Vladimir Poutine visitant un complexe industriel dans la région de Leningrad. RIA-Novosti/ Alexey Nikolsky/AFP
Dans un article fleuve publié dans le quotidien économique Vedomosti, l’homme fort du pays fustige une corruption « systémique », le climat des affaires « insatisfaisant », les infrastructures inexistantes « à 20-30 km des grandes villes » et la dépendance « inadmissible » de l’économie russe vis-à-vis des manières premières.
Il constate également que la modernisation engagée par le président Dmitri Medvedev afin « d’améliorer le climat des affaires » n’avait permis « aucune avancée significative ».
« La Russie ne peut pas se permettre d’avoir une économie qui ne garantit ni la stabilité, ni la souveraineté, ni le bien-être. Nous avons besoin d’une nouvelle économie », écrit-il.
« Face à nos concurrents, le pays est beaucoup moins attrayant pour les investisseurs. Nous enregistrons une importante fuite des capitaux », souligne M. Poutine, président de 2000-2008 et actuel Premier ministre. « Le principal problème est le manque de transparence, l’absence de contrôle de la part de la société sur les fonctionnaires, les douanes et les services fiscaux, le système judiciaire et les forces de l’ordre. » « Il s’agit d’une corruption systémique, si l’on appelle les choses par leur nom », poursuit-il.
Pour illustrer l’ampleur du phénomène, Vladimir Poutine assure qu’éliminer les rétrocommissions sur les commandes d’État permettrait d’économiser « entre 5 et 10 % du budget fédéral, entre 1 et 2 % du PIB par an ».
Grand favori de la présidentielle du 4 mars, M. Poutine propose d’augmenter le financement de la recherche scientifique et d’investir dans les industries de haute technologie, l’industrie pharmaceutique, la chimie, l’aéronautique et les communications.
« En investissant dans la compétitivité des secteurs d’avant-garde, la Russie résout aussi un problème social global, à savoir le développement de la classe créative et la possibilité pour elle de se réaliser », explique-t-il.
Ce sont les représentants de cette classe « créative » qui sont descendus par dizaines de milliers dans la rue en décembre, une contestation sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine.
L’article a été publié alors qu’une nouvelle grande manifestation est prévue à Moscou le 4 février, après celles des 10 et 24 décembre, pour réclamer des élections honnêtes et le départ de Vladimir Poutine.
Dans un éditorial consacré à cet article, Vedomosti regrette que M. Poutine ne lie pas les problèmes économiques à la « nécessité d’une réforme institutionnelle ».
« Et qu’est-ce qu’il (Poutine) a fait toutes ces dernières années ? » s’interroge le quotidien.
« Le programme économique de Poutine ressemble à des conseils de bûcherons, comment planter et engraisser les arbres », a ironisé Ivan Melnikov, l’un des dirigeants du Parti communiste, cité par l’agence Interfax.
Pour Andreï Iakovlev, vice-recteur de l’École supérieure d’économie interrogé par l’AFP, « le texte confirme que le modèle mis en place par Poutine n’assure pas le développement économique, mais on ne comprend pas comment il va améliorer le climat des affaires, enrayer la corruption et diminuer la pression sur les hommes d’affaires ».
« La bonne nouvelle est que Poutine raisonne sainement sur l’état de l’économie russe », souligne Evseï Gourvitch, chef du Groupe économique d’experts (indépendant) dans le quotidien en ligne gazeta.ru. « La seule chose qui manque, c’est si Poutine comprend tout, pourquoi il n’a pas agi ? Qu’est-ce qu’il peut proposer pour changer la situation de manière radicale ? » s’interroge l’analyste.
(Source : AFP)


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