Quand ils revenaient, nous étions endormis. Au petit matin, nous découvrions, semés sur le sofa du séjour, serpentins et confettis, loups à paillettes et chapeaux de carton, sifflets, trompettes, guimbardes et tambourins, témoins pas bien frais du passage de l’année. Les parents étaient allés en « boîte de nuit », planète obscure et mystérieuse dont les ressortissants étaient beaux, peignés, parfumés, vêtus de neuf, couverts de bijoux. Ainsi équipés, ils pouvaient saluer à grand bruit le passage du temps. L’année écoulée ne laissait donc pour seule trace que cet amas de pacotilles, à nos yeux d’enfants poudre d’étoiles. Plus tard nous ferions de même... Plus tard nous l’avons fait à notre tour, avec ce qu’il faut de champagne pour oublier son quant à soi. Ces loups, ces chapeaux pointus, ces nez rouges sans se forcer, il y a même des photos qui en font foi. Et oui, nous avons ramené de ces boîtes de nuit sans mystère, de ces restaurants clinquants, de ces casinos triviaux, de ces « grands soirs » prétentieux les cotillons du juste et nous avons laissé rêver les enfants, sans vergogne, parce qu’ils le voulaient tellement. Que les réveillons soient ridicules n’est plus à établir, avec ce compte à rebours que l’on scande en chœur, oubliant que la Nouvelle-Zélande a déjà vu depuis longtemps le soleil se coucher sur la dernière journée. Et puis quoi ? Et puis rien. La matinée est déjà largement entamée quand, la gueule un peu de bois on titube vers son café qui a curieusement le même goût que la veille, quand c’était encore l’an dernier. On se dit juste qu’il y a eu passage, vu les tambours qu’on a encore dans la tête. Dans les vapeurs confuses que le réveil n’a pas encore réussi à chasser, on revoit des visages, des événements, grandioses ou minuscules. Le tsunami apocalyptique. Le printemps arabe, cette fête ponctuée de funérailles, cette floraison monstrueuse et nécessaire, cette liberté accouchée dans quelle infinie douleur et dont on ne sait pas encore si elle sera viable. La crise économique sévère qui frappe l’Occident et dont on ignore l’étendue et les conséquences. La crise du détroit d’Ormuz, ce poker menteur sur une poudrière atomique. La famine en Afrique, sur fond de corruption, d’exploitation et de guerres tribales. Les inondations en Thaïlande. Et la mort de Steve Jobs qui nous a permis de réaliser à quel point ce siècle fut le sien. Ce n’est qu’un jour de plus, mais un jour un peu plus clair. Même brumeux et pâteux on a l’impression d’avoir eu de la chance. On tâchera de ne pas démériter.
Quand ils revenaient, nous étions endormis. Au petit matin, nous découvrions, semés sur le sofa du séjour, serpentins et confettis, loups à paillettes et chapeaux de carton, sifflets, trompettes, guimbardes et tambourins, témoins pas bien frais du passage de l’année. Les parents étaient allés en « boîte de nuit », planète obscure et mystérieuse dont les ressortissants étaient beaux, peignés, parfumés, vêtus de neuf, couverts de bijoux. Ainsi équipés, ils pouvaient saluer à grand bruit le passage du temps. L’année écoulée ne laissait donc pour seule trace que cet amas de pacotilles, à nos yeux d’enfants poudre d’étoiles. Plus tard nous ferions de même... Plus tard nous l’avons fait à notre tour, avec ce qu’il faut de champagne pour oublier son quant à soi. Ces loups, ces chapeaux pointus, ces nez...
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Grand soir pour dire adieu à 2011 et passer en 2012 en paix . Une paix qui reste brumeuse avec un monde qui va mal et un tsunami qui ravage la nature et les civilisations .
Nazira.A.Sabbagha
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Nazira.A.Sabbagha
Grand soir pour dire adieu à 2011 et passer en 2012 en paix . Une paix qui reste brumeuse avec un monde qui va mal et un tsunami qui ravage la nature et les civilisations . Nazira.A.Sabbagha
04 h 43, le 05 janvier 2012