Désolant constat
Le spectacle est désolant. C’est celui de la folie de tous ceux qui sont au service de leurs intérêts, petits et grands. C’est celui de la folie de tous ceux qui estiment représenter le centre de l’univers ou même que cet univers n’existe que pour eux. C’est celui de la folie de tous ceux qui défendent des ambitions totalitaires. C’est celui de la folie de tous ceux qui mettent en œuvre des moyens propres et des techniques raffinées pour amorcer la destruction sociale, culturelle, économique et environnementale du pays. C’est celui de la folie de tous ceux qui nous conduisent à la perte de tout sens critique. C’est celui de la folie de tous ceux qui nous condamnent à la désorientation, à la régression ou à l’émigration, de tous ceux qui scellent notre impuissance à changer l’ordre dans lequel nous vivons, qui nous réduisent à n’être que des pions, quel que soit leur jeu politique, qui jugent que nous leur devons une juste appréciation de la place qui nous est assignée au sein de notre société, réduite à demeurer primitive, à n’être que des « bipèdes parlants ».
Le temps passe. Les tragédies se multiplient. Et plus d’une interrogation angoissée se pose... Cependant, « tout vient à point à qui sait attendre ».
Yendi SFEIR
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Le dernier épicier
Avec Abou Tony qui vient de mourir, fatigué après toutes ces longues années et les maladies, la dernière épicerie du quartier vient de fermer ses portes, après soixante ans de présence. Édouard, lui, avait été délogé le mois passé par de nouveaux promoteurs qui tiennent, comme le veut la nouvelle mode, à ériger une tour. Ainsi donc, le visage de Beyrouth et nos habitudes avec lui vont changer. Fini ces petits commerces, ce contact direct avec des hommes qui survivaient pourtant à côté de la multiplication des magasins de la grande distribution. Ils étaient très gentils au moins et l’on pouvait discuter, marchander, beaucoup plus intéressés qu’ils étaient à établir des relations personnelles que par la réussite de l’entreprise. La jeune génération préfère travailler dans un rayon de supermarché et percevoir un salaire. Et si l’on ne cesse de critiquer encore et toujours le « down town », rebâti plus beau pourtant mais sans âme, car tous les anciens souks n’ont pu retrouver leur dynamisme d’antan, maintenant c’est tout Beyrouth qui change. Plus une boutique pour se renseigner sur un habitant du quartier, car les quartiers eux aussi ont changé ; les immeubles n’ont plus un propriétaire mais un numéro, on ne dit même plus bonjour aux nouveaux voisins qu’on croise car on ne les connaît pas. Nous sommes devenus des robots à l’occidentale. Notre seul but est de survivre face aux malheurs de la vie.
Nazira A. SABBAGHA

