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À La Une - Liban

Gouvernement : début de naufrage ?

Le gouvernement – et le pays avec lui – traverse une période noire. La déliquescence atteint tous les secteurs, les dossiers sont en panne : le projet de budget est perpétuellement ajourné, l’électricité, de plus en plus rare, court-circuite les rapports entre alliés au sein du 8 Mars, la question syrienne place le Conseil des ministres en porte-à-faux. Est-ce le début du naufrage ?

La séance du Conseil des ministres, hier. Photo Dalati et Nohra

Un projet de budget en report perpétuel ; une électricité qui ne provoque plus d’étincelles qu’entre formations politiques, même alliées ; des prisons que l’on ne finit pas de redécouvrir saisonnièrement en train de pourrir ; une crise syrienne qui, se moquant de la doctrine officielle libanaise, ne veut décidément pas « se tenir à l’écart » du Liban; un ministre du Travail qui s’entête à ne pas vouloir avaliser le décret sur les indemnisations aux salariés, tout en invitant les partenaires sociaux à le mettre en œuvre en se passant de sa signature;

et pour couronner le tout, un Conseil des ministres qui se réunit pour décider de mettre en application... ses décisions antérieures : tels sont quelques-uns des réjouissants clichés que l’on peut retenir de l’état général de la République libanaise en ce début d’année 2012.

 

Initialement, l’examen du projet de budget 2012 était prévu à l’ordre du jour de la séance du Conseil des ministres, hier. Mais il a été décidé d’ajourner ce dossier à mardi prochain afin de permettre, allègue-t-on sans rire, « la mise au point d’approches plus claires en termes de chiffres et d’orientations » ; une formule sibylline pour dire que rien n’est encore au point et qu’il ne faut pas s’attendre à un accord de sitôt entre les composantes gouvernementales sur cette question.

 

De fait, l’unique débat qui a eu lieu hier à ce sujet est loin d’avoir dépassé le stade primaire : d’un côté le Premier ministre et le ministre des Finances qui ont défendu la primauté d’une limite maximale aux déficits publics, de l’autre des ministres rappelant l’État à son devoir d’offrir des prestations sociales. En termes familiers, cela s’appelle « ne pas être sorti de l’auberge ».

 

Sur l’électricité, il a été décidé, toujours sans rire, de « mettre en œuvre les décisions antérieures », alors que le ministre de l’Énergie, Gebran Bassil, faisait l’objet d’une campagne sans précédent sur ce dossier de la part des alliés chiites du CPL. Avant le Conseil des ministres, un député d’Amal, Ali Bazzi, rappelait implicitement le ministre à l’ordre en affirmant que la Chambre s’était acquittée de ce qu’elle devait faire à ce sujet et après la séance, c’était au tour du ministre du Hezbollah Mohammad Fneich d’agir de même en s’interrogeant, devant les journalistes, sur le point de savoir « qui est responsable de l’électricité une fois que le Conseil des ministres a pris une décision sur ce dossier ».

Mais la campagne est également visible sur le terrain. Pas un jour ne passe depuis quelque temps sans qu’une route ne soit bloquée dans des régions chiites par des protestataires contre les coupures de courant.

S’agissant de l’état des prisons, deux ministres se sont encore une fois lamentés hier en (re)découvrant l’état de misère totale à Roumieh et tout ce que le Conseil des ministres a pu faire sur ce plan, c’est décréter une énième visite dans les prochains jours.

Sur la question syrienne, le ministre de la Défense, Fayez Ghosn, qui s’était déjà distingué dans l’affaire de Ersal, a procédé à un exposé sur les mesures prises pour contrôler la frontière, jugeant néanmoins que cela n’avait rien à avoir avec l’incident du week-end à Arida, qui a valu à la Syrie une condamnation en bonne et due forme de la part du Quai d’Orsay. Seul le chef de l’État, Michel Sleiman, a pris la peine de stigmatiser cet incident au cours de la séance, tout comme il a rappelé sa réponse polie mais très ferme à l’ambassadeur d’Iran au sujet des propos tenus vendredi par un responsable iranien sur le contrôle de l’Irak et du Liban-Sud par l’Iran.

Quant au principal trublion du gouvernement, Charbel Nahas, il a profité de ses pauses-cigarettes pendant la séance pour glisser aux journalistes qu’il ne signerait pas le projet de décret sur les indemnisations aux salariés aux titres des transports et des écolages et qu’en tout état de cause, les partenaires sociaux pouvaient se passer de sa signature pour le mettre en œuvre.

À tout prendre, c’est du Conseil des ministres tout entier qu’on devrait pouvoir se passer...

Un projet de budget en report perpétuel ; une électricité qui ne provoque plus d’étincelles qu’entre formations politiques, même alliées ; des prisons que l’on ne finit pas de redécouvrir saisonnièrement en train de pourrir ; une crise syrienne qui, se moquant de la doctrine officielle libanaise, ne veut décidément pas « se tenir à l’écart » du Liban; un ministre du Travail qui s’entête à ne pas vouloir avaliser le décret sur les indemnisations aux salariés, tout en invitant les partenaires sociaux à le mettre en œuvre en se passant de sa signature;
et pour couronner le tout, un Conseil des ministres qui se réunit pour décider de mettre en application... ses décisions antérieures : tels sont quelques-uns des réjouissants clichés que l’on peut retenir de l’état général de la République libanaise...
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