Certains ont alimenté le « mouvement vers la chute du système confessionnel » lorsqu’il battait son plein voilà presque un an, mais d’autres se sont engagés plus tard. Ainsi, lorsque les rebondissements sur la hausse des salaires ont débuté à l’automne, tous se sont rencontrés pour conclure que la pantalonnade avait assez duré. « Haqqi Alayyi » est né d’une constatation instinctive : le thème des salaires n’est qu’une petite fenêtre ouverte sur un luxuriant jardin de problèmes, irrigué par l’oubli des droits élémentaires du citoyen.
L’élan date du printemps arabe, donc, mais l’acte de naissance du mouvement est plus récent. D’ailleurs, le moins que l’on puisse dire est qu’il a su tirer les leçons des erreurs passées. Finies les cacophonies stériles et les grandes discussions sans lendemain, les priorités doivent être clairement énoncées pour fournir des réponses adaptées. Plutôt que de perdre son temps à vouloir changer de front un système caduc, mieux vaut s‘organiser pour agir envers ce qui lui est essentiel : le citoyen. Ensuite, les changements radicaux viendront d’eux-mêmes. Pour Rajwa Tohmé, membre convaincue, « on a besoin de travailler la notion de citoyen au Liban, c’est la base d’une démocratie saine pour changer un système pourri ». Ainsi, les institutions confessionnelles ou l’éducation ne sont pas les objets centraux du travail de « Haqqi Alayyi ». La priorité du mouvement est de rendre au citoyen le panier des droits sociaux et économiques nécessaires à toute évolution postérieure de la société, dans des domaines qui leur sont liés.
Des propositions concrètes
La récupération de ce panier peut, selon eux, se développer autour de cinq grandes réformes : la santé, le transport public, la fiscalité, le contrôle des alliances commerciales illicites et le droit du travail. Pour chacun de ces thèmes, « Haqqi Alayyi » veut montrer que des propositions existent, en vue de résoudre ce qu’il voit comme des non-sens. Dans le domaine des transports par exemple, Mohammad Hamdan s’emporte : « L’État paye 8 000 livres libanaises par jour pour que ses fonctionnaires puissent se déplacer dans les embouteillages ! Cela fait des centaines de milliers de dollars par an, qui pourraient être utilisés dans un investissement d’avenir pour un transport public efficace. » Ainsi, un point fondamental du mouvement est de proposer des réponses réalistes aux problèmes qu’il énonce. Autre exemple, dans le domaine fiscal cette fois : il défend une taxation plus forte de la revente immobilière au sein d’un pays aussi florissant dans ce domaine que le Liban. Ce serait une manne extraordinaire et salutaire afin de donner un peu plus de justice à un système d’imposition trop axé sur la consommation de tous, selon Mohammad Hamdan.
Cependant, ces changements nécessitent avant tout le retour de la confiance envers la chose publique. Selon Rajwa Tohmé : « Si l’on demande à quelqu’un dans la rue s’il y a des problèmes au Liban, il répondra que oui. Puis il dira qu’il n’y a pas d’État, et que par conséquent il ne faut pas s’attendre à ce qu’il y change quelque chose. Nous, on veut dire qu’il n’y a pas de fatalité. » Pour ce faire, « Haqqi Alayyi » compte jouer un rôle de catalyseur auprès des Libanais durant les quatre étapes que le groupe juge indispensables à l’évolution progressive de la société. Tout d’abord, il veut permettre aux citoyens d’avoir accès à une information claire, puis les aider à dénoncer les responsables de la situation défaillante. Ensuite, il désire susciter la mobilisation la plus large possible, pour finalement insuffler une pression à même de provoquer le changement.
Ces ambitions ne signifient pas pour autant une volonté immédiate de devenir un parti politique. Car, en sus de l’impossibilité pratique d’entrer dans le jeu politique au sein du système confessionnel, cela signifierait un positionnement forcé sur des clivages considérés comme étant l’écran de fumée cachant les vrais problèmes. Quoi qu’il en soit, le mouvement doit se faire connaître et promouvoir ses revendications pour être utile. Dans ce but, chaque membre du groupe apporte ce qu’il est le mieux à même de fournir : expertise, communication, travail de réseaux ou logistique. Grâce à l’addition de ces forces vives, les évènements visant à jeter la lumière sur le discours tenu se multiplient, comme en décembre devant les ministères des Finances et de la Santé. Parallèlement, une communication médiatique et de terrain s’organise : on n’a certainement pas fini d’entendre dire « Haqqi Alayyi ».

