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Avent

« Bien sûr ce n’est pas la Seine, ce n’est pas le bois de Vincennes »... C’est juste Beyrouth, petite ville, grands rêves. Et surtout tant de temps à rattraper. À tous les déprimés de Noël qu’exaspèrent les embouteillages aussi inexplicables qu’inextricables, les guirlandes, les LED comme les laides, et plus encore la perspective des réunions familiales, les poussées de foie gras et le retour des dindes, souvenez-vous. Souvenez- vous des années sans Noël, des cloches en papier et des étoiles orphelines accrochées en catimini sur un reste de réverbère pendant que le franc-tireur prenait sa pause café. Des années où le plus beau cadeau que pouvait rapporter un voyageur était un saucisson ou un bloc de brie. Qu’offrait-on aux enfants en ce temps-là ? Des jouets rescapés d’un magasin pillé, dont le propriétaire avait évacué ce qu’il pouvait à la faveur d’une trêve. Au pire, un cahier de coloriage pour patienter dans les abris et oublier autour les malheurs à la chaîne.
Bon, n’en parlons plus. Beyrouth a payé sa dîme aux Parques et aux Cassandre. Et bien qu’elles lui réclament encore quelques intérêts, elle se sent en droit de relever la tête. Et quitte à faire grincer des dents ceux qui, en toute légitimité, n’ont pas le cœur à la fête quand la fête est en quelque sorte obligatoire, c’est à tue-tête et de toutes parts que la ville envoie ses scies saisonnières, couvrant les voix de la raison, grisant la grisette, rythmant le pas des acheteurs. Quitte à faire hurler les snobs, les sobres, les austères, ces choses clignotantes que la baladiyé déploie, oh, pas à grands frais, mais avec la contribution tapageuse des commerçants, eh bien, Beyrouth les aime. Elle les aime parce qu’enguirlandée, Beyrouth se sent aimée, ailée, adulée.
Il y a bien quelques nuages. Au Parlement on parle chaussure mais ce ne sont pas potins de mode. Il explose quelques bombes. On tire sur les gens, à la frontière orientale. Au Sud, des manœuvres louches. Lundi, le ciel était zébré de survols suspects. Pourtant, résonnez musettes ! Carillonnez clochettes ! Boutiques, ouvrez ! Chalands, déboursez ! Traiteurs, traitez ! Faites de la joie dans la ville, de la joie bruyante, vulgaire comme sait l’être parfois la joie. Comblez ce manque que rien ne comble, cette faim de fête que rien n’apaise, colmatez, colmatez cette angoisse devenue viscérale comme on chasse les démons à coups de tambour. À quatre ans, Marie a découvert la cachette des cadeaux, soulevé le drap dont les paquets étaient grossièrement recouverts, vu le cadavre du Père Noël. Maman, tu m’as menti toute ma vie. Beyrouth grandira.
« Bien sûr ce n’est pas la Seine, ce n’est pas le bois de Vincennes »... C’est juste Beyrouth, petite ville, grands rêves. Et surtout tant de temps à rattraper. À tous les déprimés de Noël qu’exaspèrent les embouteillages aussi inexplicables qu’inextricables, les guirlandes, les LED comme les laides, et plus encore la perspective des réunions familiales, les poussées de foie gras et le retour des dindes, souvenez-vous. Souvenez- vous des années sans Noël, des cloches en papier et des étoiles orphelines accrochées en catimini sur un reste de réverbère pendant que le franc-tireur prenait sa pause café. Des années où le plus beau cadeau que pouvait rapporter un voyageur était un saucisson ou un bloc de brie. Qu’offrait-on aux enfants en ce temps-là ? Des jouets rescapés d’un magasin pillé, dont le...
commentaires (2)

Superbe comme toujours Fifi....

Michele Aoun

03 h 17, le 16 décembre 2011

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Commentaires (2)

  • Superbe comme toujours Fifi....

    Michele Aoun

    03 h 17, le 16 décembre 2011

  • Il faudra sans doute tourner une page du passé et laisser à Beyrouth reprendre son hymne de fête de Noël, pour pouvoir tous au pays des merveilles, nos mains toutes tendues appellent le soleil,et d’ un seul cœur chanter prochainement Il est né le divin enfant . Nazira.A.Sabbagha

    Sabbagha A. Nazira

    01 h 39, le 15 décembre 2011

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