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À La Une - Enquête

Le bio pourrait-il sauver le secteur agricole libanais ?

Tandis que le secteur agricole, parent pauvre de l’économie libanaise, paie le prix fort de la crise syrienne, pour certains professionnels, la solution pourrait bien se trouver dans le développement de l’agriculture biologique au Liban. Un secteur en pleine croissance, les producteurs ne parvenant pas à satisfaire la demande locale.

Le prix des produits bio peut être entre 50 % et 200 % plus cher que celui des produits conventionnels.

Le secteur bio au secours de l’agriculture libanaise ? C’est la thèse avancée par Antoine Hoayek, président de l’Association des agriculteurs libanais (AAL). Selon lui, la labellisation de certaines productions, notamment celles des bananes, permettrait l’exportation des produits vers de nouveaux marchés, un enjeu de taille dans un contexte de crise régionale. « Nous exportons chaque année 100 000 tonnes de bananes vers la Syrie, soit 90 % de notre production, insiste-t-il. Or, les exportations vers notre voisin sont pratiquement gelées et nos prix ont drastiquement chuté. »


Pour Antoine Hoayek, la labellisation des bananes représente en outre une énorme opportunité d’accéder au marché européen. « Tandis que nos concurrents tropicaux ont besoin de 40 à 50 pulvérisations de pesticides pour une production normale de bananes, bénéficiant d’un climat favorable au Liban, nous n’en avons besoin d’aucune. Nous produisons ainsi de manière biologique et pourrions alors exporter nos fruits vers l’énorme marché européen à des prix extrêmement compétitifs », assène-t-il. D’autant que la production de bananes est un secteur très dynamique au pays du Cèdre. En effet, en dix ans, les exportations ont été multipliées par dix pour atteindre les 105 000 tonnes aujourd’hui. Or, la conquête des bananes bio vers le marché européen permettrait, toujours selon le président de l’AAL, de dépasser les 300 000 tonnes par an. Pour cela, encore faut-il une véritable labellisation des produits. Pour Antoine Hoayek, la solution commence au niveau juridique. « Il faut clairement définir ce qui est bio de ce qui ne l’est pas puis encourager les agriculteurs à se tourner vers ce type de production. »


Car produire bio au Liban n’est pas une mince affaire. « Nous devons respecter un cahier des charges très complexe, livre Mario Massoud, responsable du développement pour Biomass, d’autant que les coûts de production sont très élevés par rapport à l’agriculture conventionnelle. » Outre les difficultés liées à la production, les professionnels devaient également faire face à l’absence de loi et de réglementation de l’État. S’il existe bien deux organismes de certification, Libancert et IMC, dont le rôle est de vérifier que la production biologique est conforme aux normes exigées par l’Union européenne, aucun cadre réglementaire officiel ne pouvait empêcher un producteur lambda de se revendiquer « bio », même s’il ne l’était pas. Mais depuis le 21 décembre, un décret du ministère de l’Agriculture pourrait bien faire changer les choses. Ce dernier régule le secteur biologique en définissant clairement les obligations des producteurs, distributeurs et organismes de certification. « Le développement du secteur bio est une solution partielle aux problèmes de l’agriculture », a confié le ministre de l’Agriculture Hussein Hajj Hassan, dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour.

« Nous encourageons la production biologique au Liban car il existe une réelle demande de la part des consommateurs et des producteurs qui se multiplient, poursuit-il. Mais restons réalistes, la production bio est coûteuse, chère pour le consommateur et représente encore un marché de niche. Elle ne peut être à elle seule la solution miracle aux difficultés du secteur. » Outre l’achat d’entrants bio (semences, engrais...) et l’importation de matières premières, les producteurs ne parviennent pas encore à réaliser des économies d’échelles suffisantes pour pouvoir abaisser leur prix.


La cherté des produits bio, tel est en effet un des principaux obstacles à l’explosion du marché au Liban. « Les coûts sont pour le consommateur entre 50 et 200 % plus chers que des produits conventionnels, livre Kozhaya Hanna Tawk, producteur de pommes biologiques. Il faudrait réussir à fixer des prix entre 25 et 35 % plus chers pour que le marché puisse prospérer. »


Pour Mario Massoud, même si le bio demeure encore un marché de niche, le secteur a définitivement un avenir prometteur au pays du Cèdre. « La demande est en pleine croissance, insiste-t-il, au point que la complexité du mode de production ne nous permet pas aujourd’hui de la satisfaire complètement ! » Après les scandales alimentaires successifs survenus en 2009, les consommateurs se dirigent de plus en plus vers des produits plus contrôlés, plus sains. « Aujourd’hui, notre objectif est d’abord de réussir à produire en quantité suffisante pour satisfaire la demande locale puis de nous diriger vers de nouveaux marchés. » Car, comme beaucoup d’autres producteurs bio libanais, Biomass commence à exporter ses produits vers les pays du Golfe. « Le potentiel de développement vers ces pays est énorme, précise-t-il, d’une part en raison du marché du bio qui est déjà bien intégré dans les habitudes de consommation, et d’autre part parce que le nombre d’expatriés libanais vivant là bas est considérable, les produits libanais du terroir n’étant pas importés par les Européens. » Suite au décret du 21 décembre donc, le ministre de l’Agriculture, croyant au potentiel du secteur, a d’ores et déjà commencé à subventionner les producteurs certifiés par la distribution d’engrais, de soufre et de cuivre. Un premier pas, peut-être, vers une vraie régulation du secteur.

Le secteur bio au secours de l’agriculture libanaise ? C’est la thèse avancée par Antoine Hoayek, président de l’Association des agriculteurs libanais (AAL). Selon lui, la labellisation de certaines productions, notamment celles des bananes, permettrait l’exportation des produits vers de nouveaux marchés, un enjeu de taille dans un contexte de crise régionale. « Nous exportons chaque année 100 000 tonnes de bananes vers la Syrie, soit 90 % de notre production, insiste-t-il. Or, les exportations vers notre voisin sont pratiquement gelées et nos prix ont drastiquement chuté. »
Pour Antoine Hoayek, la labellisation des bananes représente en outre une énorme opportunité d’accéder au marché européen. « Tandis que nos concurrents tropicaux ont besoin de 40 à 50 pulvérisations de pesticides pour une production...
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