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À La Une - Éclairage

De nouvelles données dans l’équilibre stratégique régional...

Interrogé hier sur le sort de la Syrie après la signature du protocole avec la Ligue arabe, le général Aoun s’est déclaré peu optimiste sur la capacité des pays membres de la Ligue à sortir « de la ligne américaine qui veut la peau du régime syrien ». Aoun a ainsi reflété en gros le climat général qui considère que l’ensemble de l’initiative de la Ligue arabe est essentiellement un moyen de gagner du temps en attendant de voir l’évolution de l’ensemble de la situation régionale et internationale.
Selon les informations en provenance de Syrie, le régime aurait accepté en définitive de signer le protocole des observateurs à cause des pressions russes. La Russie, qui appuie sans limites le régime syrien pour des raisons stratégiques, aurait été dans une position délicate si la Ligue arabe avait décidé de recourir au Conseil de sécurité, car il lui aurait été difficile de faire de la surenchère sur la position arabe. Le ministre russe des AE a donc demandé à son homologue syrien de signer le protocole pour écarter la menace de la Ligue arabe d’internationaliser le dossier syrien. Le régime syrien s’est donc exécuté, non sans avoir auparavant obtenu quelques amendements concernant la durée de la mission des observateurs et leur coordination étroite avec les autorités. Un premier nombre d’observateurs arabes devraient en principe arriver en Syrie dès demain, en guise d’éclaireurs, mais le régime semble beaucoup plus serein qu’auparavant, en se basant notamment sur les récents changements régionaux.
Le retrait américain d’Irak constitue à cet égard un bouleversement stratégique de la plus haute importance. D’autant qu’avec le gouvernement de Nouri al-Maliki, la jonction semble être faite entre l’Iran et le Liban, via la Syrie et l’Irak. Il s’agit donc d’un axe continu qui n’a plus besoin de nouer des alliances ou de trouver des accords pour faire circuler ses hommes et ses armes. De plus, la dernière visite du Premier ministre irakien à Washington a été déterminante au sujet de l’alignement politique et stratégique de l’Irak aux côtés de l’axe dit de la résistance. Maliki a ainsi exprimé son refus de toute intervention étrangère en Irak et il a proposé à son interlocuteur américain une médiation dans le dossier syrien, alors que Barack Obama n’a pas appelé, devant son interlocuteur, au départ du président syrien. Selon les informations en provenance de Syrie, le régime compte remplacer l’accord de libre-échange avec la Turquie, suspendu par cette dernière, par un accord similaire avec l’Irak et la relation entre les deux pays serait de plus en plus solide. L’Irak de Maliki propose ainsi au régime syrien la formation d’un nouveau gouvernement qui serait présidé par une figure de l’opposition qui serait toutefois opposée à toute intervention étrangère dans le pays.
Le second bouleversement stratégique dans la région consiste dans le fait que le dernier modèle des drones américains, celui dont l’administration est si fière parce qu’il est censé être indécelable par les radars et qui a constitué le point fort dans la guerre en Irak et en Afghanistan, est tombé entre les mains des Iraniens. Ces derniers ne l’ont pas fait tomber par le biais d’un missile, mais ils ont visiblement réussi à entrer dans son système électronique puisque l’avion est tombé intact. Si cette affaire a été plus ou moins occultée dans les médias, elle n’en reste pas moins de la plus haute importance. C’est un coup dur pour les Américains qui ont d’ailleurs tenté, en vain, de hausser le ton pour récupérer l’avion. Elle montre aussi que les Iraniens, dont le système nucléaire avait été piraté par les Américains, ont pris leur revanche électronique. Selon des sources diplomatiques des pays dits du Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), les entretiens entre le ministre de la Sécurité iranien avec le prince héritier saoudien ont porté en grande partie sur le drone américain, les Saoudiens demandant aux Iraniens des informations sur sa construction. Avec leur subtilité habituelle, les Iraniens seraient restés dans le vague. Attitude qu’ils auraient aussi adoptée avec les Irakiens et les Russes qui ont formulé les mêmes demandes. Ils choisiront en temps voulu à qui et quelles informations donner. Mais ce développement est certainement déterminant dans l’équilibre des forces dans la région et les Américains ont répété à plusieurs reprises qu’ils souhaitaient l’ouverture d’un dialogue avec l’Iran dossier par dossier, mais l’Iran préfère une solution globale.
En attendant, des rumeurs sur une éventuelle attaque israélienne contre l’Iran circulent de nouveau. Mais les sources iraniennes se déclarent prêtes à toutes les éventualités et évoquent un possible blocage non seulement du détroit d’Ormuz, mais aussi du canal de Suez. Les Iraniens brandissent aussi la menace d’une riposte inattendue contre toutes les cibles possibles et si les Américains se sont retirés d’Irak, ils possèdent encore des bases importantes en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats, à Bahreïn et au Koweït. De même, les Iraniens laissent entendre qu’ils pourraient bombarder les troupes de l’OTAN en Afghanistan où il n’y a pas de bouclier antimissile. Bref, il ne serait pas question pour les Iraniens de se laisser faire, au risque de provoquer un affrontement régional et international généralisé. Et, en laissant faire les Israéliens, les Américains pourraient se retrouver entraînés dans une guerre qu’ils ne souhaitent pas.
La situation régionale reste donc explosive, menaces et contre-menaces faisant régulièrement la une des médias. Mais le régime syrien considère que le rapport de force évolue en sa faveur et avec ses solides appuis, aussi bien russe qu’iranien et irakien, il estime être à l’abri d’une éventuelle intervention militaire contre lui, qui, si elle devait avoir lieu, pourrait entraîner un affrontement généralisé. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le sommet des pays du Conseil de coopération du Golfe qui s’est tenu à Riyad a décidé de se transformer en union, pour resserrer les liens entre ses membres face à la menace iranienne... Le régime syrien est donc convaincu que le vent est en train de tourner, mais au Liban, chaque camp continue de camper sur ses positions.
Interrogé hier sur le sort de la Syrie après la signature du protocole avec la Ligue arabe, le général Aoun s’est déclaré peu optimiste sur la capacité des pays membres de la Ligue à sortir « de la ligne américaine qui veut la peau du régime syrien ». Aoun a ainsi reflété en gros le climat général qui considère que l’ensemble de l’initiative de la Ligue arabe est essentiellement un moyen de gagner du temps en attendant de voir l’évolution de l’ensemble de la situation régionale et internationale.Selon les informations en provenance de Syrie, le régime aurait accepté en définitive de signer le protocole des observateurs à cause des pressions russes. La Russie, qui appuie sans limites le régime syrien pour des raisons stratégiques, aurait été dans une position délicate si la Ligue arabe avait...
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