La barbe, indispensable pour voyager en Afghanistan. SHAH Marai/AFP
Les Afghans ne manquent pas d’imagination dès lors qu’il s’agit de se prémunir contre les violences des talibans s’ils doivent voyager au sein de leur pays.
Le plus grand danger, hormis l’explosion d’une mine, est le check-point tenu par des insurgés. Tout individu détenteur de dollars, de documents écrits en anglais ou de numéros étrangers dans son téléphone peut potentiellement être tiré du véhicule dans lequel il se trouve, interrogé, battu, voire tué. D’où la mise en place de stratagèmes, souvent évidents, parfois déroutants.
Rencontré dans une gare routière, Abdulwali, 30 ans, qui refuse de donner son vrai nom, dispose du kit complet du voyageur prévoyant avant les six heures de trajet devant le mener à Kandahar, dans le sud explosif du pays. Son turban repose sur ses genoux. Ses yeux sont enduits de kohl. Sa barbe pousse depuis quelques jours. Et son portable, lorsqu’il sonne, fait d’abord le bruit d’un coup de feu, avant de diffuser un étrange message : « Nous poursuivrons notre jihad contre l’ennemi. Celui qui mourra durant le jihad ira au paradis ! »
« Je ne suis pas vraiment le genre de type soutenant les talibans », observe Abdulwali. « Mais les gens disent qu’ils sont psychologues, qu’ils peuvent lire ton visage et comprendre si tu les soutiens ou pas. Plus tu leur ressembles, plus tu es en sécurité. J’espère qu’il ne m’arrivera rien », glisse-t-il, nerveux. Si la barbe naissante prend tout son sens, au vu des exigences des insurgés, l’usage du kohl peut surprendre. Ce fard foncé est néanmoins traditionnellement utilisé par les hommes pachtounes du sud du pays, la principale zone d’insurrection, pour noircir leur regard.
La sonnerie de portable style taliban est également en vogue à Kaboul. « Mon business est en plein essor, observe Abdullah, propriétaire d’un magasin de musique près d’une gare routière. Celles qui appellent aux attaques-suicide ont particulièrement la cote ». À 1 dollar la dizaine de sonneries, Abdullah, qui ne souhaite pas communiquer son nom de famille, en vend une cinquantaine quotidiennement. « C’est génial. Merci les talibans ! » sourit-il.
Pour Habib Rahman, 26 ans, qui se déplace régulièrement de Kaboul à Nimroz (Sud), de telles précautions relèvent de la nécessité absolue. Il a d’ailleurs changé de téléphone, acquérant un smartphone, pour pouvoir enregistrer des sonneries. « Ils t’arrêtent, mais quand ils voient que tu leur ressembles et que tu as des chansons talibanes, ils te sourient. Cela peut parfois te sauver la vie, remarque-t-il. Nous sommes de pauvres gens. C’est la seule manière que nous avons trouvée pour faire face aux dangers qui nous menacent. » Et Habib Rahman de faire sonner son portable, faisant entendre une voix aiguë : « Vous Américains et vos poupées n’allez pas survivre à notre courroux. Nous sommes autour de vous. Nous vous tuons. Nos roquettes et nos obus tombent sur vous comme la pluie ! »
(Source : AFP)
Le plus grand danger, hormis l’explosion d’une mine, est le check-point tenu par des insurgés. Tout individu détenteur de dollars, de documents écrits en anglais ou de numéros étrangers dans son téléphone peut potentiellement être tiré du véhicule dans lequel il se trouve, interrogé, battu, voire tué. D’où la mise en place de stratagèmes, souvent évidents, parfois déroutants.
Rencontré dans une gare routière, Abdulwali, 30 ans, qui refuse de donner son vrai nom, dispose du kit complet du voyageur prévoyant avant les six heures de trajet devant le mener à Kandahar, dans le sud explosif du pays. Son turban repose sur ses genoux. Ses yeux sont...

