Un petit garçon syrien porte une affiche plus grosse que lui écrite dans un anglais approximatif : « Nous ne sommes pas des terroristes, nous voulons seulement la liberté » à Kousseir, hier. Goran Tomasevic/Reuters
La nouvelle Constitution syrienne, qui abolit la suprématie du parti Baas au pouvoir depuis un demi-siècle tout en maintenant de larges prérogatives pour le chef de l’État, a été approuvée par 89,4 % des votants, a affirmé hier le ministre de l’Intérieur Mohammad Nidal al-Chaar. « S’il n’y avait pas eu de blocages dans certaines régions où sévissent des gens armés, le taux de participation aurait été beaucoup plus important », a affirmé M. al-Chaar. Les militants prodémocratie, qui appelaient à ne pas participer à ce scrutin, ont affirmé que de nombreux bureaux de vote n’avaient pas ouvert, notamment dans les villes rebelles pilonnées par l’armée. Ce référendum, auquel ont participé « 8,37 millions de votants, soit 57,4 % du corps électoral », selon le ministre, était contesté par l’opposition et tourné en dérision par les pays occidentaux.
« Nous le rejetons (le référendum), car il est d’un cynisme absolu », a déclaré Victoria Nuland, porte-parole du département d’État. Le président syrien Bachar el-Assad « a proposé de voter lors d’un scrutin, qu’il contrôle, sur un morceau de papier, qu’il contrôle, pour tenter de se maintenir au pouvoir », a-t-elle ajouté. Le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Eduardo del Buey, a indiqué de son côté à notre correspondante à New York, Sylviane Zéhil, que « Ban Ki-moon a bien pris note du référendum, bien qu’il devrait avoir lieu dans des conditions exemptes de violence et d’intimidation », ajoutant qu’il est « peu probable qu’il soit crédible dans un contexte de violence généralisée et de violations des droits humains. La priorité pour la Syrie, c’est donc l’arrêt de toute violence. Seules ces conditions permettront un véritable processus politique qui réponde aux aspirations démocratiques de tous les citoyens ».
Le « oui » de Doha pour armer l’opposition
Parallèlement, la pression s’accentuait toujours sur le régime syrien. Doha a réitéré son « oui » à l’armement de l’opposition syrienne. « Nous devrions faire tout ce qui est nécessaire pour les aider (les opposants), y compris leur fournir des armes pour qu’ils puissent se défendre », a ainsi déclaré le Premier ministre, Hamed ben Jassem al-Thani, lors d’une visite officielle en Norvège. Le Premier ministre qatari s’est aussi de nouveau prononcé en faveur de l’envoi d’une coalition internationale en Syrie. « Le Conseil de sécurité n’a pas pris ses responsabilités pour mettre fin à la tuerie (...) Nous pensons que les Arabes peuvent le faire », a-t-il dit. Même son de cloche pour Riyad qui a stigmatisé hier l’attitude « défaillante » de certains pays qui bloquent les efforts déployés au plan international pour un règlement de la crise syrienne. Le texte ne précise pas les pays visés, mais la Chine et la Russie ont bloqué à deux reprises une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la répression en Syrie.
Dans ce contexte, Pékin et Moscou sont montés au créneau contre les critiques occidentales face à la répression. La Chine a ainsi qualifié d’« inacceptables » les propos de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, qui a appelé la communauté internationale à pousser Pékin et Moscou à « changer de position » sur la Syrie. « Le monde extérieur ne devrait pas imposer son supposé plan de solution de la crise au peuple syrien », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaire étrangères, Hong Lei, insistant sur l’importance de « respecter pleinement la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de la Syrie ».
Dans un article publié hier à Moscou, le Premier ministre russe Vladimir Poutine a dénoncé de son côté l’attitude « cynique » de l’Occident vis-à-vis de la Syrie.Les Occidentaux « manquent de patience pour élaborer une approche équilibrée » à l’égard de la Syrie, a insisté M. Poutine, expliquant qu’il aurait suffi de « demander que l’opposition armée fasse la même chose que les forces gouvernementales », c’est-à-dire de cesser le combat et se retirer des villes. Et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a fustigé le « caractère unilatéral » de la conférence des « Amis de la Syrie » vendredi à Tunis, boycottée par Moscou et Pékin.
L’Irak, resté jusqu’ici très prudent face à la crise syrienne, a pour sa part affirmé qu’il ne soutenait « pas à tout prix » le régime syrien, dans une déclaration publiée par le quotidien saoudien al-Riyadh.
Malgré cette pression, au moins 128 Syriens, dont onze soldats, ont encore été tués, selon la chaîne de télévision al-Jazira. Parmi eux, 68 ont été abattus par balles ou à coups de couteau dans la région de Homs, a rapporté l’OSDH, dénonçant un « massacre ».
Dans la ville même de Homs, les bombardements se sont poursuivis, notamment sur le quartier de Baba Amr, pilonné sans relâche depuis plus de trois semaines par l’armée. « Ils pensent que s’ils tuent tout le monde, ils tueront également la révolution », a déclaré un militant, Abou Bakr, en soulignant les conditions humanitaires désastreuses dans cette ville surnommée la « capitale de la Révolution ». Pour le quatrième jour consécutif, les négociations ont échoué pour l’évacuation des journalistes français et britannique, Édith Bouvier et Paul Conroy, blessés et bloqués à Homs depuis un bombardement mercredi qui avait tué deux de leurs collègues. Dans la matinée, le président français Nicolas Sarkozy avait parlé d’une « amorce de solution » pour l’évacuation. Le Croissant-Rouge a cependant pu pénétrer à l’intérieur de Baba Amr et s’efforce de distribuer une aide médicale et d’évacuer des blessés, a fait savoir hier soir un porte-parole du CICR.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est par ailleurs entré dans la ville rebelle de Hama, à laquelle il n’avait plus eu accès depuis le 17 janvier, et a distribué de l’aide à 12 000 personnes, a déclaré un porte-parole de l’organisation.
À Qousseir, des combats, avec tirs de roquettes et d’obus, opposaient l’armée aux rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL). « On a quelques lance-roquettes RPG, mais surtout des kalachnikov », a déploré un officier de l’ASL.
Par ailleurs, plusieurs centaines d’étudiants de l’Université d’Alep, relativement peu touchée par la contestation, ont manifesté hier, appelant les habitants à se révolter contre le régime, selon une organisation et des militants syriens. À Damas, des funérailles dans le quartier de Kafarsoussa se sont transformées en une manifestation rassemblant des milliers de personnes.


