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Nos lecteurs ont la parole

Au possible, nous sommes tenus

Par Aurélien LECHEVALLIER
Le souffle qui poussait les Phéniciens à traverser les mers, c’était l’esprit de la découverte. Repousser l’horizon et les frontières du ciel. On commerçait ;
on s’enrichissait ; surtout : on apprenait. La culture est née et a grandi de ce contact essentiel entre familles puis entre cités. La diversité, l’ouverture culturelle ne sont pas de vains mots, mais la condition même de la vie d’un peuple, une dynamique portée par un langage. Ne croyons pas que la culture française soit l’apanage des musées et des livres, car aucun mur, aucune page ne saurait la contenir.
Rien en elle n’aurait pu exister si elle n’avait pas eu le regard tourné au-delà des frontières. Les nostalgiques peuvent bien la ramener sans cesse à Molière et tant d’autres noms qui nous honorent. Mais de quelles fourberies Scapin aurait-il été capable, si le dramaturge n’avait connu les Italiens ? La scène artistique française a toujours été le fruit de métissages : Dumas, Kessel et Guitry en sont quelques exemples. Partout, la culture est un voyage, la France, un carrefour aux abords duquel différents mondes se croisent, commercent et s’enrichissent.
Ici aussi, à l’Institut français du Liban, tout au long de l’année 2011, nous avons cherché à diffuser cette dynamique. À travers nos manifestations, nous avons montré au public libanais le visage de la France, un pays non pas monolithique mais ouvert et métissé. Voyez le programme culturel : de Thomas Enhco, digne héritier de la grande famille Casadesus originaire d’Espagne, en duo avec Vassilena Serafimova, percussionniste bulgare, à Blanca Li, Espagnole mariée à un Coréen vivant en France, en passant par China Moses, Française d’origine américaine et fille de Dee Dee Bridgewater, notre programmation artistique a donné de la France un reflet fidèle. Celui d’un pays bigarré, toujours à la recherche de nouvelles influences.
L’espace privilégié de cet échange est celui de la francophonie, qui ne cesse d’enrichir la culture française de ses nombreux talents. Là encore, l’Institut français a présenté au Liban des artistes issus de cet espace et dont nous réentendrons parler bientôt : Hindi Zahra (Maroc), Ycare (Liban), Rayhana (Algérie) avec sa pièce À mon âge je me cache encore pour fumer ou encore Le Frichti de Fatou de Faïza Kaddour... La scène artistique française va au-delà des représentations traditionnelles ; loin de se cantonner aux « classiques », elle grandit dans le levain de cette diversité, dans un entrelacs de sensibilités, de visages, de voix et d’identités.
Pour exister, une culture a besoin d’un langage, matière première de tout échange. En octobre 2010, le Liban a signé avec l’Organisation internationale de la francophonie un « Pacte francophone », que la France accompagne à hauteur d’un million d’euros : il s’agit de souligner et de renforcer la place du français au Liban. L’Institut français soutient ainsi, au quotidien, auprès des élèves et des enseignants, la présence et la qualité du français dans le système éducatif libanais, sur l’ensemble du territoire libanais. Il promeut la langue française dans les administrations et travaille au développement du français dans les médias libanais, notamment au cinéma et sur Internet, où il est encore trop absent.
Les méthodes d’enseignement ont changé : loin d’interdire de parler arabe en classe comme ce fut longtemps le cas, on sait maintenant qu’il est possible pour les enfants de progresser dans plusieurs langues simultanément, si les professeurs sont formés aux nouvelles méthodes d’apprentissage. Cela se vérifie en particulier au Liban. Aujourd’hui, plus de 500 000 enfants suivent un cursus libanais bilingue arabe-français et plus de 50 000 élèves grandissent dans notre magnifique réseau de 38 établissements à programme français. Plusieurs milliers étudient dans des filières francophones à l’université au Liban. Nous devons faire en sorte que ces jeunes soient, au minimum, trilingues. Quel atout pour leur avenir, pour l’avenir de leur pays !
Le français n’est pas une langue réservée à « l’élite », que l’on doit parler sans « fautes ». Cette langue idéale, « dans la vraie vie », n’a jamais existé, ni en France, ni au Liban, ni ailleurs. Dans le pays du Cèdre, le français interagit avec l’arabe, l’anglais, l’espagnol, l’arménien et les autres langues qui constituent le terreau fertile du plurilinguisme libanais. Le pays ne doit pas fermer les yeux et se bercer d’illusions. « Et pourtant, elle tourne ! » disait Galilée. Il s’agit bien de l’accepter !
Multilingues, multiculturels, le Liban et la France se ressemblent et se répondent dans cette diversité. La francophonie n’a rien à craindre de l’avenir, parce qu’elle en fera partie, si les Libanais le souhaitent vraiment. La mission de l’Institut français du Liban, à Beyrouth, à Tripoli, Saïda, Zahlé, Baalbeck, Deir el-Qamar, Nabatieh, Tyr et Jounieh, est de proposer et de faire vivre des partenariats, avec tous les acteurs libanais de la coopération et de la culture.
Ni la France ni le français ne sont des réalités immobiles : l’une est en perpétuelle mutation ; l’autre est en action. La culture française - mieux ! la culture francophone - se conjugue au futur grâce à un dialogue constant avec le Liban. Les Libanais, pour préserver leurs atouts dans le monde, choisissent de parler français, de la maternelle jusqu’au dernier âge. Notre langue commune vit ainsi, s’échange et nous enrichit.

Aurélien LECHEVALLIER
Directeur de l’Institut
français du Liban
Le souffle qui poussait les Phéniciens à traverser les mers, c’était l’esprit de la découverte. Repousser l’horizon et les frontières du ciel. On commerçait ; on s’enrichissait ; surtout : on apprenait. La culture est née et a grandi de ce contact essentiel entre familles puis entre cités. La diversité, l’ouverture culturelle ne sont pas de vains mots, mais la condition même de la vie d’un peuple, une dynamique portée par un langage. Ne croyons pas que la culture française soit l’apanage des musées et des livres, car aucun mur, aucune page ne saurait la contenir.Rien en elle n’aurait pu exister si elle n’avait pas eu le regard tourné au-delà des frontières. Les nostalgiques peuvent bien la ramener sans cesse à Molière et tant d’autres noms qui nous honorent. Mais de quelles fourberies Scapin...
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