mais aussi, comme les pièces au Moyen Âge n’étaient pas chauffées, ils dormaient souvent à sept ou huit dans un lit pour se tenir chaud. En été, ils avaient mis au point un système de climatisation : ils mouillaient des draps et les pendaient aux murs pour rafraîchir la pièce... Les seigneurs, eux, dormaient dans des lits à colonnes, à baldaquin, à la duchesse, à la polonaise, à l’ange, selon la mode... Le lit prend donc une importance croissante à partir de la Renaissance et ce jusqu’à la Révolution. La civilisation européenne était à son apogée, et la France, carrefour de la culture occidentale, pouvait s’enorgueillir de nombreux lits parmi les plus somptueux. Tous les rois s’offrirent des lits extravagants. Louis XIV possédait plus de quatre cents lits, pour la plupart ornés de chevets et de garnitures très ouvragés. Il aimait rester au lit et tenait souvent audience dans sa chambre, où il délivrait ses ordonnances dans une position de repos, d’où l’expression « un lit de justice ». À partir de 1610, Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet, réunit régulièrement dans son hôtel de la rue Saint-Thomas-du-Louvre les meilleurs esprits de son temps. Dans sa célèbre « chambre bleue », étendue en costume de parade sur son lit, l’« Incomparable Arthénice », suivant le nom donné par Malherbe, reçoit les invités assis dans les « ruelles ». La marquise exige de ses hôtes un vocabulaire châtié, des manières polies et raffinées. Son salon a exercé une grande influence sur la langue française et sur la littérature de l’époque, les précieuses ayant joué un rôle important dans le renouvellement du vocabulaire français. Molière a d’ailleurs raillé les excès de ce milieu dans Les Précieuses ridicules... Au XVIIIe siècle apparut le lit d’alcôve plus douillet et ses avatars de salon, canapé, sultane, duchesse, turquoise et autre méridienne immortalisée par madame de Récamier, qui fut et restera un symbole de l’art sous le règne de Napoléon : la « dame au sofa », sylphide alanguie, qui n’a pas fini d’inspirer les artistes et de nous faire rêver... Le règne du lit prit fin après la Révolution. Il devient alors un élément de mobilier plus intime et fonctionnel, les formes se simplifient, mais ses structures internes, celle du sommier et du matelas répondent à des exigences ergonomiques, hygiéniques et sophistiquées... Nous passons le tiers de notre vie dans le lit, c’est le meuble le plus important de la maison. Des personnalités célèbres ont même considéré le lit comme lieu de travail : Winston Churchill travaillait alité pendant
la Seconde Guerre mondiale ; Matisse, âgé, dessinait sur les murs qui entouraient son lit avec des morceaux de fusain fixés à une canne ; Rossini y composa plusieurs opéras et Colette y a écrit bon nombre de ses romans ; le poète John Milton conçut alité Le paradis perdu tandis que ses filles transcrivaient ses vers ; et finalement, Marcel Proust, le plus célèbre des artistes atteints par la maladie, écrivit À la recherche du temps perdu au lit... De la belle lit...ttérature !
Sources principales :
magasine-histoire.com
universalis.fr
lit.free.fr

