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Art urbain : lendemain de Beyrouth ?

Ils se nomment Phat2, Kabrit, Jad, Ali... Étudiants ou jeunes diplômés, leur créneau s’appelle un mur, leur langage un dessin. Zoom rapide sur ces spécimens de l’art urbain.

Zokak el-Blatt. Petit fond de peinture rose accompagné d’un dessin représentant un parking. Touchant. Gemmayzé. Chaton rose côtoyant les capitales d’un « miaou ». Très touchant. Place maintenant à Hamra et à deux hommes langoureusement enlacés avec l’inscription « chou fiya ? ». Plus politique, le pochoir du portrait d’un récent candidat aux élections, détruit à côté de la photo gardée intacte de Gamal Abdel Nasser. Et encore, le cèdre qui, à Monnot, est suivi de la citation « Beyrouth ma betmout ». À Aïn el-Mreissé, le pochoir de Haïfa présidente s’exhibe impudique dans la ligne de mire de ce qui, à Hamra, est Oum Kalhtoum qui chanterait Bous el-Wawa.
Quelques créations ? Oui. Mais ce n’est ni Paris, ni Londres, ni New York, ni ces grandes métropoles bombardées depuis belle lurette par ce qu’on appelle communément l’art urbain. Si, selon la citation (et le graffiti), « Beyrouth ma betmout », l’évolution de sa plastique murale oscille, elle, entre une relative virginité des murs et le refus d’une trop longue abstinence.
Pour Ali, 26 ans, diplômé de l’Université de Balamand en business et artiste devenu notoire à Tripoli, « l’art urbain en est encore à ses débuts et les graffiteurs doivent, à terme, s’organiser ». Cet itinéraire s’inscrit dans une logique de captation du public aussi bien que d’esthétique murale. Pour Phish, de son vrai nom Sari Saadeh, 31 ans, graffiteur en CDI et qui ne veut pas particulièrement se structurer, l’acte du graffiteur est d’abord un acte pour soi.

Dis-moi qui tu es, je te dirais ce que tu graffites
À la Quarantaine, les graffitis colorés accompagnent parfois des blazes, des dessins sans signification particulière, des figures politiques emblématiques comme celle de Samir Kassir. « La guerre de 2006 a bouleversé le code de la rue. Le graffiti et l’art urbain n’ont plus le souci de la répression policière propre aux villes occidentales », affirme Phish.
Les graffiteurs agissent généralement seuls ou en équipe. On parle alors de « crew ». Phish fait partie des Red Eyes Kamikazes, mais aussi d’une crew parisienne, TG. Il collabore avec des Berlinois comme Stone ou encore des Anglais comme Saya 1. Raoul Mallat, 17 ans, alias Kabrit, s’adonne à la technique du pochoir et révèle un style BD, très porté sur le dessin en plusieurs dimensions. Il prévoit déjà de poursuivre des études d’art graphique à l’ALBA.
Des techniques de graffiti, il en existe plein ; et il s’agit d’un détail de taille. Le wildstyle, le freestyle, les flops. Sa manière révèle si l’artiste cherche à exister sur un mur ou s’il a une vision dépassant le bloc. Un blaze fait de chrome, de peinture massive, sans détails, généralement noir, ne donne pas le même effet qu’un graffiti coloré, représentant autre chose qu’un nom ou un autoportrait, signe de créativité.
Parmi les noms avérés de l’art urbain à Beyrouth figure Steffi qui travaille pour des ONG, et qui a dessiné le fameux Red Bull avec une voiture. Car l’entreprise peut se déployer au sens économique du terme ; des publicitaires s’intéressent en effet à l’art urbain, pour leurs propres intérêts marketing. Des noms comme Élie Zaarour, Airo Fish, Nabz, Phat2, ou encore Jad Taleb reviennent fréquemment. Oras, figure de proue de l’art urbain, aurait appris ses techniques grâce à un Russe, autrefois étudiant au Liban, Horek. « C’est le fournisseur de Beyrouth, raconte Phish. C’est lui qui distribue les bombes Montana. Très chères. 10 dollars le spray. » Très cher en effet, surtout lorsqu’on écoute le commentaire de Raoul : « Un dessin exige 15 à 20 sprays... »

L’art urbain, une vision ?
Mais, suffit-il d’être graffiteur pour avoir une vision ? Le graffiti de Beyrouth est-il une expression urbaine en consonance avec la ville ou reflète-t-il un pur challenge narcissique alimenté par des défis toujours plus compliqués, techniques multiples conjurant ce sort ? Pour Phish, il s’agit surtout d’un challenge : « Le pochoir est trop facile, je préfère le défi du graffiti ». Sur la guerre des territoires, il raconte qu’un blaze graffité sur un autre blaze, c’est à coup sûr, la guerre déclarée. Pour Ali, le graffiti pour le graffiti a fait son temps. L’art urbain doit au contraire se recréer. « Oui, le pochoir, c’est plus facile, mais ça ne le rend pas moins utile ».
Affaire à suivre...

Maya SOURATI
Zokak el-Blatt. Petit fond de peinture rose accompagné d’un dessin représentant un parking. Touchant. Gemmayzé. Chaton rose côtoyant les capitales d’un « miaou ». Très touchant. Place maintenant à Hamra et à deux hommes langoureusement enlacés avec l’inscription « chou fiya ? ». Plus politique, le pochoir du portrait d’un récent candidat aux élections, détruit à côté...
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