« Nous participons activement à la campagne électorale au côté d’une trentaine de candidats qui acceptent nos idées pour d’importantes réformes démocratiques », déclare Abdallah al-Shallahi, un militant du groupe la Cinquième muraille. « Nos objectifs vont au-delà du scrutin. Nous voulons des réformes fondamentales, dont une monarchie constitutionnelle, un amendement du code électoral et la légalisation des partis politiques », ajoute-t-il.
La Cinquième muraille, qui rassemble des militants de divers courants idéologiques et confessionnels, a été le premier groupe de jeunes, apparu en décembre 2010 après la répression policière d’un sit-in de députés. Depuis, plusieurs autres groupes ont vu le jour, tels que Kafi (assez), Jeunesse pour le changement ou les Jeunes du 16 septembre, qui coopèrent étroitement pour réclamer des réformes et lutter contre la corruption. Ils répètent à l’envi qu’ils ne sont pas hostiles à la famille régnante des al-Sabah, au pouvoir depuis plus de 250 ans. Les protestations des jeunes, lancées en mars, se sont intensifiées avec la divulgation fin août d’une affaire de corruption mettant en cause 13 anciens députés.
« Les jeunes ont entamé les protestations après notre échec à imposer le changement », reconnaît le candidat Fayçal al-Muslim, ex-député de l’opposition islamiste, lors d’un rassemblement électoral samedi. « Ils nous ont redonné espoir », dit-il.
Les jeunes militants, qui ont lancé au début de leur campagne « La charte du Koweït en 2012 » prônant de vastes réformes politiques et économiques, prennent régulièrement la parole durant la campagne électorale. Leur mot d’ordre : oui aux réformateurs, non aux candidats progouvernementaux. Utilisant intensivement les réseaux sociaux comme Twitter, YouTube et Facebook, ils ont organisé des débats animés au cours desquels des électeurs pouvaient poser des questions à des candidats, selon M. Shallahi. Des experts ont expliqué l’engagement des jeunes par les limites de la politique économique du gouvernement qui, en raison des crises à répétition, n’a pas réussi à injecter dans des projets ses avoirs de près de 300 milliards USD, générés par le secteur pétrolier. Selon des statistiques officielles, 52 % des quelque 1,165 million de Koweïtiens sont âgés de moins 20 ans. Plusieurs candidats ont prévenu que quelque 500 000 jeunes Koweïtiens arriveront sur le marché de l’emploi au cours des deux prochaines décennies.
« Nous n’avons pas nos propres candidats, mais nous avons fait campagne pour au moins six candidats, dont quatre sont en passe d’être élus », déclare le chef de Jeunesse pour le changement, Yahya al-Dakhil. « Nous soutenons ceux qui adoptent nos objectifs : un gouvernement élu dirigé par une personne qui n’appartient pas à la famille régnante, une monarchie constitutionnelle et un vrai régime parlementaire », ajoute-t-il.
Pour le candidat islamiste et militant des droits de l’homme Adel al-Damkhi, « les jeunes sont désormais plus influents que le Parlement ». Ces jeunes menacent d’ailleurs de redescendre dans la rue si la prochaine Chambre ne répond pas à leurs attentes. « Que l’opposition l’emporte ou non, nous reprendrons les manifestations si nous constatons qu’un processus d’importantes réformes globales n’est pas engagé », a menacé M. Shallahi.
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