Deux Egyptiennes, devant une affiche du parti salafiste al-Nour à Alexandrie. Photo AFP
Les islamistes d'Egypte, dopés par une victoire écrasante au premier tour des législatives, étaient engagés lundi dans la bataille du second tour contre les libéraux, mais aussi au sein de leur propre camp, avec un duel entre les Frères musulmans et les nouveaux venus salafistes. Si l'ensemble des mouvements islamistes a été crédité officiellement de 65% des voix, l'influente confrérie des Frères musulmans (36,6%) tente de se démarquer des salafistes qui ont créé la véritable surprise du premier tour en raflant 24,3%.
Confortée par le premier tour de la première phase des législatives, la mouvance fondamentaliste tente désormais de devenir un interlocuteur incontournable de la première législature en place depuis la chute du "raïs" Hosni Moubarak, emporté le 11 février par le soulèvement de la rue égyptienne.
Le bon score réalisé lundi et mardi derniers par les salafistes, favorables notamment à l'inscription de la "charia" dans la Constitution, a suscité l'inquiétude parmi les Egyptiens qui redoutent une restriction de leurs libertés et une montée de l'intolérance dans le pays le plus peuplé du monde arabe.
Mais leur influence est encore à déterminer et de nombreuses interrogations devraient rester en suspens jusqu'en janvier et l'annonce des résultats définitifs des élections législatives.
Pour l'heure, les Frères musulmans, et leur parti politique Liberté et Justice, ne semblent pas disposés à s'associer avec les salafistes et multiplient à l'inverse les messages rassurants pour la communauté internationale et les organisations laïques.
Les électeurs ont réalisé que le discours des islamistes était "logique et raisonnable", s'est néanmoins félicité Hazem Abou Ismail, cadre du parti salafiste, candidat à l'élection présidentielle de l'année prochaine, dans une interview à la télévision publique.
Parmi les principes conservateurs prônés par son mouvement, on retrouve l'interdiction de la mixité au travail, celle de la consommation et de la fabrication d'alcool, et le bannissement de tout geste affectif en public. La mise en oeuvre de ces principes, qui s'inspirent de l'islam rigoriste en vigueur en Arabie saoudite, pourraient frapper de plein fouet le secteur du tourisme qui emploie plus d'un huitième de la population active.
L'Egypte ne doit pas devenir l'Afghanistan, mettait en garde en "une" le quotidien indépendant Al Masry Al Youm, en référence au régime des taliban. "Nous avons confiance dans le fait que la voix de la modération prévaudra au Parlement."
Forts de leur soutien auprès des croyants, les salafistes estiment qu'ils peuvent encore mieux faire dans les deux prochaines phases de la transition politique. "Nous sommes en train d'évaluer nos performances réalisées lors de la première phase. Nous avons connu plusieurs points noirs que nous étudions actuellement afin de les éviter à l'avenir", a indiqué Youssry Hamad, porte-parole du parti.
Le chef de file d'Al Nour, qui espère prendre des voix au parti des Frères musulmans, a estimé que son parti avait pâti de failles organisationnelles. "Nous n'étions pas présents dans toutes les circonscriptions ni aussi proches des électeurs qu'il aurait fallu. D'autres partis avec plus d'expérience ont rassemblé leurs partisans plus efficacement", a expliqué Emad Abdoul Ghafour, à Alexandrie.
Selon les analystes, le mouvement compte près de trois millions de fidèles, sur une population de quelque 80 millions d'habitants, et contrôle environ 4.000 des 108.000 mosquées et lieux de prières du pays.
Confortée par le premier tour de la première phase des législatives, la mouvance fondamentaliste tente désormais de devenir un interlocuteur incontournable de la première législature en place depuis la chute du "raïs" Hosni Moubarak, emporté le 11 février par le soulèvement de la rue...

