Cinq jours sont passés depuis la suspension par le Premier ministre Nagib Mikati des réunions du gouvernement sans qu’aucune initiative n’ait été prise en vue de recoller les morceaux et de ramener les coéquipiers à la table du travail.
À part la diatribe ordinaire qui s’est poursuivie au cours du week-end entre la majorité et l’opposition qui cherche à enfoncer le clou en invitant le gouvernement à démissionner, c’est le calme plat qui a prévalu au niveau des membres de l’exécutif et de son chef qui semble à ce jour camper sur sa position.
Bien que les milieux de Aïn el-Tiné aient clairement laissé entendre que le président du Parlement, Nabih Berry, a bel et bien repris le flambeau de la médiation pour tenter de rapprocher les points de vue entre Nagib Mikati et le CPL, des sources de la majorité ont assuré que rien n’a encore été entamé sur ce plan et qu’une telle médiation pourrait être initiée la semaine prochaine, aussi bien par le mouvement Amal que par le Hezbollah.
Mais aucune chance de succès ne semble encore poindre à ce jour, malgré les souhaits exprimés par les députés des deux mouvements chiites. Ces derniers ont en effet appelé au dialogue et à la nécessité de définir de nouvelles règles pour résoudre les conflits au sein de la même équipe, afin de ne pas paralyser l’État en ce moment critique du fait des turbulences régionales.
Une source proche du Courant patriotique libre a d’ailleurs exprimé son scepticisme de voir un règlement mûrir la semaine prochaine, notamment par manque de temps puisque le chef du gouvernement se rend jeudi prochain à Paris.
C’est un peu l’avis d’un observateur qui croit savoir que la crise qui a éclaté entre le Premier ministre et le CPL risque de se prolonger au-delà de la semaine prochaine. Selon lui, le coup de gueule de M. Mikati, qui ne semble pas particulièrement affecté par le divorce amorcé avec ses ministres aounistes, pourrait être en quelque sorte salutaire pour le Premier ministre qui fait face à des pressions énormes et des échéances cruciales.
Certes, souligne l’observateur précité, le problème a commencé par un ras-le-bol de l’attitude des ministres frondeurs. Il reste que M. Mikati pourrait utiliser ce temps de « répit » pour se soustraire aux pressions exercées par le régime syrien. Celui-ci, qui n’a cessé d’exprimer via son ambassadeur au Liban ses griefs concernant la politique officielle de non-ingérence dans les affaires syriennes, insiste pour que le gouvernement renonce à cette position, prenne fait et cause pour le pouvoir à Damas, et verrouille ses frontières, source d’inquiétude constante pour le régime baassiste.
Autre échéance cruciale à laquelle serait confronté le Premier ministre en cas de reprise des réunions du Conseil des ministres, le renouvellement de l’accord, dit aussi « protocole », concernant le TSL dont le mandat pourrait être reconduit systématiquement à la fin du mois si le gouvernement n’intervenait pas. Un scénario que ne souhaite aucunement le Hezbollah qui cherche à imposer des modifications à ce texte.
Bref, ce sont autant de soucis que le Premier ministre pourrait éluder avant la reprise des activités de l’exécutif d’autant que ses voyages, à Paris d’abord, en Turquie ensuite, pourraient le retenir un certain temps hors des frontières du pays.
Il faudra toutefois attendre la semaine prochaine, peut-être même celle d’après, pour s’assurer des intentions des uns et des autres, d’autant que le CPL campe également sur sa position, puisqu’il estime ne pas être concerné par les médiations dans la mesure où la décision de la reprise des réunions du Conseil des ministres n’est pas entre ses mains, comme il le souligne.

