Une deuxième leçon à retenir est celle de la faible participation populaire aux deux manifestations et l’indifférence quasi générale de la population, ce qui démontre la sagesse des Libanais et leur désintéressement des prises de position extrêmes.
Cela me conduit à tirer une troisième leçon, qui démontre que la démocratie est un système qui dégonfle les tensions et qui montre la vraie dimension des tendances. La libre expression a dégonflé une tendance qui désirait entraîner à sa suite une tranche extrémiste de la population. Raté ! Maintenant, tout le monde sait que ce genre de tendances est voué à l’échec. Si les autorités avaient refusé d’autoriser ce rassemblement, nous n’aurions jamais su que cette tendance ne pouvait réunir que quelques centaines de personnes.
Un grand bravo au gouvernement, et en particulier au ministre de l’Intérieur et aux forces de l’ordre, qui ont tout fait pour que ces rassemblements ne tournent pas au vinaigre et puissent s’exprimer en toute liberté.
Le Liban a démontré sa capacité à se démarquer des pays arabes, qui se targuent d’avoir passé un « printemps » qui n’était entaché que de sang et de larmes et qui l’est toujours. En Tunisie, les salafistes, aidés par l’argent et les armes arabes, veulent appliquer à toute la population une loi d’un autre âge. En Libye, le sang coule toujours et nous ne sommes pas près de voir une démocratie où les libertés de chacun sont respectées. En Égypte, on veut « prier dans l’hémicycle » ; à Bahreïn, on ne veut toujours pas reconnaître les droits de la majorité de la population ; en Arabie saoudite, on tire sur les manifestants ; au Yémen, des victimes tombent tous les jours sous les tirs des diverses factions ; aux Émirats, on expulse les Syriens qui ont eu la malencontreuse idée de manifester contre l’effusion de sang perpétrée par le régime alors que, politiquement, ils abondaient dans le sens de leur politique, incompréhensible !
Notre voisin syrien commence à montrer les dents et menacer le Liban de représailles car le gouvernement libanais n’a pas clairement indiqué qu’il se tient à ses côtés, au risque de détruire un équilibre interne fragile, alors que ce régime se devait de se contenter que le Liban n’ait pas rejoint la cacophonie internationale qui s’est déchaînée contre lui. C’est une leçon pour tous les Libanais qui ne doivent jamais prendre partie pour l’un ou l’autre des protagonistes et tenir compte du fait que le principe de la politique « équidistante » est la meilleure pour notre pays. Une leçon que la meilleure porte de sortie des crises régionales est notre cohésion interne en ce qui concerne la sécurité de notre pays.
Le Liban s’en sort merveilleusement bien en manifestant pacifiquement, en pratiquant sa démocratie selon la Constitution dont il a accepté les bases. Et si les composantes du pays se rendent compte que cette Constitution pourrait être améliorée, qu’ils le fassent dans la concertation. Rien ne vaut la concertation pour arriver à trouver un nouvel équilibre qui sauvegarde les intérêts de tous les Libanais, et surtout ne pas laisser l’étranger nous pourrir l’existence, surtout que cet « étranger » n’a pas de leçons à nous donner puisque nous pouvons tirer les leçons de notre propre exercice de démocratie.
Joseph W. ZOGHBI

