Des soldats insoumis s'entraînant en Syrie, dans un endroit tenu secret. Ricardo Garcia Vilanova/AFP
L'opposant historique syrien Riad Turk a appelé le Hezbollah et l'Iran, derniers appuis de Damas dans la région, à cesser de soutenir le régime du président Bachar al-Assad dont il a estimé la chute inéluctable.
"Au lieu de continuer à soutenir un pouvoir tyrannique et dont la chute est inéluctable, les dirigeants du Hezbollah feraient mieux de garder le silence à l'égard de la révolution syrienne, comme l'ont fait leurs alliés du Hamas", affirme l'opposant dans un communiqué parvenu aujourd’hui à l'AFP. "Il serait logique que l'ennemi stratégique du Hezbollah soit Israël, et non les révolutions arabes, en particulier la révolution syrienne", affirme M. Turk, qui vit depuis trois ans dans la clandestinité en Syrie. "Toute ingérence de ce parti (...) ne sera pas dans son intérêt ou dans l'intérêt de l'avenir de ses relations avec le nouvel Etat syrien", a-t-il ajouté.
Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, proclame son appui au président Assad depuis le début du soulèvement en mars dont la répression a fait plus de 4.000 morts selon l'ONU. Lors d'un discours, mardi, lors des commémorations d'Achoura à Beyrouth, il a critiqué le Conseil national syrien (CNS), une coalition des plus importants partis de l'opposition syrienne, l'accusant de vouloir "détruire la Syrie" et d'être à la solde des Etats-Unis et d'Israël.
"Lorsque le pouvoir iranien et le Hezbollah cesseront de soutenir le régime despotique en Syrie et respecteront la volonté du peuple syrien, il n'y aura plus de problème avec eux", a encore dit M. Turk. "A l'exception d'Israël, le peuple syrien n'a de relations conflictuelles avec aucun pays de la région", a-t-il encore dit, soulignant le "droit du peuple syrien à lutter pour tous les moyens légitimes pour restituer le Golan". Le plateau du Golan, occupé par Israël depuis la Guerre des Six-Jours de juin 1967, a été annexé par Israël en décembre 1981 et 20.000 colons israéliens se sont installés sur ce plateau stratégique.
M. Turk, 82 ans, appelé le "Mandela de Syrie", a passé plus de 17 ans dans les geôles du président Hafez al-Assad, avant d'être à nouveau emprisonné par son fils, le président actuel Bachar al-Assad, de 2001 à 2003. Il est l'un des dirigeants de la déclaration de Damas, principale force de l'opposition à l'intérieur du pays et membre du CNS. L'opposant a par ailleurs assuré que le peuple syrien était "capable de faire face à tous les défis visant son unité nationale", dans une référence aux craintes de guerre civile, notamment entre la majorité sunnite et la minorité alaouite au pouvoir.*
Dans une rare interview accordée à la chaîne américaine ABC News diffusée mercredi, le président Assad, confronté depuis la mi-mars à une révolte sans précédent, a nié toute responsabilité dans la mort de milliers de manifestants, assurant que seul "un fou" pourrait donner l'ordre de tirer sur son peuple.
Interpellé sur les propos du président syrien le porte-parole du département d'Etat américain Mark Toner a jugé "ridicule" qu'il "ose affirmer qu'il n'exerce pas d'autorité dans son pays". "Il y a là soit une coupure avec la réalité soit du mépris ou alors, comme il l'a dit, de la folie".
Dans ce contexte, la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne ont demandé l'audition, par le Conseil de sécurité, de la responsable des droits de l'homme de l'ONU Navi Pillay sur la répression sanglante des manifestations, ont indiqué jeudi des diplomates à New York.
Jeudi, en recevant une délégation de druzes libanais à Damas, le président syrien a par ailleurs affirmé que la Syrie, "forte de son peuple et du soutien des peuples amis", "ne modifiera ni ses positions ni ses principes quelles que soient les pressions" exercées sur elle, selon l'agence officielle Sana.
Alors que la diplomatie syrienne a demandé l'annulation pure et simple des sanctions prises le 27 novembre par la Ligue arabe contre Damas en échange de la signature du protocole arabe destiné à protéger les civils, la délégation ministérielle arabe en charge du dossier se réunira samedi à Doha afin de donner sa réponse.
