« Le cas de Bahreïn est l’exemple type de l’hypocrisie internationale », estime Matar Matar, un ancien élu du Wefaq, le principal mouvement de l’opposition chiite de ce royaume gouverné depuis des siècles par la dynastie sunnite des al-Khalifa. Il dénonce ce faisant la politique de deux poids, deux mesures, notamment de la part des États-Unis qui n’ont que mollement soutenu, selon lui, les revendications démocratiques des Bahreïnis alors qu’ils ont plus franchement appuyé d’autres révoltes arabes.
Le mouvement de contestation lancé à la mi-février 2011 à Bahreïn par des chiites réclamant une véritable monarchie constitutionnelle a été réprimé un mois plus tard par le pouvoir, fort de l’appui des autres monarchies du Golfe, Arabie saoudite en tête, qui ont dépêché des troupes dans ce petit royaume. Une commission d’enquête indépendante a ensuite dénoncé un « usage excessif et injustifié de la force » dans la répression en faisant état de 35 morts durant ce mois.
Cependant les manifestations, de moindre ampleur et principalement dans les zones chiites, ont continué de manière ponctuelle, les militants tentant de relancer la contestation. Plusieurs rassemblements ont été dispersés ces dernières semaines et un adolescent a été tué le 31 janvier par une bombe lacrymogène.
Les chiites, majoritaires dans le royaume, affirment que leur mouvement a été écrasé sans grand bruit car les protestataires ont été perçus, au-delà des frontières, comme les auteurs d’un complot iranien contre la dynastie sunnite. « Le facteur confessionnel » a été la principale raison du manque de soutien à ce mouvement, estime Shadi Hamid, du Brookings Center de Doha. « La perception générale était que le soulèvement était chiite, d’où l’absence totale de soutien à l’opposition. » Quant aux Occidentaux, notamment les États-Unis, ils se sont contentés d’appeler à des réformes et au respect des droits de l’homme. « Bahreïn a été (pour Washington) l’occasion de tester sa politique de soutien à la démocratie, mais ce test a échoué », estime M. Hamid, en soulignant l’importance stratégique de ce pays qui sert de base à la Ve Flotte américaine.
L’Iran chiite ainsi que les chiites d’Irak et du Liban ont appuyé le soulèvement bahreïni alors que le reste du monde arabe, en majorité sunnite, se montrait plus méfiant. La fracture entre sunnites et chiites s’est approfondie avec la révolte en Syrie, les sunnites soutenant leurs coreligionnaires contre le régime de Bachar el-Assad, un alaouite (branche du chiisme). En revanche, au Liban, le Hezbollah y a vu la main de sunnites et de l’Occident, tandis que l’Irak, dominé par les chiites, prenait fait et cause pour Damas.
Dans le camp sunnite, l’influent religieux Youssef al-Qaradaoui n’a vu dans le soulèvement de Bahreïn qu’une « révolution sectaire », parlant d’une « insurrection chiite contre les sunnites ». Et quand une délégation du Wefaq s’est rendue au Caire pour solliciter des appuis, elle n’a pas réussi à rencontrer les Frères musulmans et les responsables d’al-Azhar, temple du sunnisme. Pour Abdellatif al-Mahmoud, un dignitaire sunnite bahreïni soutenant la dynastie, le soulèvement a logiquement éveillé la crainte des sunnites d’être marginalisés à l’image de ceux d’Irak après la chute du régime de Saddam Hussein. « Ces gens ont une haine historique pour les sunnites », dit-il en parlant des chiites.
Également, l’opposition chiite réfute tout lien avec l’Iran et avec le principe de wilayet el-faqih, qui donne la primauté aux religieux sur les politiques et est la base du système politique iranien. « La majorité des chiites d’ici n’est pas adepte de wilayet el-faqih », déclare Hadi Moussaoui, un ex-élu du Wefaq, en affirmant la volonté de l’opposition de cohabiter avec la famille royale.
(Source : AFP)


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