Le débat concernant la loi électorale initié par les « communautés lésées » a donc pour objectif de recouvrer leurs droits dans l’esprit de la loi fondamentale.
Il était malheureusement attendu qu’en réaction à l’initiation de ce débat sur le rétablissement des droits, que l’instinct égoïste de certaines parties, qui profitent de l’injustice et de l’illégitimité provoquées par ce déséquilibre, les pousse à critiquer ces tentatives légitimes de rétablissement en avançant des arguments illogiques rien que pour les saborder.
Profiter de l’illégitimité de ce déséquilibre se pratique à tous les échelons du pouvoir depuis la signature des accords de Taëf qui étaient censés installer un nouvel équilibre. Cependant, ces accords n’ont jamais été appliqués, ni à la lettre ni dans leur esprit, et l’équilibre du pouvoir n’a jamais été établi. L’une des plus importantes applications de l’accord est la représentativité dans le pouvoir législatif duquel est issu le pouvoir exécutif, selon notre Constitution.
Globalement, les communautés n’ont jamais été représentées légitimement sous cette IIe République car, du fait du découpage électoral inégal sans réforme de la loi électorale, plus du tiers des députés chrétiens sont élus par des musulmans contre quelques députés musulmans élus par des chrétiens. Ce déséquilibre a occasionné une illégitimité à la source du pouvoir exécutif qui a été accaparé par la communauté sunnite. Les chefs des gouvernements successifs ont usé et abusé de leurs pouvoirs et, dans certains cas, dans la pure illégalité, sans qu’il y ait possibilité de sanction car le pouvoir législatif était neutralisé par une représentativité non conforme de l’une des communautés, en l’occurrence la communauté chrétienne.
Il n’y a certainement pas des communautés vertueuses et d’autres qui ne le sont pas. Il y a certainement des groupes de personnes qui deviennent incontrôlables en l’absence de sanctions. Dans le système constitutionnel actuel, ce sont les groupes communautaires qui se contrôlent mutuellement, mais le dysfonctionnement au profit de l’une des communautés a faussé le système de contrôle et, en marginalisant l’une d’elles, le système de contrôle s’est effondré.
Pour pouvoir réformer le système, on ne peut pas être pour la parité communautaire dans le contrôle du pays et contre le rééquilibrage des pouvoirs entre les communautés. À défaut de vouloir donner leurs droits aux communautés, on ne peut pas aussi être contre le confessionnalisme politique et refuser de discuter le mariage civil et la séparation de la religion et de l’État pour pouvoir sortir du cadre contraignant, bien que protecteur, du système confessionnel. On ne peut pas être avec la chose et son contraire, sauf si on a des motivations non avouées de renforcer la suprématie de sa communauté au détriment de ses partenaires dans la patrie et en voulant maintenir le statu quo, maintenant favorable pour quelques-uns au détriment de la modernité du système politique pour tous.

