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À La Une - Corée Du Nord

Le tyran est mort, vive le tyran !

Le corps de Kim Jong-il montré au monde et son héritier déjà encensé.

La Corée du Nord a montré hier le corps de l’ancien dirigeant Kim Jong-il et loué son successeur, son fils Kim Jong-un.
La télévision nord-coréenne a diffusé des photos de la dépouille de l’ex-numéro un du régime mort samedi, revêtu de son habituel uniforme kaki et reposant dans un cercueil de verre entouré d’un parterre de fleurs. Des responsables du parti et de l’armée venus rendre hommage au défunt au mausolée Kumsusan de Pyongyang, dont son héritier désigné, Kim Jong-un, étaient aussi visibles sur les images. « Les participants sont restés longtemps devant le cercueil, pleurant face à la mort soudaine et cruelle de Kim Jong-il, dirigeant exceptionnel du parti, de l’État et de l’armée, commandant hors pair (...) et père éclairé de la nation », a narré l’agence officielle KCNA. Au lendemain de l’annonce du décès, la télévision nord-coréenne continuait de diffuser des scènes de tristesse collective, montrant de longues queues de Nord-Coréens venant présenter leurs condoléances en divers points du pays, sur fond de chants patriotiques.
Attestant une volonté de marquer la transition, les médias ont rendu un hommage appuyé au successeur désigné, Kim Jong-un, un jeune homme de moins de 30 ans sans expérience politique. « À l’avant-garde de la révolution se tient le camarade Kim Jong-un, grand successeur de la révolution » et « inébranlable pilier spirituel et idéologique de notre peuple », a souligné KCNA. L’éducation en Suisse du successeur et sa jeunesse ont suscité quelques espoirs de réformes dans le pays, jugées cependant peu vraisemblables par nombre d’experts, qui estiment également peu probable un ébranlement du régime susceptible de déstabiliser la péninsule où Corée du Nord et Corée du Sud se font face, armées jusqu’aux dents. Sauf que l’intense activité diplomatique témoignait néanmoins d’une inquiétude des chancelleries...

Pyongyang et Séoul se calment...
Sur le plan diplomatique, le président chinois Hu Jintao, dont le pays constitue le principal soutien de la Corée du Nord, a témoigné de sa sympathie à l’ambassade nord-coréenne à Pékin. Rappelons que Pyongyang a un besoin impérieux de l’aide chinoise, son économie aux abois peinant à assurer l’approvisionnement alimentaire des Nord-Coréens. Pékin veut donc éviter à tout prix un effondrement du régime qui jetterait des millions de réfugiés sur les routes de l’Empire du milieu et a mis son poids du côté d’une transition en douceur. Le ministre chinois des AE Yang Jiechi a ainsi estimé que la population nord-coréenne saurait « se souder et puiser de la force dans son chagrin (...) sous la direction du Parti des Travailleurs de Corée et du camarade Kim Jong-un ».
Afin de contribuer à ces tentatives d’apaisement régional, Taïwan a suspendu ses exercices militaires à tirs réels. Entre les principaux intéressés nord et sud-coréens, la prudence semblait aussi de mise pour éviter d’aggraver des relations tendues en cette période incertaine. Des unités militaires nord-coréennes ont interrompu leur entraînement d’hiver et regagné leurs casernes dès lundi, a affirmé un responsable militaire sud-coréen, précisant toutefois que l’armée de la Corée du Nord avait relevé son niveau d’alerte. La Corée du Sud a de son côté abandonné un projet d’éclairage de Noël controversé, près de la frontière avec le Nord, l’estimant « inopportun dans la situation actuelle », d’après son ministre de la Défense Kim Kwan-jin. Le régime communiste nord-coréen avait fustigé l’illumination prévue de trois tours d’acier aux formes d’arbres de Noël, placées sur des collines à moins de trois kilomètres de la frontière, y voyant « une guerre psychologique » menée par son voisin capitaliste.
Le gouvernement sud-coréen a présenté en outre « ses condoléances au peuple de Corée du Nord ». Il n’enverra aucune délégation officielle aux obsèques de Kim Jong-il le 28 décembre, mais les familles de l’ancien président Kim Dae-jung et de l’ancien président du groupe industriel sud-coréen Hyundai, Chung Mong-hun, devraient s’y rendre.
Le gouvernement cubain a pour sa part décrété lundi un deuil officiel de trois jours à la suite du décès du dirigeant nord-coréen, selon un communiqué diffusé à la télévision d’État, tandis que le parti au pouvoir au Mozambique, le Frelimo, a aussi exprimé sa tristesse pour la mort de l’ancien dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, « soutien durant la lutte armée de libération nationale » contre le Portugal, a rapporté hier le site du quotidien gouvernemental Noticias.

