Une légalité taillée à la mesure de chaque protagoniste, de chaque clan ou courant, les plus forts en gueule s’attribuant la part du lion, imposant leurs « paroles d’évangile » à des collègues reconvertis en faux témoins.
Résultat : une déconfiture générale, une soumission à des agendas personnels, partisans ou régionaux et, dans le prolongement naturel, des polémiques qui dégénèrent en pugilats, des accusations qui tournent à l’insulte... et un État qui s’enfonce dans la déliquescence.
Et qu’on ne vienne surtout pas nous parler de grandes réalisations, de projets mirifiques réalisés dans la cohésion, dans la bonne entente gouvernementale. L’épisode à rebondissements, à tiroirs multiples, de la hausse des salaires, trois fois promise, trois fois remise en question, suffit pour discréditer, pour décrédibiliser un exécutif quotidiennement exécuté par ses propres contradictions et qui ne ressuscite que le temps de nouvelles promesses adressées à l’éternel pigeon : le « citoyen modèle », tel que le pouvoir le conçoit, trois fois plumé, trois fois dupé...
Un « citoyen modèle » qui n’en est pas à sa première déconvenue, à sa première désillusion, et à qui on continue d’administrer les mêmes balivernes, les mêmes bobards enrobés d’explications extravagantes, d’engagements solennels tout justes destinés à lui dorer la pilule, à la lui faire avaler sans d’inutiles récriminations.
Il en est ainsi du scandale d’une EDL qui se délite en petits morceaux, qui cède ses attributions à des requins professionnels, administrateurs de la « compagnie nationale des moteurs », il en est de même de la tragi-comédie d’une téléphonie mobile qui souffre de ratés dès lors qu’on annonce aux clients désemparés que tout a été réglé, que tout est rentré dans l’ordre.
Double facture électrique, double asservissement à une compagnie qui n’en finit pas de se recycler, à une mafia légitimée qui profite d’une aubaine que l’État lui-même a cautionnée. Double inféodation à un réseau cellulaire qui veut se mettre au goût du jour, qui veut s’adapter au progrès technologique et qui pète les plombs parce que l’infrastructure ne suit pas.
Exhaustives les plaintes, les protestations ? Nullement ! Qu’en est-il des nominations à tous les échelons de l’État, d’un budget qu’on ne se décide pas à adopter, de l’eldorado pétrolier qui reste un mirage jusqu’à nouvel ordre ; qu’en est-il de la sécurité interne, de la multiplication des agressions à main armée, des attentats qui se multiplient, des atteintes aux propriétés, des plans machiavéliques visant à modifier la carte géo-communautaire du pays ?
Ne paniquons surtout pas : les partis et courants qui détiennent le pouvoir, qui veillent sur nos destinées, qui entendent, bien sûr, nous assurer un avenir meilleur ne baissent pas les bras, ne se laissent pas impressionner. Et c’est fort de leurs convictions, celles qui ont donné les résultats que l’on connaît, qu’ils préparent la relève, celle qui émergera des législatives de l’an prochain, la copie conforme de la classe politique qui nous gouverne...
Tout autour de nous les choses bougent, les temps changent, les icônes autoproclamées se tassent, s’affaissent, les possibilités les plus folles s’offrent à des générations longtemps brimées. Au Liban, l’avenir, lui, se construit sur des clones, sur des héritages de familles ou de clans, un avenir annonciateur de revanches et de règlements de comptes. Faut-il s’étonner, dès lors, que les jeunes soient attirés par le large, qu’ils veuillent aller voir ailleurs comment se façonne la vraie démocratie, comment s’impose la vraie dignité ?
Pigeons au pays natal, migrateurs pour un avenir meilleur, les bonzes qui nous gouvernent peuvent se réjouir : autour d’eux ils auront réussi à créer le vide, à ne se faire applaudir que par leur propre image...


Les Émirats dénoncent une « dangereuse escalade » après une frappe de drone sur un site nucléaire
Ordres d’évacuation israéliens au Liban-Sud et dans la Békaa et tentative d’infiltration au-delà du Litani
Un bijou votre article!!!
06 h 35, le 12 janvier 2012