L'envoi d'observateurs vise à rendre compte des violences sur le terrain et à tenter de mettre fin à la répression qui a fait, selon l'ONU, plus de 4.000 morts depuis le début de la révolte.
La Syrie devrait accepter le plus rapidement possible le plan proposé par la Ligue de manière à éviter des sanctions économiques de la part du monde arabe, a déclaré jeudi le secrétaire général de l'organisation panarabe, Nabil el-Arabi.
Celui-ci dit avoir eu jeudi des entretiens avec de hauts responsables en Irak, pays limitrophe de la Syrie, afin de "déterminer si le gouvernement irakien est disposé à user de son influence sur la Syrie" pour qu'elle accepte le plan arabe.
L'Irak a indiqué de son côté qu'il allait discuter avec son voisin syrien des moyens de "lever tous les obstacles" empêchant la mise en application du plan arabe pour l'arrêt des violences.
Ces dernières ne faiblissent toujours pas. Jeudi, les forces du régime ont encore tué au moins dix civils à Homs (centre), haut lieu de la contestation, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni. Huit autres civils ont été blessés par les agents de sécurité qui "ont tiré aveuglément sur les habitants à Houla", dans la province de Homs, selon la même source.
Dans le gouvernorat d'Idleb (nord-ouest), un enfant de dix ans a été blessé lorsque les forces de sécurité ont tiré devant une boulangerie à Maaret al-Noman, où a eu lieu une manifestation d'étudiants appelant au départ du président Assad.
Des affrontements se sont également déroulés à l'aube à Douma près de Damas entre soldats insoumis et forces de sécurité, alors que des tirs étaient entendus dans tous les quartiers, a rapporté l'OSDH.
Parallèlement, une explosion a eu lieu aujourd’hui sur un oléoduc à l'ouest de Homs, une ville du centre de la Syrie, ont annoncé l'agence officielle Sana et l'OSDH. "Un groupe terroriste armé a visé dans une opération de sabotage l'oléoduc à Tal al-Chor, à l'ouest de Homs", a indiqué Sana. Pour sa part, l'OSDH a indiqué qu'une explosion a eu lieu "sur l'oléoduc à Homs qui transporte le pétrole de l'est de la Syrie vers la raffinerie" de cette ville. L'ONG ne mentionne pas les causes de l'explosion. Il s'agit du troisième incident visant des infrastructures d'acheminement d'hydrocarbures depuis le début mi-mars de la révolte.
Les militants pro-démocratie ont, par ailleurs, appelé, sur leur page Facebook, les Syriens à manifester demain vendredi dans tout le pays sous le slogan "la grève de la dignité pour renverser les assassins". Ils ont également appelé à une mobilisation pour "une grève générale dimanche" en prévision d'une campagne de désobéissance civile dans le pays.
"Nous appelons les employés et les ouvriers dans tous les organismes de l'Etat à l'intérieur et à l'extérieur de la Syrie à faire grève, neuf mois après le début de la Révolution", ont écrit les militants sur leur page "Syrian révolution 2011". "Nous poursuivons notre Révolution pacifique et notre lutte civile jusqu'à la victoire. La grève de la dignité est un pas vers la désobéissance civile (...) pour couper les moyens financiers du régime avec lesquels il tue nos enfants", poursuit le communiqué.
Dans le cadre de cette désobéissance civile, les étudiants seraient appelés à pas assister aux cours, ont indiqué les Comités locaux de Coordination (LCC), la principale force d'opposition. Cette première initiative sera suivie par d'autres formes de contestation comme la fermeture de routes secondaires, des sit-in, des grèves dans les universités, dans les transports, des coupures volontaires des téléphones portables, une grève des fonctionnaires et la fermeture de routes importantes et d'autoroutes.
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"Au lieu de continuer à soutenir un pouvoir tyrannique et dont la chute est inéluctable, les dirigeants du Hezbollah feraient mieux de garder le silence à l'égard de la révolution syrienne, comme l'ont fait leurs alliés du Hamas", affirme l'opposant dans un communiqué parvenu aujourd’hui à l'AFP. "Il serait logique que l'ennemi stratégique du Hezbollah soit Israël, et non les révolutions arabes, en particulier la révolution syrienne", affirme M. Turk, qui vit depuis trois ans dans la clandestinité en Syrie. "Toute ingérence de ce parti (...) ne sera pas dans son intérêt ou dans l'intérêt de l'avenir...