Opacité extrême confirmée
Par ailleurs, le décès de Kim confirme l’extrême opacité du régime nord-coréen. En effet, le monde entier est resté pendant deux jours dans l’ignorance la plus totale du décès du dictateur coréen Kim Jong-il, illustrant la mainmise de Pyongyang sur l’information. Les services secrets sud-coréens eux-mêmes sont depuis deux jours éreintés de critiques pour n’avoir rien su de la mort du dirigeant, survenue samedi et révélée deux jours plus tard. Park Sun-yong, un parlementaire conservateur, a par exemple réclamé la tête du patron du renseignement du pays. « C’est intolérable (...) après que les organisations de renseignements eurent dépensé autant d’argent public », a-t-il déclaré à une radio de Séoul.
De fait, le régime a réussi à totalement couper le contact entre la Corée du Nord et le monde extérieur, contrôlant l’Internet et toutes les autres sources d’informations venues du dehors. Le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta a ainsi récemment indiqué que le Nord avait refusé de laisser rentrer 200 ouvriers de Libye. De peur qu’ils s’inspirent de la révolution pour en ramener les racines chez eux...
Dans ce contexte, les Nord-Coréens passés clandestinement au Sud pour fuir l’oppression ou la famine jubilaient hier, au lendemain de l’annonce de la mort du « Cher leader » Kim Jong-il, figure honnie de ces transfuges mus par l’espoir de rentrer un jour dans leur pays libéré du joug stalinien. Leurs mines ravies et éberluées contrastaient d’ailleurs avec ces scènes saisissantes de tristesse collective, jugées authentiques par certains témoins, diffusées depuis le Nord par la télévision d’État. « Comment ne pas nous réjouir quand le bourreau du siècle s’est éteint ? Le plus drôle c’est que Kim, qui voulait me tuer, est mort avant moi », ironise Park Sang-hak, qui préside une organisation militante baptisée Les combattants pour une Corée du Nord libre. Avec d’autres dissidents du régime communiste réfugiés au Sud, il prévoit de lancer aujourd’hui vers le Nord 200 000 tracts accrochés à des ballons gonflés à l’hélium.
Rappelons que des centaines de personnes fuient chaque année la faim ou la répression qui sévissent en Corée du Nord. Officiellement, plus de 21 700 Nord-Coréens ont fait défection au Sud depuis la fin de la guerre de Corée (1950-1953), dont la moitié ces cinq dernières années. Mais des centaines, voire des milliers d’autres, vivent dans l’ombre, en Chine, à la merci des trafiquants d’êtres humains et des autorités chinoises, qui les considèrent comme des migrants économiques et les renvoient au Nord.
Notons enfin que le dirigeant mort laisse une économie moribonde, dans un pays marqué par une famine meurtrière et de graves pénuries alimentaires à répétition. Un tiers de la population du pays souffrirait actuellement de pénurie alimentaire, tandis que des centaines de milliers de personnes, jugées par l’État comme des opposants, seraient sous les verrous.
Sam Zarifi, directeur d’Amnesty International pour la zone Asie-Pacifique, a par ailleurs estimé que la préparation du transfert du pouvoir à Kim Jong-un, le fils choisi par Kim Jong-il pour lui succéder, a donné lieu à une purge et à l’exécution possible de « centaines de responsables ». De même, des ONG occidentales de défense des droits de l’homme n’ont pas manqué de rappeler que le « Cher Leader » a fait vivre « l’enfer sur terre » à son peuple. Entre famine, camps de travail et exécutions massives, le régime stalinien est ainsi responsable de millions de morts, a jugé Ken Roth, le directeur exécutif de Human Rights Watch (HRW).
(Source : agences)
La Corée du Nord a montré hier le corps de l’ancien dirigeant Kim Jong-il et loué son successeur, son fils Kim Jong-un.La télévision nord-coréenne a diffusé des photos de la dépouille de l’ex-numéro un du régime mort samedi, revêtu de son habituel uniforme kaki et reposant dans un cercueil de verre entouré d’un parterre de fleurs. Des responsables du parti et de l’armée venus rendre hommage au défunt au mausolée Kumsusan de Pyongyang, dont son héritier désigné, Kim Jong-un, étaient aussi visibles sur les images. « Les participants sont restés longtemps devant le cercueil, pleurant face à la mort soudaine et cruelle de Kim Jong-il, dirigeant exceptionnel du parti, de l’État et de l’armée, commandant hors pair (...) et père éclairé de la nation », a narré l’agence officielle KCNA. Au lendemain...
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