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Culture

La collection « Rose et Shaheen Saleeby », noyau d’un futur musée à l’AUB

Mécénat Un amateur éclairé, Samir Saleeby, a récemment fait don à l’Université américaine de Beyrouth d’une collection emblématique de la naissance de l’art moderne au Liban. Initiative hautement louable...
02/02/2012
Une exceptionnelle donation faite par Samir Saleeby à l’AUB, comprenant soixante œuvres d’art, dont une majorité date du début du XXe, a fait couler beaucoup d’encre depuis deux semaines. Après avoir embelli les murs d’une résidence privée durant 80 ans, cette estimable collection, intitulée «Rose et Shaheen Saleeby», du nom des parents du généreux mécène, sera dévoilée au grand public en juin 2012. À cet effet, l’AUB a aménagé une belle galerie à deux niveaux, un espace provisoire, à Hamra. Les œuvres seront ensuite abritées dans un musée que l’AUB compte ériger sur son campus, dans un avenir proche.
Une trentaine de ces tableaux sont de Khalil Saleeby (1870-1928), un parent éloigné du donateur, auquel ce dernier avait d’ailleurs consacré un ouvrage intitulé Khalil Saleeby, un peintre du Liban. Le legs comporte également des œuvres d’autres peintres éminents libanais, comme Saliba Douaihy (1915-1994), César Gemayel (1898-1958) et Omar Onsi (1901-1969).
«Nous sommes honorés de recevoir une collection d’art aussi prestigieuse et importante. Nous sommes également très reconnaissants de ce cadeau généreux», avait déclaré le président de l’AUB, Dr. Peter Dorman.
«L’université a soutenu pendant longtemps les arts par le biais de l’enseignement et des recherches en art et en sciences humaines... Cette collection illustre un aspect vital du patrimoine culturel du Liban et du monde arabe. Nous avons le privilège de le préserver et de le promouvoir dans l’intérêt des générations à venir. Cette collection constituera non seulement l’occasion d’organiser une exposition d’art ouverte au public, mais elle sera également une source unique d’inspiration pour les étudiants, les chercheurs et les experts en art», a-t-il ajouté.
L’université voudrait que la collection soit accessible à un public très large au Proche-Orient et sur le plan international. « En mars 2012, l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris, exposera quatre toiles de Saleeby qui seront montrées pour la première fois au public », annonce Mariam Sabbah Mardini, membre du bureau administratif de l’AUB.
Les quatre peintures à l’huile, des nus habilement esquissés, feront en effet partie d’une grande exposition d’art moderne et contemporain sur le thème de la représentation du corps et du nu dans les arts visuels arabes. « La représentation du corps dans les arts visuels arabes constitue une matière jusqu’ici ignorée, une sorte de terra incognita pour le moins inexplorée. Et Khalil Saleeby en donne ici un beau spécimen, notamment avec cet exceptionnel tableau intitulé Carrie et représentant sa femme, sa muse », estime Lucia Scalsi, experte en conservation et restauration, venue spécialement de Londres pour restaurer et «nettoyer» les nouvelles acquisitions de l’AUB. L’ancien conservateur adjoint du musée Victoria et Albert de Londres ne cache pas son admiration devant les chefs-d’œuvre qui lui ont été confiés à Beyrouth. Pour le moment, elle travaille sur les quatre nus de Saleeby. «La qualité des toiles et des matériaux utilisés nous en dit beaucoup sur le peintre. En étudiant celles de Saleeby, par exemple, on apprend qu’il a sûrement appris à dessiner dans des écoles spécialisées, en Europe. Son matériel est de qualité», note Scalsi qui ne cache pas son impatience de découvrir le reste de la collection.
Saleeby, considéré comme le fondateur de l’art libanais moderne, a en effet étudié, travaillé et exposé à Édimbourg, à Paris, aux États-Unis et au Liban. Il a connu John Singer Sargent qui l’a influencé, ainsi que Pierre Cecile Puvis de Chavannes et Pierre Auguste Renoir. Le peintre et sa femme américaine ont connu une mort tragique : ils ont été assassinés à Beyrouth suite à une dispute sur l’eau avec leurs voisins du village de Btalloun (Aley).
L’experte anglaise a déjà décelé un petit mystère : «Chronologiquement, la première œuvre de Saleeby est un autoportrait. Et sa dernière aussi. Chose encore plus étrange: ces deux œuvres, à des années d’intervalle, ont été réalisées sur une toile similaire, signée sur le verso, du même atelier de fabrication. Le peintre a dû utiliser le même rouleau de toile pour ses autoportraits, ne sachant pas que le deuxième sera le dernier... »
«La collection a été entièrement prisée par Sotheby’s, ajoute Mardini. Une recherche académique sur la collection sera en outre effectuée par l’AUB afin de préparer un catalogue répertoriant les
œuvres.»
Le galeriste et curateur Saleh Barakat, membre du Art Committee de l’AUB, précise, quant à lui, que cette donation constitue «un fonds incomparable pour constituer une collection didactique sur les débuts de l’art au Liban, mise à la disposition des étudiants de l’art et du grand public». L’importance de cette donation émane, selon lui, du fait que Khalil Saleeby est «l’un des pionniers-piliers fondateurs de l’art libanais et le peintre qui a introduit l’art impressionniste au Liban».
«Le Dr Samir Saleeby a toujours espéré voir sa collection dans un musée qui porterait le nom de ses parents et préserverait sa collection unique selon des critères académiques pour les années à venir», ajoute Barakat.
Samir Saleeby, éminent ophtalmologue et ancien étudiant de l’AUB, affirme ainsi sa volonté de «garder la collection à Beyrouth et la rendre accessible au grand public par une institution respectable qui inspire confiance». À signaler que Khalil Saleeby a lui-même fait ses études au Collège protestant syrien (qui est devenu par la suite l’AUB).
Avec cette importante collection, les dons additionnels anticipés, le nouvel aménagement prévu, ainsi que ses programmes académiques en art visuel, l’Université américaine de Beyrouth vise à l’évidence à se placer à l’avant-garde des arts au Liban et dans la région.

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